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Au cœur du système communiste

Au cœur du système communiste : les services (1917 – 1990)

A l'occasion des 90 ans de la révolution d'octobre et dix ans après la parution aussi remarquée que controversée du "Livre noir du communisme", [1] suivi d'un second pavé cinq ans plus tard : "du passé faisons table rase: Histoire et mémoire du communisme en Europe", voici le troisième ouvrage collectif réalisé sous la direction de Stéphane Courtois [2] : le "dictionnaire du communisme" [3] qui revient sur la question de l'un des deux grands systèmes totalitaires du XXème siècle, en s'appuyant sur le dernier état de la recherche et sur de nouvelles archives. Dans ce dictionnaire d'exception, plus de 150 entrées, dont certaines constituent de véritables dossiers consacrés à l'économie, à la société, à la vie culturelle mais aussi à toute la face obscure du communisme (Laogai, Goulag, Khmers rouges. Stéphane Courtois, a réuni une équipe composée de vingt historiens ou politologues renommés [4] pour réaliser ce dictionnaire. Les "organes", dans le jargon tchékiste, les services, resteront comme un modèle de funeste mémoire comme la Gestapo a pu l'être. Patrick Moreau [5], expert renommé a bien voulu ici nous décrire le fonctionnement de ceux-ci. L'espionnage conçu à l'Est se doublait d'une terrible police politique. En Roumanie, la sinistre prison de Pitesti fut, d’après François Furet, « l’une des pires expériences de déshumanisation qu’ait connue notre époque » : les tortionnaires exigeaient des détenus qu’ils torturent à leur tour, afin de leur dénier jusqu’à leur qualité de victimes. Une prison comme celles de la Stasi à Bautzen 2 ou à Hohenschönhausen (Berlin). Au moment où sort ce livre très utile pour comprendre le fonctionnement de tels systèmes aujourd'hui condamnés, assuré de devenir une référence incomparable, on peut également suggérer à tous ceux qui ne l'ont pas encore vu d'aller voir l'excellent film "la vie des autres", [6] dont le DVD est sorti le 23 octobre dernier. Un film terrifiant mais si proche de la réalité telle qu'elle fut vécue en RDA juste avant la chute du mur. Par Patrick Moreau (©). Berlin, le 6 novembre 2007.

Le dictionnaire du communisme", Larousse (Collection A présent) sous la direction de Stéphane Courtois. 648 pages, 28€.Patrick Moreau. Photo © Joël-François Dumont.

Patrick Moreau

L’espionnage couvre l’ensemble des activités de recherche et d’exploitation d’informations de tout type au profit d’un tiers. Tous les états pratiquent l’espionnage. Il existait toutefois une profonde différence de nature entre les services d’espionnage communiste et occidentaux. Alors qu’en occident, les services d’espionnage, de contre-espionnage et les organes de sécurité comme la police ou les douanes sont des institutions de droit, contrôlées sur le plan parlementaire et distinctes sur le plan organisationnel et financier, il en allait autrement dans les pays communistes. Le KGB soviétique ou la Securitate roumaine étaient les « boucliers et épées » du parti communiste et chargés de tâches multiples. Parmi elles, la sécurité intérieure, le contre-espionnage, la sécurité des frontières, l’espionnage, enfin l’action terroriste. La dimension économique allait toutefois gagner en importance parallèlement à l’accroissement des difficultés économiques touchant les pays communistes dans la décennie 1980.

  • I. Les services comme polices politiques

L’archétype des polices politiques communistes est la Tcheka. [7] Crée le 21 décembre 1917 sur décision du Conseil des commissaires du peuple, elle a comme objectif d’être « un organe de la dictature du prolétariat » protégeant « la sécurité de l’état ». Dirigée par le révolutionnaire polonais Félix Dzerjinski jusqu’à sa dissolution en 1922, elle procéda après la tentative d’attentat contre Lénine en août 1918 à la liquidation systématique des opposants au régime des soviets.

Félix Dzerjinski

Félix Dzerjinski

En quelques semaines, plus de 50.000 personnes sont éliminées, parmi lesquelles des ouvriers en grèves, des anarchistes, des Mencheviks, des partisans du tsarisme, mais aussi des paysans qui refusent de répondre aux réquisitions. La Tcheka qui a en 1918 15.000 collaborateurs, 37.000 en 1919 en emploie 260.000 en 1921 et en fin 1921 120.000. Elle a son siège central à Moscou dans le bâtiment de la Loubianka (rue Grande-Loubianka), encore aujourd’hui utilisé par les services secrets russes.

Mémorial érigé devant la Loubianka à Moscou. Photo © Julien Fonjallaz.

Mémorial érigé devant la Loubianka à Moscou. Photo © Julien Fonjallaz

En 1922, elle est remplacée par la Guépéou. [8] Dirigée entre 1923 jusqu’à sa dissolution en 1934 par Viatcheslav Menjinski, l’OGPU (75.000 membres en 1924 dont 27.000 gardes frontières) a le statut de commissariat du peuple. Elle sera responsable jusqu’en 1934 de la poursuite de la terreur stalinienne contre les peuples de l’Union Soviétique (par exemple les Georgiens, Cosaques ou Tchétchènes) et de la liquidation de très nombreux opposants intérieurs et extérieurs. Elle surveilla aussi l'application des plans quinquennaux et la lutte contre le « sabotage économique » et réorganisa, puis développa, le système concentrationnaire hérité du tsarisme (200000 prisonniers en 1929). Elle dispose d’une section d’espionnage (Inostrannyj otdel – INO). En 1934, l’OGPU est intégrée dans le NKVD. [9]

Lavrentiy Pavlovitch Beria

Lavrentiy Pavlovitch Beria

Le NKVD (500.000 membres en 1941) sera, jusqu’à sa disparition en 1946, l’instrument de la terreur stalinienne, qui coûtera plusieurs millions de vies humaines. Son principal dirigeant Lavrentiy Pavlovitch Beria, qui sera liquidé en 1953 sur l’injonction de Staline, pratique une terreur polymorphe (1.500.000 arrestations et 700.000 exécutions en 1937-1938) qui touche l’appareil sécuritaire en vagues successives et frappe à tous les niveaux de la société et du parti (les grands procès de Moscou). En charge des camps du Goulag, mais aussi des prisonniers de guerre, le NKVD perfectionne le système concentrationnaire soviétique qui sert à l’extermination, mais aussi à l’économie soviétique (mines de Kolyma). Le NKVD est aussi responsable de crimes de guerre comme l’assassinat des 14552 officiers polonais à Katyn en avril-mai 1940. En 1943, il perd la gestion de l’espionnage au profit du NKGB (1946 115000 membres dont 60000 membre du département de liquidation des espions Smersh) et n’est plus responsable que de la sécurité intérieur du régime et des frontières. En avril 1946, le NKVD devient le MVD [10] le « Ministère des Affaires intérieures », qui mute en 1954 en une structure policière classique. Le NKGB, le « commissariat du peuple à la sécurité de l’état » se voit en dehors de l’espionnage chargé du contre-espionnage, de la sécurité des transports, de la terreur dans les territoires occupés, du chiffre et de la protection du parti et des dirigeants de l’Union soviétique. En 1946, le NKGB devient le MGB, le « ministère pour la sécurité de l’état), dont il conserve les fonctions. En 1954, le MGB donne naissance au KGB, le « comité pour la sécurité de l’état », qui sera dissous en 1991.

