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Le retour de la France en Europe

Le retour de la France en Europe

Discours prononcé par M. Jean-Pierre Jouyet, Secrétaire d’État chargé des Affaires européennes, à l’occasion de la XVème Conférence des Ambassadeurs. Paris, le 27 août 2007. Source:  Quai d'Orsay, Service de Presse.

Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
Monsieur le Secrétaire général,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames, Messieurs,
Chers amis,

Je suis heureux de vous retrouver, pour la première fois, dans ces fonctions. Je compte parmi vous de nombreuses amitiés nouées au fil des diverses responsabilités que j’ai exercé et des années. Je veux saluer le travail de Pierre Lévy et de son équipe dans l’organisation des tables rondes et le choix des thèmes, qui sont tous pertinents. Tous ces chantiers que vous allez défricher sont importants et notre idée est vraiment d’intégrer les conclusions de vos discussions dans nos propres réflexions. C’est un honneur et un plaisir pour nous de recevoir les Ministres des Affaires étrangères du Portugal et de la Slovénie (*), avec lesquels nous travaillons déjà très étroitement à la succession harmonieuse de nos Présidences.

Le Président de la République puis Bernard Kouchner vous ont présenté les orientations de notre politique étrangère, en particulier européenne. Je vais essayer, exercice délicat, de revenir sur quelques points qui me semblent importants. J'insisterai sur trois sujets :

- premièrement, la séquence que nous avons vécue, marquée par le retour de la France en Europe et de l'Europe en France ;
- deuxièmement, compte tenu de notre vision de la mondialisation, quel rôle l'Europe peut-elle et doit-elle y jouer ;
- et troisièmement, la préparation de la PFUE.

  • Le retour de la France en Europe et de l'Europe en France tout d'abord.

Vous le savez, notre priorité est allée au règlement du problème institutionnel qui divisait les Européens et qui avait partagé les Français entre les « oui » et les « non », à l’issue d’un débat difficile, mais peut-être en fin de compte très utile, en 2005. Nous le voyons aujourd’hui, résoudre la question institutionnelle devait, qu’on le veuille ou non, être tranchée pour permettre à l’Union d’aller de l’avant. Et l’accord trouvé en juin par les Chefs d’État et de gouvernement est à cet égard un très bon accord, à plusieurs titres. Je ferai simplement quelques remarques à ce sujet car il a été largement commenté :

- première remarque : l’accord obtenu à Bruxelles en juin dernier est avant tout un accord qui répond à l’objectif d’un fonctionnement plus efficace et plus démocratique des institutions d’une Union désormais élargie. Les dirigeants européens ont tous accepté de procéder selon l’approche simplifiée proposée par le Président de la République, et donc de retenir, de manière pragmatique, les meilleures solutions disponibles. Je n’y reviens pas, elles sont désormais bien connues. Nous aurons probablement à en préparer la mise en œuvre sous notre Présidence ;

- deuxième remarque : le mandat approuvé par le Conseil européen est très détaillé. C’est une innovation par rapport aux précédentes modifications des traités européens. Elle traduit l’engagement politique des Chefs d’État et de gouvernement. Nous l’avions souhaité ainsi afin que la Conférence intergouvernementale en court puisse se limiter à une transposition aussi technique et juridique que possible. C’est la condition du respect d’un calendrier très serré, qui est, je crois, dans l’intérêt de tous les États membres. Nous apportons évidemment notre plein soutien à la Présidence portugaise dans cette ambition. Sauf accident, le nouveau traité devrait ainsi pouvoir être signé avant la fin de l’année.

Si c’est bien le cas, et comme le Président de la République l'a redit hier, la France souhaitera figurer parmi les premiers pays à le ratifier, selon la voie parlementaire, comme la procédure simplifiée de révision des traités le justifie. La très grande majorité des États membres devrait d’ailleurs procéder de cette manière. Ceci ne signifie pas que ces ratifications iront de soi partout. Nous devrons rester très attentifs;

- troisième remarque : l’accord permet de sortir l’Europe de la panne politique qui avait succédé aux référendums de 2005. En fait, c’est plus largement dix à quinze ans de doute et de débat institutionnel en Europe, liés principalement à la réunification de l’Allemagne et aux élargissements successifs de l’Union, qui devraient désormais être dénoués. Il est ainsi significatif que, malgré les péripéties des dernières heures de négociation, cet accord politique rassemble, pour la première fois, les 27 États-membres de l’Union élargie. On ne devrait plus aujourd’hui parler des anciens et des nouveaux États-membres.

