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La Russie, l'Europe et le monde: perspectives de coopération sur le plan de la sécurité mondiale

La Russie, l'Europe et le monde : Perspectives de coopération

Perspectives de coopération sur le plan de la sécurité mondiale: Discours prononcé par M. Frank-Walter Steinmeier, Ministre fédéral des Affaires étrangères, à la 42ème Conférence de Munich sur la politique de sécurité, le 5 février 2006. Source: Auswärtiges Amt, Berlin.

MM. Robert B. Zoellick, Frank-Walter Steinmeier et Sergueï B. Ivanov à la Conférence de Munich sur la politique de sécurité. Photo Sebastian Zwez.

Robert B. Zoellick, Frank-Walter Steinmeier et Sergueï B. Ivanov - Photo Sebastian Zwez

Monsieur Teltschik, Cher Sergueï Ivanov, Cher Bob Zoellick, Mesdames et Messieurs les ministres, Mesdames et Messieurs les députés, Excellences, Mesdames et Messieurs,

Comme c'est la première fois que je participe à cette conférence, loin de moi l'idée d'attendre des médailles. Monsieur le Sénateur McCain, je vous présente mes cordiales félicitations. La seule chose que je vous demanderai est de faire preuve d'un peu de compréhension pour le fait qu'étant novice, je reprendrai peut-être au cours de mon exposé certaines questions qui ont déjà été évoquées hier.

Mesdames, Messieurs, depuis des décennies, la Conférence de Munich sur la politique de sécurité est l'un des hauts lieux du dialogue transatlantique. Dialogue consacré à un partenariat qui, à côté de l'intégration européenne, constitue l'autre pilier solide de la politique étrangère et de sécurité européenne.

Un partenariat qui est fondé sur une histoire commune, sur des valeurs communes, sur la solidarité politique et économique et sur la proximité culturelle. Tel a été également le message du discours de la Chancelière fédérale, hier dans cette enceinte.

Mesdames, Messieurs, notre communauté de valeurs fait ses preuves précisément dans les domaines où, de l'avis de certains, les différences les plus fortes existent entre nous, je veux parler de l'engagement en faveur de la liberté et de la démocratie. Et j'ajouterai que l'OTAN, elle aussi, incarne cette communauté de valeurs. Par le passé, elle a déjà joué un rôle essentiel en permettant aux Américains, aux Allemands et aux Russes de se mettre d'accord sur certaines questions touchant à la sécurité mondiale.

Et l'OTAN, nous le savons depuis longtemps, est confrontée à un processus de transformation difficile qui doit lui permettre de s'adapter à la nouvelle donne sur la scène de l'environnement politique et, par conséquent, également aux nouvelles conditions d'intervention de l'Organisation. Il est bon de discuter de ce processus de transformation, qui est un processus judicieux, et cette discussion a été au centre de la journée d'hier.

Le titre du panel qui nous réunit aujourd'hui, comme vous le voyez en regardant les personnalités ici présentes, nous oblige à aller plus loin: il ne s'agit pas pour les participants de soliloquer sur l'avenir de l'OTAN! Nous devons plutôt le concevoir comme s'inscrivant dans une tâche de plus grande envergure consistant à coopérer avec d'autres pour garantir la sécurité dans un monde devenu plus complexe.

Sans vouloir reprendre entièrement la discussion d'hier, je voudrais au moins souligner que je partage pleinement l'avis du Secrétaire général de l'OTAN selon lequel cette organisation ne peut pas faire fonction de gendarme mondial. Mais j'ajoute que nous devons prévoir des formations permettant de mener également le dialogue politique avec des pays n'appartenant pas à l'OTAN. De même, comme il a déjà été mentionné, le conseil OTAN-Russie, en faveur de la création duquel l'Allemagne s'est beaucoup engagée, ce conseil OTAN-Russie est déjà l'expression de cette stratégie.

Je voudrais tout d'abord dire une chose en m'appuyant sur quelques exemples: l'Union européenne, les États-Unis et la Russie sont devenus des partenaires indispensables les uns pour les autres. Indispensables parce que nous ne pourrons résoudre les problèmes mondiaux qu'ensemble.