Le KGB conservera pendant toutes ces décennies à peu près les mêmes structures en sections (espionnage, contre-espionnage et contre-espionnage militaire). Il était aussi en charge de la lutte contre la corruption et la criminalité économique et entretenait un vaste système de contrôle de la population à la fois technique et par le biais d’informateurs. Disposant de troupes d’élites, le KGB était aussi chargé de la sécurité des frontières, des communications, des transports, mais aussi de la gestion des camps et de des centres de répressions spécialisées (prisons spéciales et hôpitaux psychiatriques). Il était à la fois une police politique et un service de renseignement d’une très grande efficacité.

Les structures et méthodes des polices politiques des pays communistes d’obédience soviétique ou indépendants comme en Roumanie, Yougoslavie et en Albanie étaient identiques. Le modèle tchékiste soviétique (Tcheka, NKVD et KGB) servait de référence organisationnelle et idéologique.

  • Tableau des principales polices politiques et services communistes (1989 - Europe)

Albanie

Drejtora e sigurimi te shtetitt – Direction de la sécurité de l’état

10.000 collaborateurs dont 2.000 hommes de troupes

Bulgarie

Durjavna Sigurnost – Sécurité d’état

6.000/8.000. De 50 à 65.000 informateurs.

R.D.A.

Hauptverwaltung Aufklärung – Direction principale du renseignement (département de la Stasi)

4.128

 

Ministerium für Staatssicherheit – Ministère de la sécurité d’état

91.015.

174.000 informateurs

Hongrie

Allamvédelmi Hatosag – Autorité de sécurité de l’état

 

Pologne

Sluba Bezpieczenstra - Service de sécurité

1985 : 25.634. 96/98.000 informateurs

Tchécoslovaquie

Statni Bezpecnost – Sécurité d’état

12.000/18.000. 153.000 informateurs en 1968

Roumanie

Departamentul Securitatii Statului – Département de la sécurité de l’état

14.259 et 23.370 membres des troupes de sécurité. 450.000 informateurs dont 13.000 actifs

 

Directia Informantii Militare – Direction de l’information de la défense

 

Yougoslavie

Sluzba Drzavne Bednosti – Service de sécurité de l’état

 

URSS

Glavnoe Razvedivatel’noe Upravlenie – Direction principale du renseignement

Environ 10.000

 

Komitet Gosudarstvennoi Bezopasnosti SSSR – Comité de la sécurité d’état de l’URSS

486.000 dont 217.000 gardes frontières

L’Union soviétique s’est toujours sentie constamment menacée dans son existence, ceci par différents ennemis intérieurs et extérieurs. Les régimes communistes qui se mettent en place en l’absence de toute légitimité démocratique après 1945 en Europe partagent cette certitude. Les élites politiques communistes se méfient des peuples et voient partout des complots et des formes d’oppositions qu’il convient d’éliminer sans pitié. Les méthodes soviétiques sont appliquées partout : création ou réactivation de camps de concentration, déportations vers l’URSS, liquidation des élites oppositionnelles (en Tchécoslovaquie par exemple entre 1948 et 1954 plus de 100000 personnes, 243066 arrestations en Pologne entre 1944 et 1956, environ 73000 condamnation en Roumanie entre 1950 et 1958).

Cette brutalité est due partiellement à l’expérience vécue des dirigeants communistes qui s’installent au pouvoir en R.D.A., en Roumanie, en Bulgarie, Pologne au Tchécoslovaquie… Ils ont, pour certain d’entre eux comme Erich Honecker, connu les camps de concentrations nazis, les autres ont survécu à Moscou aux dénonciations et purges entre 1936 et 1938. Ils savent que Staline les observe et est prêt à les sacrifier en cas de tiédeur idéologique. Les résistances militaires comme les guérillas en Ukraine ou en Roumanie, même si elles furent écrasées, montraient de surcroît, que les peuples étaient capables de se dresser contre le communisme. L’insurrection de Berlin en 1953 vient le confirmer. Cette révolte va marquer profondément la psychologie sécuritaire des directions communistes et des polices politiques (la Stasi avait été totalement surprise), qui resteront à juste titre persuadées que la stabilité du système communiste n’était en rien assurée, Budapest en 1956 ou Prague en 1968 le confirmant.

La double menace extérieure (la guerre froide) et intérieure (les résistances sociétales) amènent les polices politiques à étendre leurs prérogatives, à différencier les champs opérationnels et à se renforcer sur le plan organisationnel. Au lendemain de l’écrasement de la révolte de 1953, les polices politiques comprennent qu’il leur faut parvenir à contrôler les populations non seulement par une répression ou une menace constante de répression, mais aussi en l’infiltrant à tous les niveaux, pour reconnaître l’éventuel montée des dangers. C’est à ce moment que le système des collaborateurs et informateurs est formalisé et sera constamment perfectionné jusqu’en 1989.

Vers l’extérieur, les polices politiques développent leur action d’espionnage militaire, économique et politique, mais se dotent aussi de moyens pour liquider les opposants extérieurs (voir article assassinat politique) comme (à partir des années 70) de cellules de soutien ou d’actions terroristes.

Dès le début des années 50, les polices politiques communistes ont des modes de fonctionnement identiques. Elles constituent un élément central du système de domination et de pouvoir du parti communiste, mais ne détiendront jamais l’exclusivité des moyens de coercition, tous les états communistes disposant de forces de police régulières, chargées du maintien de l’ordre quotidien et de la lutte contre la criminalité ordinaire. Cependant les rapports entre les partis communistes dirigeants et les polices politiques ne furent jamais unilatéraux. Les polices politiques sont à la fois subordonnées et actrices du système politique. Ces institutions de plus en plus bureaucratiques allaient en fonction de l’importance grandissante de l’espionnage économique pour la stabilité du système communiste réclamer et obtenir toujours plus de moyens.