- dernier point, cet accord n'a été rendu possible que grâce à l'engagement de Mme Merkel, à une très bonne entente franco-allemande, pour l’avoir vécu sur l’ensemble des négociations et à l'ensemble des contacts renoués avec nos partenaires européens et avec la Commission.

Cet accord crée aujourd'hui un contexte politique et institutionnel qui indiscutablement se trouve être plus favorable. Même si rien n'est évident en la matière, il faut que vous et nous l’ayons en tête et sachions en profiter.

Cette conjoncture nouvelle, nous devons aussi travailler à l’entretenir. C'est ce que nous faisons avec Bernard Kouchner et l’ensemble des membres du gouvernement : nous rétablissons les liens politiques avec les Commissaires et avec les parlementaires européens, nous allons dans toute l’Union européenne. J’interviens aussi auprès des cercles d’influence que sont devenus certains think-tanks ou les grands journaux européens. Pierre Sellal le sait bien, je suis amené à me rendre deux jours par semaine à Bruxelles, à Strasbourg ou à Luxembourg.

Il s’agit d’un investissement important mais c’est bien la recette d’une influence retrouvée, de ce retour de la France en Europe, souhaité et bien compris par nos partenaires européens. Nous poursuivrons donc ce travail méthodique. Nous continuerons à démêler les trop nombreux contentieux qui se sont accumulés avec la Commission européenne, à proposer des idées, à expliquer nos positions, à trouver les meilleurs compromis. C’est aussi le sens de la démarche du Président de la République devant l’Eurogroupe le 9 juillet dernier en ce qui concerne les enjeux économiques et financiers.

Cela se fait à Bruxelles et à Strasbourg, et cela se fait aussi dans toutes les capitales européennes, où le Président de la République et le Premier Ministre iront avant le début de notre présidence. Pour préparer ces déplacements et approfondir ce dialogue avec nos partenaires, avec Bernard Kouchner nous visiterons chacune des capitales européennes d’ici au début de l’année prochaine, avec l’aide de nos Ambassadeurs en poste dans l’Union. Nous travaillerons bien sûr en particulier à nourrir la nouvelle dynamique franco-allemande. Elle reste centrale sans être exclusive. Elle est d’autant plus forte et utile à l’Europe qu’elle va de pair avec des relations fortes avec chacun des États européens.

Le retour de la France en Europe doit s'accompagner d'un retour de l’Europe en France. Nous l'organisons avec le défilé des 27 contingents des armées européennes, le 14 juillet, à Paris ou en hissant le drapeau européen au Quai d'Orsay. D’autres Ministères ont déjà décidé de suivre ce mouvement. Tout cela montre que, quels que soient les textes, nous voulons faire vivre les symboles existants. Je remarque un renversement par rapport à il y a deux ans sur la perception de l'Europe par les Français. Trois points me frappent dans ce que nous a dit à ce sujet Brice Teinturier hier : le premier, c'est que 61% des personnes interrogées sont attachées à l'Union européenne ; le deuxième, c'est l'importance du couple franco-allemand partagée par 80% des Français, qui se distingue de la perception des relations que nous devons avoir avec les autres Etats membres ; le troisième, c'est que l'information sur l'Europe est encore perçue comme insuffisante, malgré son volume. Il y a sur ce point une réflexion et des actions à mener ensemble.