Cela ne relève pas de la fiction, Mesdames, Messieurs, c'est la pure réalité lorsque je consulte mon agenda de la semaine dernière, et celui d'un grand nombre de personnes ici présentes:

- Lundi, ou plus précisément, dans la nuit de lundi à mardi, l'Allemagne, la France et la Grande-Bretagne ont, comme vous le savez, défini avec la Russie, les États-Unis et la Chine la ligne à adopter pour la réunion extraordinaire du Conseil des gouverneurs de l'AIEA.

- Ce même lundi, le quartet composé de l'Union européenne, des États-Unis, de la Russie et de l'ONU a adopté une position sans équivoque au sujet de la victoire du Hamas aux élections palestiniennes. Il a été précisé en toute clarté que la violence armée et la démocratie sont incompatibles l'une avec l'autre.

- Mardi, la Conférence sur l'Afghanistan a donné de nouvelles impulsions à un pays ravagé par la guerre dont le peuple va être appelé à prendre en mains son destin après le succès du processus de transition. L'Allemagne, la Russie et les États-Unis ont annoncé ensemble lors de cette conférence qu'ils étaient prêts à remettre ses anciennes dettes à l'Afghanistan.

- Et le même jour, le groupe de contact qui réunit les États-Unis, la Russie, l'Allemagne, la Grande-Bretagne, la France et l'Italie, a assuré le représentant spécial de l'ONU, M. Ahtisaari, de tout l'appui possible dans ses négociations difficiles avec le Kosovo. Le succès de ces négociations, comme vous le savez, marquerait une nouvelle étape importante dans les efforts que nous déployons en commun pour stabiliser les Balkans. L'exemple de la Bosnie-Herzégovine montre que nous pouvons réussir lors­que l'Europe, la Russie, et les États-Unis coopèrent étroitement.

- Et enfin, pour terminer la semaine, je rappellerai la réunion extraordinaire du Conseil des gouverneurs de l'AIEA qui s'est tenue hier et dans le cadre de laquelle il a été décidé non seulement à la grande majorité mais aussi avec le soutien des États-Unis, de la Russie et d'un grand nombre de pays européens de faire rapport sur les activités nucléaires de l'Iran au Conseil de sécurité de l'ONU.

Mesdames, Messieurs,

Je ne veux pas être mal compris en disant, après avoir cité tous ces exemples, que nous avons besoin les uns des autres. Ce n'est pas un plaidoyer nous incitant à détourner nos regards les uns des autres. Nous observons naturellement, notre collègue russe le sait très bien, l'évolution de la situation intérieure en Russie. Nous l'observons aussi en faisant preuve d'esprit critique et nous prenons la parole lorsque nous ne sommes pas d'accord. Mais nous parlons comme des partenaires qui se respectent mutuellement et nous considérons la Russie à moyen et à long terme comme un partenaire pouvant nous aider à résoudre les problèmes mondiaux. Vous comprendrez donc certainement que je refuse de voir appliquer à notre coopération future les anciens schémas de pensée qui étaient en vigueur avant les années 90, à l'époque de la confrontation.

Je voudrais expliquer la façon dont nous concevons actuellement l'état des relations en commençant tout d'abord par les relations entre l'Europe et la Russie et en continuant par les relations entre l'Allemagne et la Russie.

S'agissant des relations entre l'Europe et la Russie, il faut se demander ce qui fait la qualité particulière des relations qui se sont instaurées entre l'Europe et la Russie. Je donnerai deux réponses: ce partenariat est conçu actuellement sur une grande échelle, à long terme et au bénéfice de chaque partie. Et je suis d'avis qu'il est aussi capable entre-temps de résister aux épreuves lorsque, dans un cas ou dans l'autre, nous usons d'un ton critique les uns avec les autres.

J'ai l'impression que nombreux sont ceux qui considèrent le caractère spécifique de ces relations comme un phénomène tout naturel. Je tiens à préciser que la coopération étroite entre l'Union européenne et la Russie repose sur des décisions stratégiques des deux parties.