Le droit était au service de la politique et du parti communiste dirigeant. Les collaborateurs des polices politiques étaient certes formellement tenus de respecter les lois et principes constitutionnels, mais en pratique donnaient toujours priorité aux intérêts du parti. Les polices politiques qui se définissaient toutes comme le « bouclier et l’épée du parti » n’étaient contrôlées que par le noyau central et de direction des partis communistes, les organes de justice n’ayant aucune influence sur les enquêtes, arrestations, conditions de détention... Les polices politiques pouvaient arrêter – après accord du parti – n’importe quelle personne et la détenir dans des prisons spéciales, sans que cette dernière ne puisse jouir de ses droits juridiques garantis. Les méthodes d’interrogatoire étaient laissées au bon vouloir des polices politiques, qui ont pratiquées jusqu’en 1991 la torture et pratiqués des exécutions. Jusqu’en 1986, les polices politiques ne se sont pas autonomisées au sein du système communiste et n’ont jamais été des « états dans l’état ». La dépendance envers le parti restera intacte, même pendant la période de la perestroïka, les polices politiques (sous la pression soviétique) jouant par contre un rôle dans le renversement de certaines directions politiques conservatrice (R.D.A., Tchécoslovaquie, Roumanie…).

Quartier général de la Stasi à Berlin-Est). Photo © Joël-François Dumont.

Quartier général de la Stasi à Berlin-Est

Au niveau organisationnel, alors qu’en R.D.A. le MfS avait un statut de ministère, les polices politiques des pays communistes faisaient partie du Ministère de l’intérieur. Leurs chefs portaient en général le titre de vice-ministre de l’intérieur. Le secteur militaire disposait dans tous les pays de son propre service d’espionnage et de sécurité, en URSS, le GRU. Toutes les polices politiques qui avaient une double fonction de service extérieur chargé de l’espionnage et d’appareil de sécurité intérieur (y compris le contre-espionnage) étaient divisées en départements ou secteurs d’intervention spécialisés tenus de collaborer entre eux. Les services d’espionnage aidaient par exemple au maintien de la sécurité intérieure par la mise à disposition d’informations. Le contre-espionnage agissait fréquemment à l’étranger.

Félix Dzerjinski à l'honneur pour les 20 ans de la Stasi. Une référence qui en dit long ! Photo © Joël-François Dumont.

Félix Dzerjinski à l'honneur pour les 20 ans de la Stasi. Une référence qui en dit long !

Les polices politiques se sont, sur le modèle soviétique, très tôt professionnalisées. Elles disposent d’écoles et d’université, de troupes spécialisées comme le régiment de la garde Félix Dzerjinski, de logements, de crèches, de clubs sportifs (le Dynamo Berlin p.e,). On observe aussi une forte endogamie et l’existence de générations tchékistes, la première génération des années 50 comptant beaucoup de partisans (sauf en R.D.A.). La sociologie des polices politiques montre – en dehors de l’appartenance de classe – une part croissante de diplômés. En ce sens, les polices politiques constituaient une élite privilégiée.

Il existait de fortes différences de tailles entre les services, mais aussi pour ce qui en était du maillage de la population. Le MfS tenait le record, avec en 1989, 91.015 collaborateurs, soit 1 tchékiste pour 180 habitants de la R.D.A.. En URSS, le rapport était de 1 à 595.

Les polices politiques s’appuyaient sur un vaste réseau d’informateurs venus de tous les secteurs de la société, à l’exception des services eux-mêmes qui disposaient de structures internes de surveillance de leurs membres. En R.D.A. le réseau d’informateurs « officieux » était d’environ 170.000 personnes, la Stasi disposant de plus de quatre millions de dossiers individuels sur des personnes hostiles ou potentiellement hostiles à la « construction du socialisme ». Un des principal succès des polices politiques fut que les sociétés s’associèrent à leur surveillance. Les informateurs (des deux sexes, mais aussi des enfants) étaient recrutés au terme d’une enquête de personnalité approfondie et en fonction de leur utilité opérationnelle. Les formes de collaboration étaient multiples ainsi que les motivations. Une partie des informateurs furent contraints de travailler avec les polices politiques, d’autres le faisant pour des raisons d’adhésion au système. Enfin, on trouvait aussi une part croissante de carriéristes ou de profiteurs, qui espéraient de leur collaboration une ascension sociale ou professionnelle plus rapide ou l’accès à des privilèges. Ce maillage de la société avait l’avantage de coûter peu cher aux polices politiques et multipliait les sources d’information, y compris les plus intimes, qui venaient enrichir les acquis techniques (écoutes et contrôles postaux). Enfin il favorisait l’autodiscipline des sociétés, chacun connaissant l’existence de ces réseaux d’informateurs et supputant dans son environnement leur existence.

Salle du supplice de la goutte d'eau à Hohenschönhausen, ancienne prison dSalle du supplice de la goutte d'eau à Hohenschönhausen : l'ancienne prison du NKVD est devenue la prison modèle de la Stasi. Photos © Joël-François Dumont.

Salle du supplice de la goutte d'eau à Hohenschönhausen : l'ancienne prison du NKVD est devenue la prison modèle de la Stasi

Dans les pays du Traité de Varsovie, les services avaient certes copié le modèle sécuritaire soviétique, mais la présence du « grand frère » a évolué dans le temps. Entre 1953 et 1957, les soviétiques étaient très présents dans les polices politiques des pays frères et procédaient ou influençaient largement le choix des responsables. Au-delà de cette date, les partis communistes prennent en main la procédure de recrutement de leurs cadres sécuritaires.

A la fin des années 50, il n’existait ainsi plus qu´une soixantaine de conseillers soviétiques au sein du MfS. Ces derniers étaient installés dans les différents administrations sécuritaires de districts en R.D.A.. La HVA, en charge de l’espionnage est-allemand, n´hébergeait que quatre conseillers en 1986, chargés d’assurer un transfert des informations acquises en direction de Moscou. Ce chiffre ne doit toutefois pas faire illusion. Le KGB a coordonné et constamment pesé sur les activités des services amis jusqu’en 1989. Jusqu’à cette date eurent lieu des rencontres centrales régulières, des conférences communes aux différents secteurs sécuritaires, le tout accompagné de stages et voyages d’informations divers, des pratiques que l’on observe en Bulgarie, Pologne, Tchécoslovaquie, Hongrie. Le KGB a aussi opéré en marge des services communistes à partir des Rezidentura, comme celle de Berlin-Karlshorst. Ce fut depuis cette base que fut organisée, depuis Moscou et sous la direction d'Anatoli Nowikow (1935-2004) l´opération Lutsch. Celle-ci avait pour but de rassembler au sein du parti, du MfS et des organes les éléments pro-gorbatschéviens critiques de la ligne Honecker, ceci en vue de provoquer sa chute. En coordination avec Markus Wolf et des personnalités comme Hans Modrow, le putsch anti-Honecker, puis l´élimination de son successeur Egon Krenz fut un succès, Modrow prenant les rênes de l´État en 1989. Des opérations similaires avaient lieu en Tchécoslovaquie et en Roumanie. Enfin, le KGB a disposé jusqu´en 1990 sur le sol de R.D.A. de prisons spéciales installées dans des bâtiments de l´armée et échappant ainsi à tout contrôle juridique.