Nous reprendrons donc le débat avec les Français sur l’Europe et nous le ferons sous des formes renouvelées, en tirant les leçons du referendum de 2005. J’en ai beaucoup parlé avec nos parlementaires, nationaux et européens, avec les élus locaux, avec les associations, les entreprises, les syndicats. Ils partagent tous notre analyse :

- premier point - : il nous faut sortir maintenant des cercles d’initiés ou de convaincus. J’irai donc dans les régions, dans les écoles, dans les usines, dans les exploitations agricoles, pour discuter avec les Français qui s’interrogent. Nous devons écouter autant qu’expliquer ;

- deuxième point - : nous devons revoir la manière de parler de l’Europe. La question se pose moins aujourd’hui de la quantité d’information que de sa nature et de sa qualité. L’important n’est pas de rallier coûte que coûte à la cause européenne. L’important, c’est en revanche que chacun puisse se faire une opinion raisonnée. Comment faire partager la complexité de la négociation européenne, la recherche de compromis utiles qui se concilie avec la défense de nos intérêts bien compris ? Comment susciter des débats publics utiles ? Comment susciter un esprit européen, ce qui ne s’oppose en rien, bien au contraire, avec une identité nationale forte ? Nous y réfléchirons avec les élus, des associations, des professionnels de la presse et de la communication, avec des créateurs du monde culturel. Il y a là un chantier essentiel dont chacun mesure l’urgence démocratique, pour notre pays et pour l’Union européenne. Ces deux dimensions, nationales et européennes, doivent désormais être mieux combinées et se renforcer mutuellement, c’est un défi important : la Commission sur la révision des institutions, présidée par Monsieur Balladur, proposera peut-être des avancées sur ce plan.

- Ce débat est d'autant plus nécessaire, et j’en viens à mon deuxième sujet, que la campagne du referendum a fait apparaître des attentes et des inquiétudes, d’ailleurs largement partagées par les autres Européens. Il suffit de voir les interrogations exprimées par Mme Merkel hier. Elles reflètent une interrogation ou un doute sur l’identité de notre communauté européenne et sur sa volonté d’agir dans la mondialisation, alors même que les limites des moyens nationaux sont clairement comprises. L’Europe a été soupçonnée par beaucoup de passivité coupable, voire de se faire le cheval de Troie d’une mondialisation hostile. Cet écart entre la promesse d’une Europe qui protège et l’impact négatif de la mondialisation, qu’il soit réel ou ressenti, a très probablement contribué à la grave crise de confiance qui s’est manifesté en 2005.

Il y a évidemment une part d’injustice à attribuer aux institutions européennes, et même d’ailleurs à la mondialisation, toute une série de difficultés où elles n’y ont qu’une responsabilité au plus indirecte – je pense par exemple au vieillissement de la population en Europe, sur lequel les institutions n’ont aucune responsabilité. Mais il faut bien reconnaître qu’il y a aussi une part de vérité. Je pense aux insuffisances de certains aspects de la politique commerciale ou de la régulation financière, ou encore à l’équilibre à trouver entre l'ambition d'une politique industrielle européenne et l'application des règles de la concurrence. Nous devrons donc travailler avec méthode pour éviter les mêmes ornières. Je vous propose quelques réflexions pour notre travail avec les Européens et nos partenaires :

- En premier lieu, nous devons analyser la mondialisation de manière aussi objective que possible : elle recèle plus d’opportunités que de menaces. C’est avant tout, nous le savons, une source incontestée de croissance et de richesse. C’est évident pour les pays émergents ; cela le devient progressivement pour certains des pays les plus pauvres, y compris en Afrique ; c’est bien sûr vrai pour la France et pour l’Europe. En même temps, la mondialisation génère des inégalités, affecte des métiers, des personnes ou des territoires. Le moment est venu d’identifier sans a priori nos intérêts : ce que nous devons faire pour bénéficier du monde tel qu’il devient, ce qui dans notre économie et dans notre société doit évoluer, et bien sûr ce qui appelle une protection. La France dispose, j’en suis convaincu, de nombreux atouts pour être l’un des grands bénéficiaires de la mondialisation, tout en restant ce qu’elle est. La campagne présidentielle a montré que les Français y sont plus prêts que l’image qui en est souvent donnée, si nous savons mieux faire la part des choses.

