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Nouveaux terrains de la défense : Océans et Espace

Nouveaux terrains de la défense : Océans et Espace

Allocution de Michèle Alliot-Marie, ministre français de la Défense devant la 58ème session nationale de l’IHEDN. Paris, École militaire le 6 avril 2006. Sources: IHEDN et DICoD.

Les deux dernières décennies sont caractérisées par le développement des logiques de mondialisation et de réseaux. La généralisation de l’informatique et du numérique, favorise la mise en réseau du globe et contribue à effacer les frontières des États.

Aujourd’hui, la faculté d’un État à assurer la protection de ses ressortissants et la défense de ses intérêts, est aujourd’hui moins conférée par sa taille ou son positionnement géographique, que par son accès à l’information, sa mobilité, sa réactivité.

Dans ce contexte, le domaine spatial, mais également le domaine maritime, sont aujourd’hui des enjeux plus que jamais stratégiques. La Défense se mobilise pour relever ces défis, dans une dimension que nous voulons résolument européenne.

De la maîtrise des océans et de l’espace dépendent notre sécurité, notre positionnement mondial, notre dynamisme économique.

  • Les mers et océans présentent un intérêt stratégique indéniable.

La liberté que procure l’océan permet à la force navale d’exercer la puissance d’un Etat vers la terre. Elle permet d’acheminer des forces. Plus celles-ci sont importantes, plus les moyens maritimes sont seuls en mesure de répondre à leurs besoins logistiques. Un porte-avions, c’est la capacité de délivrer à plus de 600 km, pendant une durée de plusieurs mois, une quarantaine d’aéronefs, des milliers d’hommes et des missiles de croisière. Il est aujourd’hui primordial de disposer de cette capacité pour peser dans les affaires internationales et soutenir une politique de puissance. Pour les États qui disposent de la puissance nucléaire, la force navale est aussi un vecteur majeur de la dissuasion.

- Les mers et océans sont aussi des voies de communication vitales :

Aujourd’hui, 80 % du commerce mondial transite par voie maritime. Les activités d’ordre économique assurées par voie de mer sont en augmentation significative, qu’il s’agisse de transport ou d’exploitation des ressources.

Des pays comme le Japon ou la Chine sont largement dépendants du trafic maritime pour satisfaire leurs besoins vitaux, ce qui peut d’ailleurs être à l’origine de tensions politiques autour des détroits. Par Malacca passe le tiers du trafic mondial.

- Les mers et océans sont de plus en plus le théâtre de multiples menaces qui mettent en cause notre sécurité :

Les nouvelles formes de terrorisme ciblent particulièrement les transports. Les espaces maritimes ne sont donc pas à l’abri de cette menace, comme en témoigne l’attentat de 2003 contre le pétrolier français Limburg au Yémen. Le narco-trafic et les trafics d’armement utilisent de plus en plus la voie maritime, tout comme les flux d’immigration illégale. Des actes de piraterie se développent encore en de nombreux points du globe, notamment dans la corne de l'Afrique.

- Le milieu maritime présente enfin un enjeu énergétique important pour l’avenir :

Avec la diminution des réserves mondiales connues et l’augmentation du coût du pétrole, il sera bientôt nécessaire de rechercher de nouvelles réserves d’hydrocarbures dans les espaces maritimes. Des gisements identifiés sont déjà l’objet de rivalités, par exemple en mer de Chine.

  • La maîtrise de l’espace est elle aussi un enjeu stratégique majeur en plein essor.

Je suis persuadée que l’espace, sa conquête et sa maîtrise, sont devenues facteurs de puissance et de souveraineté, indispensable pour exister sur la scène internationale. Autrefois lieu de transit pour les missiles balistiques, l’espace est devenu un moyen de maîtriser l’information, de renforcer l’efficacité de nos capacités militaires. Notre système de défense est donc amené à être de plus en plus dépendant de nos systèmes spatiaux.

- Le spatial, c’est une condition d’autonomie d’appréciation des situations :

C’est la capacité d’observer, écouter, communiquer, localiser, à l’échelle mondiale avec une disponibilité permanente, en s’affranchissant des autorisations de survol des territoires. Les capacités de renseignement offertes par les systèmes spatiaux sont aujourd’hui un élément clé de la veille stratégique. En appui d’une stratégie d’action, le renseignement d’origine spatiale est nécessaire à l’autonomie d’appréciation en temps réel des situations de crises, mais aussi à la planification et à la conduite des opérations.

- L’espace c’est également un moyen d’améliorer l’efficacité de nos opérations militaires, particulièrement lorsqu’elles sont éloignées du territoire national :

Seule l’utilisation de moyens spatiaux nous permet de diriger des opérations en tout lieu, à tout instant et en réduisant le délai entre « acquisition de l’information » et « action ». L’Espace constitue de ce fait un différentiel de puissance souvent décisif dans les engagements. Par exemple, grâce aux capacités spatiales, nous pourrons demain acheminer par satellite une information acquise par un drone vers un centre de commandement en métropole, qui à son tour en fera l’interprétation, la renvoyer à un état-major situé sur zone qui formatera une image et la transmettra à un avion de combat en alerte. En raison de la multiplicité des acteurs et des besoins, de l’étendue de l’espace géostratégique à couvrir, nous devons accroître ces capacités et faire preuve de toujours plus de réactivité.

Ainsi, la maîtrise des océans et de l’espace est bien plus qu’un enjeu de sécurité. Au coeur de notre outil de défense, elle est appelée à y prendre une place croissante.

La France se doit donc de jouer un rôle de premier plan sur ces terrains. Maîtriser ces domaines nécessite aussi des réponses européennes.
La défense française se mobilise plus que jamais sur les domaines maritime et spatial.