L'univers concentrationnaire d'Hohenschönhausen à Berlin-Est. Photo © Joël-François Dumont.

L'univers concentrationnaire d'Hohenschönhausen à Berlin-Est

Si les polices politiques communistes entre 1919 et 1953 furent des instruments de la « terreur », on observe au-delà de la mort de Staline des évolutions convergentes et complexes. On passe d’une situation de répression violente, quotidienne et visible à des formes de surveillance plus discrètes, recourant à la répression de manière ciblée. Entre 1945 et 1949, le NKVD en liaison avec des cadres communistes organise dans l’ensemble des pays occupés une politique de destruction des opposants réels ou potentiel, à la liquidation des collaborateurs, des gros industriels ou propriétaires terriens ainsi que des hiérarchies ecclésiastiques. L’usage de prisons spéciales (du type Sighétul en Roumanie) ou la réouverture de camps de concentration et d’extermination (type Buchenwald en R.D.A.), les déportations vers le Goulag ou les exécutions constituent l’argumentaire de la répression. La plupart des camps sont fermés en Europe en 1950, mais les polices politiques pratiquent jusqu’à la fin des années 50 une répression dite concentrique touchant une frange de plus en plus large de la population. Toutes les formes de résistance politique, culturelle économique aux régimes communistes qui se sont installés sont poursuivies. Les saboteurs et autres traîtres à la construction du socialisme sont arrêtés et condamnés à de lourdes peines de prison, les peines de morts devenant plus rare et servant d’ « exemples » éducatifs. Dans cette période, l’intensité de la répression varie en fonction du contexte géographique. La R.D.A. qui ne s’est pas encore isolé par un mur a une politique de répression moins brutale qu’en Roumanie ou en Bulgarie. A la fin des années 50, pratiquement tous les opposants aux régimes communistes ont été liquidés, se sont tus ou ont fuis.

Couloir de la prison d'Hohenschönhausen à Berlin-Est. Photo © Joël-François Dumont.

Couloir de la prison d'Hohenschönhausen à Berlin-Est

L’ « éducation socialiste » portant ses fruits, les polices politiques vont affiner et adapter leurs méthodes. Si la répression la plus brutale reste un moyen utilisable et utilisé dans des cas de « trahison » ou de sabotage, l’arsenal de surveillance et de discipline à l’encontre des personnalités critiques s’enrichit de modèles de pressions psychologiques et sociales (pertes d’emploi, exclusion des enfants de l’université, déstructuration psychologique par isolement social, divorces …) Provocations, désinformations et diffamations sont à l’ordre du jour et donnent à la population le sentiment que les polices politiques sont partout. De fait à la fin des années 70, les sociétés sous emprise communiste sont totalement maillées par les informateurs des polices politiques. L’amélioration des conditions économiques dans les pays de l’Est et la puissance militaire du bloc communiste ont fait qu’une large partie des populations ont cessé d’espérer et se sont ralliées ou ont adhéré sincèrement au socialisme. Les oppositions ne disparaissent pas complètement, mais se localisent dans des secteurs limités comme les églises, qui acquièrent un statut d’ennemis privilégiés. Sur le plan technique, les polices politiques acquièrent les capacités de surveiller poste et communication téléphonique, et contrôlent aussi en amont tous les contacts de type familiaux avec l’étranger. Le renforcement de la sécurité des frontières fait que les tentatives de fuites vers l’étranger se raréfient et que l’arrivée de documents et d’informations pouvant nourrir une nouvelle contestation devient difficile. Au début des années 80, au moment où le système communiste entre dans sa phase finale, les polices politiques sont partout et observent la quasi-totalité de la société et de la culture.

Des évolutions différentes sont toutefois sensibles après la « rupture d’Helsinki ». Des citoyens commencent à s’organiser pour réclamer le respect des normes constitutionnelles (droits de l’homme) dans leurs pays. En Roumanie et en Pologne, on observe alors un retour à une répression classique et dure, alors qu’en URSS et dans la plupart des autres pays communistes, les oppositions se voient infiltrées et partiellement déstabilisées, sans le recours à la liquidation physique.

Dans les années 80, les polices politiques en tant qu’organes connaissent une évolution commune vers la dépolitisation et la bureaucratisation. Littéralement noyées sous le flot des informations recueillies, les polices politiques attendent de leurs directions des instructions sur le « traitement » d’une opposition grandissante à l’ombre du gorbatchévisme. En l’absence de réponse, une partie des polices politiques agissait pour sauver le système communiste et leurs privilèges et contribuait avec l’aide active du KGB à la mise à l’écart de directions politiques communistes jugées incapables. Cet éclatement de l’appareil sécuritaire, comme un évident affaiblissement de l’esprit tchékiste, faisait que ces formidables appareils se révélaient incapables de résister à la pression de la rue.

  • II. L’arme du terrorisme

L’URSS a vécu politiquement et stratégiquement depuis sa fondation dans la certitude de se trouver en situation de guerre avec les nations capitalistes. L’élimination ciblée des « ennemis » était une des tâches des services communistes. Dans le contexte global de confrontation des blocs et de la guerre froide, l’anti-colonialisme et l’anti-impérialisme comprenaient l’option de l’usage du terrorisme et du soutien aux mouvements révolutionnaires comme réponse à cette agression. Ceci vaut aussi après 1945 pour la Chine rouge et tous les pays communistes non alignés.

L’assassinat politique est une pratique commune à toutes les sociétés politiques. Il connaît toutefois une formalisation et une extension spécifique aux systèmes de pouvoirs communistes qui se mettent en place à partir de 1917. La liquidation, les « actions de combat tchékistes », les « méthodes et moyens spéciaux », les « traitements opératifs », tels qu’ils sont décrits dans les textes et manuels des services spéciaux communistes comme la GPU, la Stasi ou le KGB reposent sur des logiques qui évoluent au cours du temps. Dans les phases de consolidation, qu’il s’agisse de la période léniniste/stalinienne ou après 1945 dans les pays annexés, les assassinats sont compris comme des moyens d’éliminer des opposants intérieurs (même s’ils ont fuit à l’étranger), considérés par les directions communistes comme des facteurs de risque dans le processus de mise au pas des sociétés civiles. Les assassinats sont alors un des aspects de la « terreur » politique. Après la mort de Staline, les assassinats politiques pratiqués par les services communistes sont avant tout ciblés sur des personnalités jugées hostiles au système communiste et sont donc de nature extérieure. A partir des années 80, la plupart des assassinats politiques sont perpétués contre des « traîtres » ou transfuges, qu’il s’agissent d’élites fuyant leur pays ou d’agents des services passant à « l’ennemi ».