Les dirigeants russes ont réaffirmé à plusieurs reprises que la Russie désirait s'engager plus activement en Europe. Je voudrais rappeler ici aussi le discours remarquable que le Président Poutine a prononcé en 2001 devant le Bundestag. Selon lui, ce n'est pas seulement une orientation de nature géographique, c'est une orientation en fonction de la culture et de l'histoire que nous avons en partage.

J'en viens maintenant aux relations germano-russes qui ont rarement été aussi étroites qu'à l'heure actuelle. Nous menons un dialogue empreint de confiance, un dialogue ouvert à de nombreux niveaux.

En outre, je n'ai peut-être pas assez insisté là-dessus, notre coopération s'étend bien au-delà du domaine économique. Elle concerne notamment les échanges culturels de jeunes qui ont connu un essor considérable. Dans le domaine des échanges scientifiques, plus de 15.000 étudiants, chargés de cours et chercheurs ont profité au cours de ces trois dernières années des possibilités d'échanges accrues qui leur étaient offertes.

Je ne veux pas éluder la composante historique et je tiens à dire que, vu les deux guerres qui se sont déroulées au cours du siècle dernier, cette proximité qui existe entre les Allemands et les Russes constitue un bien qui reste sensible et par conséquent un bien précieux. Il est dans l'intérêt des deux États de cultiver ce bien et d'en faire profiter également les relations entre l'Europe et la Russie et les relations transatlantiques.

Il y a quelques années, l'Union européenne a identifié la Russie comme étant l'un de ses partenaires stratégiques. La politique de création de quatre espaces, qui a été reprise en 2003 dans un document d'orientation commun, a déjà été abordée. Je n'entrerai pas dans le détail.

Nous nous trouvons maintenant à la veille de l'expiration de l'accord de partenariat et de coopération, accord auquel nous voulons donner de nouveaux contenus le plus rapidement possible afin de l'adopter l'année prochaine pour placer la qualité des relations entre l'Europe et la Russie sur une nouvelle base contractuelle.

Je voudrais maintenant considérer les choses dans une perspective plus large et, à la lumière des problèmes mondiaux, je dis que l'Europe a besoin également d'une Russie ouverte, forte et capable d'agir.

Je le dis, cher collègue, car j'ai souvent eu l'impression lors de mes entretiens en Russie que mes interlocuteurs pensaient que l'Ouest n'a pas d'autre projet que celui d'affaiblir surtout la Russie. Je pense que c'est erroné et que, comme je l'ai dit auparavant, les deux parties seraient bien avisées de ne pas retomber dans les schémas de pensée du temps de l'antagonisme Est-Ouest.

Au contraire, je pense que l'Europe a besoin d'une Russie capable d'agir pour nous permettre de relever les défis communs auxquels nous sommes confrontés face à la mondialisation. Et nous avons besoin d'une Russie qui fasse preuve d'ouverture d'esprit, d'une Russie qui accepte également la critique.

La paix, la sécurité sociale et la prospérité en Europe sont fondées sur la démocratie, l'État de droit, l'économie sociale de marché et sur une société civile vivante.

Je suis convaincu que ces fondements peuvent également être la base du futur développement de la Russie.

Le processus de réforme difficile qui se déroule en Russie nous montre bien que cela ne se fera pas en une nuit, mais que, comme je l'espère, le pays est déterminé à suivre cette voie!

Dans notre conception européenne, un État fort accorde des marges de manoeuvre à la société civile. C'est pourquoi nous avons exprimé dernièrement, dans le cadre d'entretiens très francs avec les dirigeants russes, notre inquiétude au sujet de la nouvelle législation russe concernant l'activité des organisations non gouvernementales. Et j'ai eu l'impression lors de ces entretiens que ces arguments avaient été entendus.

Le Président Poutine a déclaré lors de sa conférence de presse annuelle, la semaine dernière, que les organisations non gouvernementales jouent un rôle important au sein de la société russe notamment parce qu'elles contrôlent l'action de l'État et les organes du pouvoir. Le message est essentiel mais nous ne sommes pas naïfs et c'est pourquoi nous attendons bien sûr que cette attitude se traduise dans la pratique des relations avec les organisations non gouvernementales.