- Dans ce contexte, nous devons assumer nos responsabilités nationales : l’essentiel du travail d’adaptation relève de chaque pays. Nous ne pouvons pas attendre de l’Europe qu’elle s’y substitue, sauf à nous condamner à la fois à l’immobilisme, et à la désaffection de nos concitoyens à l’égard des institutions européennes. Que ce soit en matière d’emploi, de compétitivité, d’éducation, de bonne gestion financière, c’est avant tout notre responsabilité d’accomplir les réformes nécessaires. C’est ce que le Président de la République et le gouvernement ont commencé à mettre en œuvre et nos partenaires européens l’ont bien compris lors de la réunion de l’eurogroupe début juillet. Il est clair que notre voix portera d’autant plus en Europe que nous assumerons ces responsabilités et respecterons nos engagements dans les domaines économiques et financiers.

- Ceci étant dit, l’Europe apparaît, dans de nombreux domaines, comme l’échelle la plus efficace, ou même la seule, pour être forts dans la mondialisation. Les institutions européennes doivent s’y consacrer pleinement et faire elles aussi leur part du chemin : être ouvert sur le monde ne signifie pas accepter le laisser-faire ; défendre nos intérêts n’est pas défendre le statu quo ; protéger ce qui doit vraiment l’être n’est pas du protectionnisme. C’est ma conviction profonde. Quel que soit son degré de libéralisme, chaque pays dans le monde défend ses intérêts avec pragmatisme et sans complexe. Chaque pays cherche à attirer de nouvelles activités et à éviter la délocalisation de ses propres activités. Je ne pense pas que le gouvernement britannique resterait inerte face à un risque de délocalisation des activités de la City… et je le comprendrais. L’enjeu est de définir et faire valoir nos intérêts le plus intelligemment possible, en fonction du moment et des positions des uns et des autres. Il faut en tout état de cause sortir des idées préconçues, des postures de doctrine et de la pensée paresseuse.

  • C’est pourquoi nous avons lancé un certain nombre de débats politiques, et je rappelle quelques exemples :

- la préférence européenne est nécessaire dans la mesure où elle permet de promouvoir nos préférences collectives, sociales, territoriales ou environnementales ;
- compte tenu des besoins alimentaires de la planète, une agriculture forte demeure indispensable, si elle est adaptée aux attentes des consommateurs européens, compétitive et sûre, dans le cadre d'une PAC rénovée ;
- de même son socle industriel important donne à l'Europe un avantage compétitif par rapport à d'autres zones du monde, d'où la nécessité de moderniser et de consolider la politique industrielle ;
- des services publics restent essentiels à la cohésion de nos sociétés, même s’ils n’ont plus toujours besoin de s’appuyer sur des monopoles ;
- une stratégie énergétique est indispensable et elle ne peut pas se résumer à l’ouverture du marché et à l’application de règles de concurrence ;
- la politique commerciale ne sera légitime que si elle est fondée sur une réciprocité sans naïveté ;
- les gouvernements ne peuvent être indifférents et doivent assumer leurs responsabilités en matière de politique de change et plus globalement en ce qui concerne les politiques financières.

  • L’Europe est un acteur global qui ne se comporte pas toujours comme tel. Elle doit s’affirmer et se vivre comme tel.

Cette nécessité d’une Europe plus affirmée dans la mondialisation, je l’ai évoquée avec nos partenaires européens, avec les Allemands et les Britanniques, avec la Commission. Je crois qu'il y a une prise de conscience même si les rapprochements seront difficiles. C'est sur ce sujet, incontestablement, que nous devons être les plus tenaces et les plus volontaires parce que ce sont, notamment dans les domaines économiques et financiers, les enjeux les plus difficiles à faire partager.

Soyons pragmatiques : il ne s’agit pas d’une révolution, mais d’ajustements, de corrections, parfois de quelques innovations pour muscler nos moyens. Dans certains domaines, nous aurons besoin de plus de transparence, de régulation, et de concertation, par exemple en matière de supervision financière. L’actualité de l’été le montre bien. De manière générale, la gestion d’un marché intérieur aussi vaste et encore très hétérogène suppose des instruments de régulation plus forts. Dans d’autres domaines, nous aboutirons à la conclusion que de véritables politiques communes sont nécessaires – on le voit bien en regardant l’énergie ou l’immigration, qui formeront deux des grandes priorités de la présidence française –, ou que nos instruments doivent être mieux coordonnés – c’est le cas en matière budgétaire ou pour prendre en charge certains aspects des relations internationales, en ce qui concerne la définition de positions communes au niveau européen.