La prise de décision d’un assassinat politique a toujours été le fait des directions communistes au plus haut niveau, même quand il s’agissait de la liquidation de transfuges des services secrets. Ces « traitements opératifs » reposaient sur une logistique importante, divisée entre moyens techniques et spécialistes. Du côté technique, Lénine avait en 1920 ordonné la création d’un laboratoire des poisons qui sera intégré en 1937 dans le NKVD, l’ancêtre du KGB. Connu sous le nom de « laboratoire de toxicologie n. 12 » et installé à proximité de Moscou, il se spécialisera dans la fabrication de poisons extrêmement toxiques et aisés à administrer. Guenrikh Iagoda (1891-1938), un pharmacien de formation et directeur du NKVD de juillet 1934 à septembre 1936 l'utilisera systématiquement, ceci comme ses successeurs à la tête de ce service, pour l'assassinat des opposants au régime bolchevique. En 1938 par exemple, Lev Sedov, le fils de Léon Trotski, décède des suites d'une appendicite dans une clinique parisienne dirigée par des immigrés russes mais travaillant pour le NKVD. De tels laboratoires ont existé aussi dans le cadre des services roumains et est-allemands.

Les hommes chargés de ces assassinats se divisent en deux types : des unités spécialisées (type commandos) des services communistes opérant à l’intérieur du bloc soviétique comme à l’étranger, des agents étrangers recrutés dans leur pays d’origine. Un exemple en est l’organisation militaire du Parti communiste ouest-allemand dont plusieurs centaines de membres avaient été formés au terrorisme et à l’assassinat politique.

  • L’ouverture partielle des archives communistes permet de dresser un catalogue partiel des assassinats ou tentatives d’assassinats depuis 1917.

Dans la phase de stabilisation du régime soviétique, en dehors des liquidations internes au parti, on trouve l'enlèvement de généraux blancs à Paris dans les années 30, mais surtout l’assassinat de Léon Trotsky en août 1940 à Mexico par un agent de Staline Ramón Mercader. Les trotskystes allaient rester des cibles privilégiées des services communistes qui leur firent la chasse jusqu’au début des années 50.

A partir de 1945, après le passage sous contrôle communiste de nombreux pays, une partie des élites s’enfuyaient et organisaient des mouvements de résistance nationaux (comme en Ukraine avec une guerre de partisans) ou internationaux (création du bloc antibolchévique des nations). Les directions communistes donnaient alors l’ordre de liquider les oppositionnels. En 1947, Khrouchtchev ordonne par exemple l’assassinat de l'archevêque de l'Église uniate d'Ukraine qui succombera à une piqûre de curare. En octobre 1957, Lev Rebet, puis en octobre 1959, Stephan Bandera, chefs des résistants ukrainiens seront liquidé en R.F.A. au moyen d’un pistolet à cyanure fabriqué dans le laboratoire n. 12. Un autre cas connu est l’assassinat au moyen d’un parapluie injectant de la ricine de l’opposant bulgare Georgi Markov le 7 septembre 1978. Une tentative d’assassinat est historique. En 1981, Leonid Brejnev ordonnait l’assassinat du pape Jean-Paul II, dont il n’ignorait pas les convictions anticommunistes. Ce fut le GRU, le service de renseignement militaire de l’URSS qui fut chargé de la conception en action combinée avec la Stasi (désinformation) et le service bulgare (action). Le 13 mai 1981, le turc Mehmet Ali Agca tirait sur le pape et le blessait grièvement.

Les directions communistes, par exemple celle de R.D.A., ont systématiquement cherché à liquider traîtres et transfuges. Les archives nous ont révélés dans les années 50 et 60 de nombreux cas : parmi eux, les « mesures actives » prises à l’encontre du sous-officier déflecteur Rudi Thurow ; celles menée contre le « passeur » Wolfgang Welsch et sa famille qui furent empoisonnés ; enfin dans les années 80, l’élimination du joueur de BFC Dynamo et membre de l’équipe de football de R.D.A., qui était passé à l’ouest.

Les bocaux d'odeur de la Stasi. Photo © Joël-François Dumont.

Les bocaux d'odeur de la Stasi [11]

Fondamentalement, le terrorisme communiste soutenu par des états comme la Chine ou l’URSS n’avait pas pour but premier de répandre le marxiste-léniniste. Les mouvements terroristes étaient avant tout fonctionnalisés comme des machines de guerre anticapitalistes, ce qui explique la diversité des soutiens étatiques à des mouvements terroristes communistes, mais aussi nationalistes, ethniques, d’extrême-droite. L’objectif était d’affaiblir l’adversaire capitaliste par la pratique d’une « guerre chaude » en contexte limité et d’établir un rapport de force favorable au plan mondial aux « forces progressistes ». Cette stratégie de l’usage et de la pratique du terrorisme reposait sur des facteurs locaux dans les pays concernés (mouvement communiste organisé, nationalisme révolutionnaire, tensions ethniques, dictatures politiques…). A côté de cette « sphère » étatique, qui disparaît largement avec l’effondrement du communisme soviétique et la mort de Mao, on trouve des formes de terrorisme inspirées par le marxisme sous toutes ses variantes et pratiquant, jusqu’à nos jours, le terrorisme politique et de guérilla (par exemple les maoïstes du Népal, le PKK-Kadek kurde, les FARC colombiennes, le sentier lumineux péruvien…).

Sur le plan chronologique, on observe, à partir du début des années 60, un renforcement au plan national et international du terrorisme politique et de guérilla, qui durera jusqu’au début des années 80. Cette phase est caractérisée à la fois par une collaboration s’instaurant entre divers mouvements communistes et anti-impérialistes, mais aussi par l’engagement de la Chine, de l’URSS et de ses satellites politiques, en particulier Cuba. Celle-ci prend la forme de financements, de soutiens logistiques en armes et matériels divers, en transferts d’informations, en formation de cadres dans des camps d’entraînement, mais aussi par l’intégration de militaires d’active dans les groupes terroristes. Entre 1969 et 1977, les brigades Venceremos furent ainsi formées par l’armée et les services secrets cubains, discrètement encadrés par le KGB soviétique afin de mener des actions de guérilla sur le continent américain. On estime à 2500 jeunes le nombre des guérilléros formés à Cuba. L'URSS jusqu’en 1989 et la Chine dans les années 70 ont approvisionné massivement en armes et munition les mouvements terroristes politiques, de guérilla et de libération. L’URSS a d’abord recyclé une partie des armes américaines abandonnées par les USA au Vietnam, puis livré des armes produites dans les pays de l’est. La Libye sera elle aussi un gros fournisseur d’armes achetées sur le marché international et distribuées jusqu’à la fin des années 80 à L’IRA par exemple. Des conférences internationales de coordination se tiennent régulièrement, la plus connue étant celle de la Tricontinentale à La Havane en janvier 1966. Che Guevara formulait à cette occasion devant les représentants de 83 mouvements terroristes le slogan « Deux ou trois Vietnam sur la surface du globe », qui allait inspirer pendant deux décennies la lutte armée communiste, en particulier en Amérique Latine. A partir de la fin des années 70, l’URSS et Cuba abandonnent ce type de rencontres au profit d’une gestion discrète par l’armée et leurs services secrets du terrorisme. Cuba est toujours en 2007 sur la liste américaine des pays soutenant le terrorisme international, mais le pays qui connaît depuis l’effondrement de l’Union soviétique une grave crise économique semble avoir abandonné l’aide financière et logiste au terrorisme. Tous les camps d’entraînements ont été fermés et aucun soldat cubain ne combat hors des frontières du pays. La présence de bureaux officiels des Forces Armées Révolutionnaire de Colombie (FARC) et de l'Armée Nationale de Libération (ELN) colombienne sur le sol cubain reste toutefois problématique.