        Mesdames, Messieurs,

Lorsque je parle de ce sujet, je dois dire aussi qu'il ne s'agit pas ici d'imposer à la Russie un modèle allemand, français ou anglais. La Russie doit trouver sa propre voie, lui permettant d'entretenir ses traditions en harmonie avec les valeurs européennes.

Et, Mesdames, Messieurs, cette année nous apportera des défis de taille, car la Russie est confrontée à une double responsabilité: la présidence du G8 et, au deuxième semestre, la présidence du Conseil de l'Europe.

Permettez-moi, au vu des défis de l'année à venir, d'aborder plus en détail trois questions seulement parmi les plus pressantes relatives à la sécurité mondiale.

Tout d'abord, un sujet auquel je dois bien entendu accorder la priorité: le règlement de la question nucléaire iranienne. Telle sera notre tâche primordiale dans un avenir proche si nous ne voulons pas que commence une course aux armements nucléaires au Proche et Moyen-Orient. Comme vous le savez, la reprise des activités d'enrichissement de l'uranium par l'Iran a créé une situation rendant indispensable une réaction unanime de la communauté internationale.

La Russie a proposé que les activités d'enrichissement aient lieu sur territoire russe sous contrôle international. C'est un signe qui aurait pu servir de base à un règlement du conflit par des négociations. Malheureusement, le gouvernement iranien n'a pas eu recours à cette possibilité. Au contraire, il l'a totalement ignorée.

C'est la raison pour laquelle il était tout à fait juste que le Conseil des gouverneurs réuni hier en session extraordinaire envoie un signal très fort exprimant l'unanimité internationale. Il a réaffirmé en toute clarté et avec une grande persistance l'exigence posée à l'Iran de suspendre totalement ses activités nucléaires.

Il a exprimé tout aussi clairement le fait que l'Iran, de par son attitude, s'est opposé à l'ensemble de la communauté internationale.

À présent, les prochains développements - nous sommes maintenant dans une première phase au Conseil de sécurité des Nations Unies - dépendront du comportement de l'Iran, de sa volonté d'agir en conformité avec la décision de la communauté internationale au Conseil des gouverneurs. À l'heure actuelle, nous ne pouvons qu'espérer des représentants du gouvernement iranien qu'ils ne déçoivent pas à nouveau les attentes de la communauté internationale provoquant ainsi une aggravation de la situation.

Le deuxième point que je souhaite souligner pour l'année en cours est le suivant: à côté de la prolifération des armes de destruction massive, le terrorisme agissant au niveau mondial représente la menace la plus sérieuse pour notre sécurité.

Le terrorisme international ne s'arrête pas aux frontières des États et ne peut donc être combattu que par une coopération transnationale. L'UE, les États-Unis, la Russie mènent ce combat ensemble, avec des accents différents selon les cas.

En principe, nous sommes d'accord sur le fait que nous avons besoin d'une étroite coopération de la police et des autorités judiciaires, en ce qui concerne notamment la collecte et le dépouillement des informations ainsi que la poursuite des coupables et des suspects. Nous savons tous que les critères en matière d'État de droit et de droit international doivent être respectés.

De telles questions se posent, cher collègue, aussi en Tchétchénie. Je dis ceci sans aucun orgueil, car personne dans cette salle ne pense qu'il puisse exister des solutions simples pour ce conflit - et certainement pas sans une stabilisation de toute la région.

Je souhaiterais ici réaffirmer la proposition faite par l'UE d'apporter son soutien au développement et à la stabilisation du Caucase du Nord. Nous sommes prêts à continuer d'ouvrer à cette perspective, en coopération avec la Russie.

Mais en plus de cela, Mesdames, Messieurs, nous avons besoin de coopération dans la lutte contre les causes du terrorisme, ce qui inclut expressément des efforts communs visant à soutenir des régions du monde islamique à surmonter leur crise de modernisation.