Dans l’autre sens, la solution ne saurait être, en toute chose, toujours et partout, « plus d’Europe ». Ce qui me paraît important, c’est que les politiques des États membres et politiques européennes se renforcent mutuellement, et tirent chacune le plus grand profit des autres. En clair, vous ne devez pas avoir la même symétrie et la même exigence de coordination dans tous les domaines.

C’est donc sans tabou ni crainte pour ce que nous sommes que nous devons analyser la mondialisation : comment en tirer parti et y défendre nos intérêts ? quelles sont nos responsabilités au niveau national ? où et comment l’Union européenne doit-elle agir ? Cette démarche, j’en suis convaincu, renforcera l'Europe et reconstituera la confiance des Français en l’Union européenne. Une Europe ouverte et dynamique, apte en même temps à protéger et défendre les intérêts des Européens et leurs valeurs dans la mondialisation, sans bien sûr renoncer à peser sur son évolution, telle est la véritable vocation de l'Europe à venir. C’est ainsi qu’elle sera utile aux Européens. C’est ainsi, par son exemple et son action, qu’elle sera utile au monde.

L'Europe ne sera justement utile au monde que si elle est sûre d'elle-même et de ses missions. C’est pourquoi nous devons aussi donner un sens à son avenir en réfléchissant à ce qu’elle pourrait être dans les 20 prochaines années, à ce que seront ses politiques, ses relations avec ses voisins, sa place dans le monde. C'est le sens du Comité des sages proposé hier par le Président de la République.

  • J'en viens maintenant à la Présidence française de l’Union européenne.

Cette présidence intervient alors que l'Europe à un moment tout à fait particulier, à un tournant où elle se remet en route après une longue phase de doute. Elle sera aussi un événement politique national puisqu'il s'agira du 1er grand rendez-vous entre la France et les Européens depuis le référendum. Qu'est ce qu'une bonne présidence ?

- Tout d’abord, c'est la qualité de son organisation. C’est plus vrai que jamais dans une Europe à 27 Etats membres, qui agit dans des domaines toujours plus nombreux, avec un Parlement européen au rôle croissant. La Présidence allemande y a excellé. Nous avons pour notre part mis en place les meilleures conditions possibles. Un Secrétariat général de la Présidence française a été créé auprès du Premier Ministre. Il est dirigé par Claude Blanchemaison, qui est bien sûr l’un de nos Ambassadeurs les plus expérimentés. Le Secrétaire général est pour la première fois responsable d’un programme budgétaire conséquent, qui sera complété par une coopération avec les collectivités locales et les entreprises qui le souhaiteront. Claude Blanchemaison a déjà bien avancé sur toutes les questions dont nous avons la charge, et nous progressons grâce à son concours particulièrement actif. Je veux l’en remercier ce matin.

- Une bonne Présidence, c’est aussi une présidence qui assure la continuité du travail des institutions. Pierre Ménat et la DCE, avec le SGAE, notre Représentation Permanente à Bruxelles, et le service de la PESC, procèdent actuellement au recensement de ces questions dont nous hériterons dans tous les domaines. Je verrai en septembre les Ministres tchèque et suédois pour commencer à préparer l’articulation des trois présidences à venir. Évidemment, nous serons toujours dépendants de l’actualité et vous êtes les mieux placés pour savoir que c’est vrai en particulier des questions internationales.

- Je voudrais aussi rappeler qu'au-delà des priorités que nous nous donnons, une présidence, ce sont des accords politiques, des compromis à trouver. Tout le monde doit avoir conscience qu'une bonne présidence exige parfois des sacrifices et toujours des compromis. La présidence, Pierre Sellal ne cesse de le rappeler, est d'abord au service de l'Union.