Des sympathisants de la RAF logés dans la Wilhelmstrasse, à côté de l'ancien siège de la Gestapo, ont ainsi imaginé la "montée au ciel du patron des patrons". Photo © Joël-François Dumont.

Des sympathisants de la RAF logés dans la Wilhelmstrasse ont ainsi imaginé la "montée au ciel du patron des patrons"

La Libye fut un des grands parrains du terrorisme international, ceci au nom du socialisme islamique et de la lutte contre l'impérialisme occidental. Elle a fourni, en coordonnant largement son action avec les services communistes, un appui non seulement financier mais logistique à plus de 30 mouvements de guérilla et terroriste à travers le monde, marxiste ou non. Parmi ceux-ci: l'ASALA, l'ARJ, PARA, MILF, MRTA, diverses fractions du FPLP, l’ETA et le Hamas. Le raid US sur Tripoli en 1986 a toutefois amené le colonel Kadhafi à abandonner progressivement son soutien au terrorisme. L'URSS a entraîné plusieurs générations de terroristes palestiniens entre 1974 et 1980 dans des camps installés en Asie centrale, en Ukraine et à Moscou. La RDA formait pour sa part environ 200 palestiniens par an, quelques dizaines d’autres l’étant en Yougoslavie et en Roumanie. De nombreux africains furent aussi entraînés à Cuba et en URSS. La RDA allait aussi prendre en charge les restes de la Fraction Armée rouge, offrir une base de replis aux combattants de la RAF, les alimenter en armes, argent et informations. La Stasi aidait aussi les Cellules communistes combattantes de Belgique dans ses attaques contre l’OTAN.

  • III. L’espionnage

Tous les services communistes procédaient, dans le cadre de leurs activités d’espionnage, à l’acquisition de différents types de renseignements. On trouvait pour l’essentiel le renseignement de base, qui comprenait le rassemblement encyclopédique de toutes les informations et faits concernant un pays étranger, ceci dans les domaines social, économique, culturel, politique et militaire. Cette acquisition servait à la prise de décision étatique. Le renseignement historique était un aspect du renseignement de base, mais visait aussi à rassembler des informations permettant d'expliquer un événement passé, dont l’interprétation était utile à une prise de décision. Le renseignement biographique visait à acquérir un profil détaillé de personnes potentiellement importantes ou intéressantes dans le cadre d’un possible recrutement. Le renseignement de défense visait à apprécier le potentiel de menace militaire d’autres états, ainsi qu’à l’acquisition des techniques militaires de pointe. Le renseignement économique s’intéressait aux capacités économiques d'un pays, en particulier dans le domaine de la recherche, mais aussi des échanges commerciaux. Le renseignement technologique était pratiqué de manière illégale, mais aussi légale dans le cadre de traités de coopération technologique entre des États ou des sociétés (joint-ventures) et par l'exploitation de publications. Elle visait essentiellement à l’acquisition de technologies de pointes, pour lesquelles un retard de développement se faisait sentir. Le renseignement électronique intégrait l’écoute des transmissions.

Système d'écoute téléphonique de la Stasi (Musée de la Stasi à Berlin). Photo © Joël-François Dumont.

Système d'écoute téléphonique de la Stasi (Musée de la Stasi à Berlin)

Sur le plan technique, les services d’espionnage communistes utilisaient plusieurs types de réseaux : des réseaux « légaux » composés d’agents légaux du type diplomate ou attaché militaire ou culturel (jouissant du statut diplomatique); des réseaux « illégaux » composés d’agents illégaux. Les attachés militaires des pays communistes installés dans les ambassades étaient des spécialistes de l’espionnage militaro-industriel et militaire jouissant du statut diplomatique. Dans les ambassades soviétiques, ils dépendaient de la seule centrale du GRU. Le GRU était en charge du cycle du renseignement militaire, stratégique et opérationnel. Il collaborait étroitement avec le KGB et l’ensemble des services d’espionnage communiste dans le but d’apprécier et de répondre aux menaces pesant sur l’URSS et les pays membres du Traité de Varsovie. Le KGB et ses agents prenaient en charge toutes les autres formes d’espionnage.

Cravate avec appareil de photo (Musée de la Stasi à Berlin). Photo © Joël-François Dumont.

Cravate avec appareil de photo (Musée de la Stasi à Berlin)

Tous les réseaux d’espionnage communistes illégaux étaient bâtis sur le même modèle. Son responsable, qui pouvait être un agent légal ou illégal, était chargé des liens avec la centrale, comme du recrutement et de l’insertion dans le réseau de nouveaux agents. Le recrutement d’un nouvel agent passait par une phase de reconnaissance de la cible humaine par un agent recruteur. Il était ensuite approché par un officier traitant. Sous le terme d’agent, les services communistes englobaient toutes les personnes ayant accès à des informations exploitables après classification et analyse. Une catégorie d’agent jouait un rôle important : les informateurs bénévoles et agissants pour des raisons idéologiques (marxisme ou pacifisme p.ex.). Les réseaux de renseignements communistes légaux fournissaient fréquemment aux réseaux illégaux une logistique technique (transmission par exemple). Les informations recueillies dans le cadre d’activités illégales étaient transférées par les seuls réseaux légaux à la centrale. Les communications s’effectuaient par radio (messages cryptés) et par le biais de l’inviolable valise diplomatique.

Parmi les réseaux légaux : L’Union soviétique utilisait les bureaux et le personnel de l’Aeroflot à l’étranger pour ses activités d’espionnage à l’Ouest. Pratiquement tous les collaborateurs de ces bureaux émergeaient au GRU ou au KGB et étaient dirigée depuis Moscou par un militaire de l’armée de l’air soviétique. Cette situation valait aussi pour la plupart des bureaux de représentation des lignes aériennes des pays de l’Est ou des Balkans, comme Interflug par exemple (R.D.A.). Les centres culturels étaient aussi des structures « mixtes » ayant des fonctions d’espionnage, mais aussi de contacts politiques et culturels légaux. Le Centre culturel de la R.D.A. à Paris avait été ainsi chargé au moment de la crise réformatrice du PCF et de la révolte de la fédération de Paris d’une action de soutien financier et technique à la direction du PCF.