Étant donné l'actualité, je ne peux parler de ceci sans évoquer la discussion menée depuis plusieurs jours au sujet des caricatures danoises et des réactions qu'elles ont déclenchées dans le monde arabe et musulman.

Mesdames, Messieurs, il s'agit d'un développement que nous observons avec la plus grande préoccupation. À mon avis, nous n'avons pas encore de choc des civilisations, mais nous sommes encore bien loin du dialogue souhaité, bien plus loin que nous le voulons et surtout, plus loin qu'il n'est nécessaire.

Pour nous, la liberté de presse et d'opinion est une composante élémentaire de notre ordre social, de notre démocratie et, en tant que telle, elle est également ancrée de manière immuable dans notre constitution. En même temps, nous sommes d'accord sur le fait que des actes et des propos dénigrant ou ridiculisant d'autres cultures ou d'autres religions ne contribuent en rien à la compréhension mutuelle, au dialogue des cultures. Nous avons conscience du fait que ces deux éléments - la liberté de presse et d'opinion et la liberté de religion - sont de précieux biens constitutionnels.

  • Il incombe à ceux qui en jouissent d'en faire usage de manière responsable.

Aujourd'hui, notre tâche est de ne pas faire naître une situation qui donnerait à penser, à tort, que nous devons opter pour l'un de ces deux biens.

Les deux vont de pair et doivent être respectés - pas uniquement en Europe, Mesdames et Messieurs, mais dans le monde entier.

Nous comprenons tout à fait que les musulmans soient blessés par des caricatures, et aussi qu'ils les considèrent comme une offense à leur religion. Or, je dis précisément en toute clarté, parce que vous venez d'applaudir, que cela ne justifie en rien des appels à la violence ou des attaques contre des institutions ou des citoyens européens, telles qu'elles ont eu lieu hier soir et cette nuit. Je suis extrêmement reconnaissant que des voix responsables dans le monde musulman aient fermement condamné les actes récents de violence, et qu'elles contredisent ainsi l'instrumentalisation évidente du conflit par les islamistes.

Toutes les forces de la raison doivent, selon moi, combattre les faux prophètes du choc des civilisations!

        Mesdames, Messieurs,

il est un troisième thème que je souhaite aborder brièvement, au sujet de nos futures relations Europe/Russie/États-Unis. Je veux parler ici du thème de l'énergie et je sais que je ne suis pas le premier à le mentionner.

Le caractère limité des ressources énergétiques fossiles fait redouter que les problèmes d'accès à des énergies d'un prix abordable seront de plus en plus souvent source de conflits.

  • Je suis donc convaincu que la sécurité mondiale au XXIème siècle sera indissociable de la sécurité énergétique.

La politique étrangère et de sécurité allemande doit bien sûr relever ce défi stratégique. Nous sommes un pays pauvre en matières premières. Notre économie dépend fortement des exportations. Notre capital, ce sont les idées de nos citoyens, la force de nos centres de recherche et de développement ainsi que l'avance technologique que nous détenons encore vis-à-vis des autres dans d'importants domaines de production.

Étant donné la rareté des énergies fossiles et notre force en tant que pays industriel et de recherche, notre objectif doit être désormais de défendre et de consolider notre position de tête en matière de développement des énergies renouvelables, de technique environnementale et d'efficacité énergétique.

Seule cette voie nous permettra de réduire notre dépendance de l'importation de pétrole, de gaz et d'autres énergies fossiles, et nous aidera aussi à exploiter de nouveaux débouchés et à garantir de nouveaux emplois.

J'aborde ce sujet ici parce que j'ai la profonde conviction que ce thème comporte également, de plus en plus, une dimension de politique de sécurité: la politique de sécurité énergétique est aussi une politique de paix. Réduire globalement les dépendances énergétiques par un développement technologique signifie apaiser des tensions potentielles. "L'énergie en tant qu'arme politique" perdrait alors son effet de levier.

C'est la raison pour laquelle la politique étrangère allemande et européenne doit contribuer à ces développements, d'une part en relation avec les grandes régions d'approvisionnement en énergie, qui sont souvent instables politiquement, et d'autre part en relation avec d'autres pays consommateurs importants. La politique étrangère énergétique, si l'on veut la nommer ainsi, deviendra certainement une nouvelle catégorie dans l'opinion publique.