- Cela étant posé, il n'y a pas de bonne Présidence sans grandes priorités politiques. Elles doivent être en nombre limité. Le Président de la République en a annoncé les grandes lignes hier : l’environnement, l’énergie et l’immigration. A ces trois priorités s'ajoute la volonté très claire du Président de la République de faire progresser fortement l'Europe de la défense.

- Enfin, une bonne présidence, ce sont aussi des projets concrets, visibles ainsi que quelques initiatives fortes. Je pense à l'éducation, à la culture – une saison culturelle européenne est en cours de préparation – ou à l'accès des populations des pays pauvres aux soins de santé. Je pense aussi, avec les évènements dramatiques qui se déroulent en Grèce, au renforcement de la coordination des moyens en matière de gestion civile des crises.

  • Sur la base de ces principes, nous avons identifié quatre axes selon lesquels la Présidence française pourrait s’articuler :

- premier axe, la croissance et l’emploi : c’est d’abord l’agenda de Lisbonne, sur lequel la présidence portugaise puis la présidence slovène travailleront. Sa pertinence reste entière, mais ses objectifs méritent sans doute d’être plus fermes et ses instruments plus contraignants. En matière de croissance, c’est un agenda de compétitivité, de recherche et d’innovation, de développement des entreprises, les PME en particulier. La croissance et l’emploi doivent aussi devenir les priorités de la zone euro. Pour cela, la zone euro a besoin d’une politique économique et d’un dialogue plus nourri avec la BCE, dans le respect, bien sûr et je le redis, de son indépendance. Nous en avons beaucoup parlé avant l’été et Mme Lagarde prépare des propositions pour nos partenaires.

- deuxième axe, la protection des citoyens : c’est le pendant indispensable de l’ouverture de l’Europe au monde et de la France à l’Europe. En matière sociale, une sécurité accrue doit accompagner la flexibilité qu’exige l’adaptation de nos entreprises. Les missions fondamentales des services publics doivent être garanties. La protection des consommateurs fait désormais partie des domaines où l’action de l’Union est la mieux reconnue, que ce soit pour les aliments ou les produits chimiques. La coopération en matière juridique et policière participe bien entendu de la protection des citoyens, pour leur sécurité contre la criminalité organisée et le terrorisme, mais aussi pour assurer les garanties de droit qu'ils demandent dans leur vie quotidienne. Comme je l’ai dit, une politique commune en matière d’immigration sera l’une de nos grandes priorités : elle devra être efficace, globale et bien sûr équilibrée. Je suis frappé, dans les contacts que j’ai eu avec les pays du sud de l’Europe, de voir l’urgence de cette politique pour nos partenaires. Sur les modalités, nous devrons trouver des convergences plus importantes. Elle devra aussi être accompagnée d’une attention plus grande à l’intégration réelle des immigrants légalement installés.

- troisième axe, l’Europe du futur : nous devrons faire aboutir la traduction législative des décisions politiques très importantes prises en mars dernier en matière d’énergie et de changement climatique. L’environnement et le développement durable seront évidemment une grande priorité de la Présidence, à la suite notamment du Grenelle de l’environnement de cet automne. Dans cet esprit, nous avons commencé à prendre des initiatives en matière de fiscalité écologique, notamment avec nos partenaires britanniques. Préparer l’avenir, c’est bien sûr la recherche, la technologie, la politique spatiale – je pense à Galiléo, à l’Institut européen de technologie et aux initiatives qui seront prises dans ce cadre. C’est aussi les échanges entre Européens : nous proposerons un Erasmus plus large, qui touche plus d’étudiants et plus de jeunes, de façon à ce que chacun ait droit à une formation, des études ou un stage dans un autre pays européen. Nous devons élargir ce dispositif car c’est ainsi que nous construirons l’Europe que nous voulons, c'est une question d'état d'esprit et de génération. Enfin, la question se pose de savoir dans quelle mesure nous devrons lancer le débat, qui occupera l’Union dans quelques années, sur les politiques européennes et leur financement pour la période 2014-2020.