Les réseaux d’espionnage communistes assuraient parfois aussi la gestion d’agents d'influence chargés de faire pression sur les centres décisionnels ou de « modeler » l’opinion publique. Les journalistes constituaient en occident un groupe privilégié, ceci à côté de personnalités des arts, de la culture, de la science ou des églises. Le recrutement s’effectuait sur des bases idéologiques, mais aussi sous la contrainte ou par appât du gain.

Les services communistes ont, à partir de 1945, multiplié en Occident les implantations d’agents dormants, recrutés sur place, soit venus de l’Est. Ces derniers étaient dotés de fausses identités souvent trouvées dans les registres des enfants mort-nés. Leur activation pour des activités d’espionnage ou terroriste dépendait des besoins du « Centre ». On estime qu’en R.F.A. par exemple plusieurs centaines d’agents dormants de la Stasi existent encore aujourd’hui et ont été partiellement récupérés par les services héritiers du KGB.

Atelier de faux passeports ouest-allemands (Musée de la Stasi à Berlin). Photo © Joël-François Dumont.

Atelier de faux passeports ouest-allemands (Musée de la Stasi à Berlin)

Le recrutement d’agents illégaux par les services communistes s’effectuait selon le principe « MICE » - Money, Ideology, Contraint, Ego. Entre 1930 et jusqu’à la fin des années 60, on observe de très nombreux cas de nature idéologique. Le marxiste britannique Kim Kirby en est un exemple célèbre, une situation qui vaut pour la France, la Grande-Bretagne, l’Italie et l’Allemagne de l’Ouest. Dans les années 70, les services communistes évitent de recruter des membres de partis communistes, placés souvent sous observation et largement infiltrés par la police. Dans les années 80, les modes de recrutements redeviennent pour cette raison classiques : argent, chantage (« sexual trap »), mais aussi sentiments (« honey trap » : utilisation de Roméo et d’hirondelles pour recruter des femmes ou compromettre des industriels visitant par exemple la Foire internationale de Dresde, ce qu’illustre l’analyse des activités du réseau Poutine dans cette ville). Les « taupes » communistes (agents de pénétration par exemple dans les services de renseignements occidentaux et les appareils d’état) ont été redoutablement efficaces, les services d’espionnage et contre-espionnage allemand ayant été pénétrés à tous les niveaux. La communication entre ces agents illégaux et leurs centrales ou officiers traitant s’effectuait essentiellement par le biais de boites aux lettres mortes ou par radio.

L’importance de l’espionnage militaire, économique et sécuritaire pour les pays communistes a fait qu’une part grandissante du budget des états communistes était mis à disposition des structures d’espionnage. Une estimation détaillée des budgets est impossible, car on ne peut différencier les secteurs espionnage (extérieur) et sécuritaire (intérieur). Markus Wolf, le chef de l’espionnage est-allemand (Hauptverwaltung Aufklärung HVA) a évoqué pour 1986 un budget de 17 millions de Mark-RDA (13,5 millions de DM) pour ses activités. En 1990, le financement estimé du KGB dépassait les 6 milliards de Roubles, dont un quart destinées à la surveillance frontalière. En termes de moyen humains, il est impossible de chiffrer le nombre des spécialistes de l’espionnage. Le KGB employait en 1990 environ 500.000 personnes, dont plus de 200.000 gardes-frontières, les activités d’espionnages se localisant surtout au sein de la « direction 1 », en charge du renseignement extérieur. Le GRU s’occupant du renseignement militaire comptait 11000 personnes en 1989. La HVA comptait en 1989 3800 collaborateurs. Le KGB utilisait une banque de données intitulée SOUD dont l’ordinateur central était à Moscou. Elle servait à l'échange d'informations avec les services de renseignements des divers pays membres du Traité de Varsovie, de Cuba, de la Mongolie et du Vietnam. L’HVA est-allemande disposait d’une autre banque de donnée (Système de recherche d’informations de la HVA - SIRA) qui stockait l’intégralité des informations recueillies par l’espionnage est-allemand. De telles infrastructures existaient aussi au sein de tous les autres services communistes.

Ordinateur Robotron relié au réseau SOUD (Musée de la Stasi à Berlin). Photo © Joël-François Dumont.

Ordinateur Robotron relié au réseau SOUD (Musée de la Stasi à Berlin)

Les services de renseignement des pays membres du traité de Varsovie avaient en charge l’espionnage de pays spécifiques, le KGB et le GRU étant actifs partout. Le MfS/HVA s’occupait ainsi prioritairement de l’Allemagne de l’Ouest, de la Suisse, mais aussi dans les années 80 des pays nordiques. L’AVH (Allamvédelmi Hatosag) hongrois traitait l’Autriche, la Securitate roumaine étant présente en France, en Italie et en Espagne. Les informations circulaient entre les services, le KGB disposant, sauf en Roumanie, de structures de contact au sein des services amis, mais aussi de structures autonomes dans les différents pays. Le centre opérationnel du KGB en RDA, qui comprenait des installations d'écoute électronique était implanté à Berlin-Karlshorst, mais il avait des Rezidentura, dont des prisons, dans toute la R.D.A.

L’URSS pratiquait comme la R.D.A une surveillance systématique des communications téléphoniques et des télex. Le MfS couvrait par exemple plus de 90 % du territoire ouest-allemand. Les grandes oreilles soviétiques écoutaient une part importante des communications au plan mondial.

La collecte de l’information par les services d’espionnage communiste se ventilait entre le renseignement technologique qui reposait pour l’essentiel par l'exploitation de sources ouvertes du type livres, revues et humaines, alors que le renseignement militaire repose pour l’essentiel sur la collecte technique d’information (radar, satellites, interceptions radios, etc.). Le renseignement de type social, culturel, politique était avant tout basé sur l’exploitation de sources humaines. Elles se divisaient entre cinq catégories principales : l'espionnage, l'observation et les rapports d'agents légaux et illégaux, l'interrogation de transfuges, mais aussi l’action de reconnaissance menée par des forces spéciales militaires. S’y ajoutait l'exploitation de la presse orale, écrite, télévisée et l’analyse des documents ouverts comme la littérature scientifique. Ce travail de dépouillement a été jusqu’en 1991 un des principaux moyen de collecte d’informations économique, industriel ou technologique pour les services de renseignement communistes, ceci pour des coûts très bas en comparaison avec le renseignement électronique et illégal. Parmi les techniques d’espionnage électronique, on trouve l’utilisation par tous les pays de l'Est de camions de transport routier, bourrés de matériels d'écoute électronique, mais aussi de bateaux de pêches camouflés.

C'est dans cet immeuble qu'étaient fabriqués les gadgets électroniques de la Stasi. Photo © Joël-François Dumont.

C'est dans cet immeuble qu'étaient fabriqués les gadgets électroniques de la Stasi

C'est dans cet immeuble qu'étaient fabriqués les gadgets électroniques de la Stasi. Photo © Joël-François Dumont.