Et quand je lis, précisément ces derniers jours, que certains commentateurs parlent déjà à ce sujet de la "prochaine guerre froide de l'Europe", je suis tout à fait convaincu qu'il s'agit là d'un mauvais état d'esprit, d'une mauvaise approche. Nous devrions plutôt miser sur des concepts coopératifs de sécurité, qui nous ont permis par le passé de réaliser des expériences positives et fructueuses.

Je trouve qu'au cours de la seconde moitié du XXème siècle, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, nous sommes parvenus à limiter les conflits grâce à une coopération régionale en matière de sécurité. Nous devons aussi concevoir de plus en plus la sécurité énergétique sur notre continent comme un dialogue entre producteurs et consommateurs énergétiques, pays de transit et secteur privé.

À cet égard, outre la mer du Nord, l'Afrique du Nord et les pays du Golfe, la Russie reste bien entendu, en tant que fournisseur essentiel d'énergie, un partenaire indispensable pour l'Allemagne et l'UE. J'espère que la présidence russe du G8 nous donnera l'occasion de discuter de la façon de renforcer la sécurité énergétique dans l'espace européen, mais aussi dans le monde entier, Mesdames et Messieurs.

Je ne souhaite pas détailler davantage les conditions institutionnelles posées par une telle approche. Je conclurai donc en disant qu'à mon avis, les avantages d'une telle approche coopérative vont de soi. D'éventuels conflits de répartition peuvent être et seront contenus par un comportement réglementé des participants. Des solutions coopératives accroissent à long terme la sécurité de calcul et d'approvisionnement des intéressés.

Et n'oublions pas qu'une ouverture des marchés renforcée et réciproque au niveau des producteurs et des consommateurs offre de nouvelles perspectives aux entrepreneurs.

Mesdames et Messieurs, j'en viens à ma conclusion. De par son élargissement, l'UE s'est sans aucun doute rapprochée géographiquement de la Russie. Une plus grande proximité signifie, vous l'avez dit, des échanges plus intensifs. J'ajouterai ceci: un voisinage commun fait naître également davantage de responsabilités communes.

Or, il me semble parfois que la coopération entre les Européens et les Russes est plus efficace au niveau des grands défis mondiaux que dans les questions régionales de voisinage immédiat.

Je pense surtout ici aux "conflits gelés" en Moldova, en Géorgie et au Haut-Karabakh. La Russie a bien sûr un rôle clé à jouer dans leur résolution.

Ne devrions-nous pas aujourd'hui faire un geste, réunir nos forces, précisément dans la résolution du conflit qui dure depuis 18 ans au Haut-Karabakh. L'Arménie et l'Azerbaïdjan devraient reconnaître qu'ils doivent - et peuvent - saisir rapidement de nouvelles chances de résoudre le conflit. Ici aussi, une contribution constructive de la part de la Russie me semble incontournable.

Mesdames, Messieurs, j'ai énuméré quelques-uns des domaines d'action à l'ordre du jour. Cette énumération montre que l'Union européenne, les États-Unis et la Russie font partie d'une communauté mondiale responsable, devant prendre congé des clichés traditionnels selon lesquels les frontières nationales et la puissance de l'État sont encore les critères déterminants. Je le répète, les problèmes transnationaux requièrent des solutions transnationales.

Dans l'histoire récente, le risque de conflits armés entre les grandes puissances n'a jamais été aussi réduit qu'aujourd'hui.

Et jamais encore nous n'avions été à ce point unanimes dans nos analyses des menaces à l'échelle mondiale et nos approches de solutions concernant les questions de survie de l'humanité.

Je crois que nous ne pourrons relever les défis de l'histoire que si nous saisissons la chance de concevoir un ordre mondial coopératif. J'en suis convaincu: les États-Unis, la Russie et l'Europe ont besoin l'un de l'autre et, plus important encore, le monde a besoin de nous!

Je vous remercie.

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