- enfin, quatrième axe, l’influence de l’Europe sur la scène internationale : nous aurons un grand nombre d’échéances à assumer, sans compter les crises inhérentes à l’actualité internationale que nous devrons gérer au titre de la Présidence. La relation avec les pays émergents - et en particulier la Chine qui sera très visible en 2008, la relation avec la Russie, devraient être l’occasion de renforcer et rationaliser les instruments européens, aujourd’hui trop dispersés. Nous travaillerons sur le rapprochement européen des pays des Balkans, plus indispensable que jamais. Nous travaillerons évidemment sur l’Afrique et le développement avec Jean-Marie Bockel, priorités naturelles de la France – vous le savez, Robert Schumann avait déjà inscrit dans sa fameuse déclaration que le développement du continent africain figurerait parmi les tâches essentielles de l’Europe. Rama Yade reviendra sur les droits de l’Homme, dimension essentielle de l’action européenne et vous savez que notre Présidence coïncide avec le 60e anniversaire de la Déclaration des droits de l’Homme.

  • Un point particulier sur la Méditerranée :

Nous devons à la fois conforter l'efficacité des instruments euro-méditerranéens dans le cadre du processus de Barcelone, améliorer les partenariats existants avec chacun des pays du Sud de la Méditerranée, et promouvoir une véritable Union méditerranéenne. Comme le Président de la République l'a proposé, c’est la démarche de Jean Monnet qui doit nous inspirer, une union fondée sur des solidarités de fait et des projets concrets touchant notamment à l'environnement et au développement économique.

Il ne s’agit bien évidemment pas d’un programme. Ce n'est pas encore exhaustif. Ces quatre axes permettront de structurer les travaux de notre Présidence.

La définition précise de nos priorités sera affinée dans les prochains mois, notamment dans le cadre de Comités interministériels consacrés à l’Europe sous l’autorité du Premier Ministre. Votre concours sera également important.

- enfin, nous animerons, dès le début de l’année 2008, un débat avec les Français dans les régions, en associant les membres du gouvernement, des Ministres ou des Commissaires européens, des parlementaires européens, et des personnalités indépendantes. Il faudrait que ce dialogue oriente notre Présidence.
- Nous aurons également à rendre cette Présidence plus vivante, et organiser un certain nombre de manifestations plus concrètes.

- vous le voyez, la préparation de la Présidence suppose une réflexion stratégique, une mobilisation de tous les services de l’État et une préparation soigneuse avec nos partenaires. C’est sur ces points que ferai une première communication sur ce sujet au Conseil des Ministres le 19 septembre prochain.

Chers amis,

  • Mon engagement européen est ancien. J’y ai beaucoup travaillé, directement ou indirectement. Je retiens de ces trois premiers mois d’activité, par deux enseignements :

- d’abord, l’Europe est là et bien là, et elle fonctionne. Elle a en fait survécu aux crises, aux élargissements, à des procédures toujours plus complexes, à des compétences qui se diversifient. Elle y a aussi gagné en richesse et en moyens. Mais le risque, c’est malgré tout qu’elle se désincarne et n’apparaisse en fin de compte que comme une contrainte, une impuissance dans la mondialisation. Il faut retrouver une volonté politique et un esprit européen, conformément à notre tradition.

- en même temps, le temps de l’innocence est passé. Chaque politique, chaque action doit être justifiée, expliquée, discutée. C’est vrai au niveau européen : rien n’y est acquis ni évident. Il n'est qu'à voir les incertitudes politiques chez certains de nos partenaires. C’est vrai aussi en France, où nos concitoyens sont désormais plus exigeants, plus critiques. Le contexte européen nouveau, s'il redonne espoir, est en même temps plus exigeant en termes de négociation et de transparence démocratique. Dans ce cadre plus exigeant, je reste convaincu que notre pays sera dans cette Europe à 27 à même de jouer le rôle qui a été le sien dans la construction européenne. Il suffit de bien s'y préparer.

A nous donc d’être à la hauteur, et je sais que je peux compter sur vous !

(*) MM. Luis Amado et Dimitrij Rupel)

XVème Conférence des Ambassadeurs


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