- Les missions « traditionnelles » que mène la Défense en mer sont multiples et bien connues : dissuasion, projection de puissance et de forces, renseignement, surveillance des approches maritimes, lutte contre la prolifération des armements. Le mois dernier, la Marine déployait à cette fin, à plus de sept jours de ses ports 40 bâtiments de combats et 35 aéronefs, servis par 7000 hommes, soit la moitié de son personnel embarqué.

Au-delà, la Marine nationale consacre plus du quart de ses missions à la "sauvegarde maritime", afin de faire face, dans le cadre de l’action de l’État en mer, à tous les types de menaces susceptibles de venir de la mer. Nos forces sont ainsi largement impliquées dans la lutte contre le trafic de stupéfiants, contre la pollution maritime, contre l’immigration clandestine et la pêche illicite. Nous coordonnons cette action avec les douanes, les affaires maritimes, la gendarmerie, ce qui renforce la cohérence du dispositif de surveillance et d’améliorer notre réactivité.

- Sur le plan spatial, l’acquis français est important. Avec la mise en exploitation de la seconde génération des satellites d’observation Hélios et de la troisième génération des satellites de télécommunications Syracuse, la France est aujourd’hui une des rares nations capables de disposer d’une capacité réellement autonome d’appréciation des situations et de moyens souverains de conduite des opérations.

Je peux témoigner que, dès avant le début de la guerre du Golfe, nous avons pu faire valoir notre point de vue en produisant nos propres informations.

Il faut aller plus loin. J’ai créé en 2004 un groupe d’orientation stratégique de politique spatiale de défense, présidé par François Bujon de l’Estang. Ses conclusions confirment que l’Espace est un enjeu stratégique essentiel. Ses conclusions devront servir de référence pour l’élaboration de la prochaine LPM, dont j’attends qu’elle mette en œuvre ces recommandations. Je souhaite pour la France une politique spatiale en mesure de maintenir une longueur d’avance dans les domaines où nous sommes déjà présents, et d’investir d’autres champs d’application.

Dès l’actuelle LPM, j’ai voulu d’ores et déjà aller plus loin. Les premières études technologiques sont en préparation pour le successeur d’Helios II. Un nouveau projet de démonstrateur a été lancé dans le domaine du renseignement d’origine électromagnétique. Cofinancé par le CNES et la Défense, il témoigne de l’ouverture croissante de la recherche de défense vers le civil et de la réussite des partenariats que nous sommes capables d’établir dans ce domaine.

  • Notre réponse aux défis de la mer et de l’espace doit s’inscrire dans une démarche résolument européenne.

Nous devons préparer l’avenir en nous assurant de disposer collectivement des équipements technologiques à la hauteur des enjeux.
La consolidation de l’industrie navale française, actuellement en cours, ouvre la voie à des rapprochements futurs entre Européens.
La France favorise la coopération européenne en matière de programmes navals : c’est le cas du programme FREMM avec nos partenaires italiens, et du programme de porte-avions n°2 avec nos partenaires britanniques.

Je pense que cette coopération dans le domaine des programmes doit exister de la même façon dans le domaine humain. L’avenir repose sur une coopération croissante de nos armées en matière de formation. C’est dans cet esprit que nous réfléchissons actuellement à la mise en œuvre d’un bateau-école européen.

Nous devrons à l’avenir progresser vers une protection plus coordonnée et donc plus efficace de nos espaces maritimes. L’Agence européenne de défense vient d’engager une réflexion sur la surveillance maritime. C’est aussi l’ambition du futur livre vert sur la politique maritime.

- Dans le domaine spatial, je souhaite faire partager ma vision à mes partenaires européens, pour les entraîner à développer une politique spatiale européenne plus ambitieuse.

Après une phase dominée par des volontés d’autonomie nationale, l’état des lieux au niveau européen montre une diversité de moyens, nés d’efforts dispersés. Je crois que le véritable défi à relever pour les années à venir, c’est désormais le partage, à l’échelle européenne, des expertises et des moyens.

Je suis convaincue que l’espace pourrait être un axe fédérateur, de nature à renforcer la politique européenne de sécurité et de défense. J’ai demandé que ce sujet soit inscrit à l’agenda de l’Agence européenne de défense, qui devrait à terme accompagner cette dynamique.

De nombreuses puissances en devenir prennent aujourd’hui conscience de l’importance des enjeux que sont les océans et l’espace.

Les fortes capacités navales militaires ne sont plus l’apanage de quelques marines occidentales. La Chine s’est lancée dans un vaste programme d’accroissement et de modernisation de sa flotte. La marine japonaise est aujourd’hui plus importante en tonnage que la marine française. L’Inde développe elle aussi de solides capacités d’action en haute mer.

De la même manière, l’acquisition de capacités spatiales est désormais à la portée d’un nombre grandissant de pays, qui ont parfois plus que nous la volonté de faire le saut technologique. La Chine, l’Inde, le Japon, le Brésil, mais aussi l’Algérie, l’Égypte, la Thaïlande, ont engagé des efforts significatifs pour se doter de moyens spatiaux contribuant à leur sécurité.

La France, comme l’Europe, ne peuvent rester à l’écart de ces défis majeurs du 21ème siècle. Il en va de la sécurité de nos pays, de nos ressortissants, de notre excellence et de notre compétitivité technologique et industrielle, de notre place dans le monde.

A nous de saisir pleinement la mesure de l’enjeu et d’entraîner nos partenaires dans cette voie ! Il n’y a pas d’autre issue pour que l’Europe soit à la hauteur des idéaux de ses fondateurs.

 


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