L’espionnage pratiqué par les services communistes dans le domaine économique jusqu’en 1991 n’avait que très peu à voir avec l'espionnage économique, qui constitue aujourd’hui une des activités principales des services. L’espionnage technologique a toutefois permis au pays de l’est de partiellement compenser le retard pris dans la recherche et le développement de matériels militaires, de technologie de pointes du type informatique et laser, mais aussi dans les domaines de la recherche fondamentale en physique et chimie. Selon les estimations occidentales, l’URSS aurait économisé ainsi quelques 100 milliards de dollars entre 1966 et 1981.

Les succès de l’espionnage communiste furent très nombreux, les plus connus étant le vol des plans du Concorde, de la navette spatiale américaine, du missile Tomahawk, l’acquisition des techniques et du matériel de fabrication de chips et de semi-conducteurs, l’accès au code source de nombreux programmes informatiques… On peut aujourd’hui postuler que sans cette efficacité de l’espionnage communiste, le système soviétique serait entré bien avant les années 80 en crise. Les réseaux d’espionnages installés de par le monde par les services soviétiques jusqu’en 1991 ont en majorité survécu à la disparition de l’URSS et sont intégrés dans les activités d’espionnage russe contemporaine.

Patrick Moreau

[1] Traduit dans 26 pays, "le Livre noir du communisme : Crimes, terreur, répression", publié en 1997 chez Robert Laffont, avait été rédigé pour marquer le quatre-vingtième anniversaire de la Révolution russe de 1917 en dressant un bilan des victimes des « régimes se réclamant du marxisme-léninisme ». Publié sous la direction de Stéphane Courtois, avec la collaboration de Nicolas Werth, Jean-Louis Panné, Karel Bartosek, Jean-Louis Margolin, Andrzej Paczkowski, Rémi Kauffer, Pierre Rigoulot, Pascal Fontaine, Yves Santamaria et Sylvain Boulouque ce premier "livre noir" s'est rapidement imposé comme un ouvrage de référence qui allait enfin lever une partie de la chape de plomb sur les atrocités commises en toute impunité par les régimes totalitaires des grands pays communistes. Trop longtemps à l'Ouest, le débat avait été soigneusement occulté au fond par les "intellectuels" sur les crimes commis en particulier par ces "organes", particulièrement révélateurs de la nature monstrueuse de ces systèmes. Stéphane Courtois et ses coauteurs ayant osé établir une "comparaison sacrilège" entre le nazisme et le communisme, certains "intellectuels" se sont curieusement contentés en France de focaliser leurs critiques sur cette « comparaison sacrilège » qui donné lieu à une polémique de dimension internationale.

[2] Historien spécialiste de l'histoire du communisme, et directeur de recherche au CNRS (Université Paris X) qui a coordonné en 1997 les études parues dans le Livre noir du communisme en Europe et en 2002, "Du passé faisons table rase: Histoire et mémoire du communisme en Europe", publié chez Robert Laffont qui complète l’analyse pour les pays d'Europe de l'Est dont l’expérience n’avait pas été traitée dans "Le Livre noir" (RDA, Roumanie, pays Baltes, etc.), complétant et approfondissant le travail de bilan et d’analyse, réalisé 5 ans plus tôt.

[3] Le "dictionnaire du communisme", Larousse (Collection A présent) sous la direction de Stéphane Courtois. 648 pages, 28€.

[4] Galia Ackerman, François Bafoil, Jean Baudouin, Sylvain Boulouque, Philippe Buton, Stéphane Courtois, Brice Couturier, Yolène Dilas-Riocherieux, Jean-Luc Domenach, Antonio Elorza, Olivia Gomolinski, Marc Lazar, patrick Moreau, Jean-Louis Panné, Marie-Pierre Rey, Pierre Rigoulot, Laurent Rucker, Jacques Rupnik, Yves Santamaria et Françoise Thom.

[5] Patrick Moreau est docteur en histoire, docteur d’État en sciences politiques, chargé de recherches au CNRS. Il est l'auteur de nombreux ouvrages et articles sur le communisme et les extrémismes en Europe. Coauteur avec Stéphane Courtois du « Dictionnaire du Communisme » (Larousse, Paris, 28 octobre 2007). Ancien membre de la Commission d'enquête du Bundestag (1994-1998) „Überwindung der SED-Diktatur“. Points forts: SED, SED-PDS, gouvernement Modrow, Stasi.

[6] La Vie des autres (Das Leben der Anderen) est un film allemand, sorti en 2006. Écrit et réalisé par Florian Henckel von Donnersmarck, ce film a reçu de nombreuses récompenses, parmi lesquelles, l'Oscar du meilleur film en langue étrangère. Tourné en partie dans les locaux même de la Stasi à Berlin, il est d'un réalisme exceptionnel pour tous ceux qui ont eu maille à partir avec la sécurité d'État de la république Démocratique Allemande.

[7] ВЧК, Всероссийская чрезвычайная комиссия по борьбе с контрреволюцией и саботажем : la « Commission extraordinaire panrusse pour la répression de la contre-révolution et du sabotage ».

[8] En russe : Государственное Политическое Управление « direction de la politique d’État » qui devient l'OGPU (O pour Obiédinionnoïe, unifié en 1923).

[9] НКВД : en russe : Народний Комиссарят Внутренних Дел), le « Commissariat du peuple à l'Intérieur ». 

[10] МВД Министерство внутренних дел : le « Ministère des Affaires intérieures »

[11] Les bocaux d'odeur de la Stasi. A l'intérieur étaient répertoriés des morceaux de tissus (draps, slips) de "potentiels fugitifs à l'Ouest". Chaque direction régionale de la Stasi conservait ainsi des échantillons d'odeur pour pouvoir être utilisés avec des chiens policiers pour retrouver la trace de personnes soupçonnées d'être candidats secrets à l'exode. Tous les prisonniers politiques devaient imprégner un morceau de tissu jaune de leur odeur corporelle, conservée dans ces "Geruchkonserven", des conserves d'odeurs ! Il fallait y penser.

  • Bibliographie restreinte

Adelman, Jonathan R.: Terror and Communist Politics. The Role of the Secret Police in Communist States, Boulder, Co. 1984.

Déodat de Puy-Montbrun, Les armes des espions, Paris 1974.

Krzysztof Perak, Lukasz Kaminski. A Handbook of the communist Security Apparatus in East Central Europe 1944 – 1989, Institute of National Remembrance, Varsovie 2005.

Lubjanka. WTschk-OGPU-NKWD-NKGB-MGB-MWD-KGB 1917-1960. Sprawotschnik, Moscou 1997.

Pavel Sudoplatov, Anatoli Sudoplatov, Jerrold L. Schecter, Leona P. Schecter, Special Tasks: The Memoirs of an Unwanted Witness -- A Soviet Spymaster, Little Brown, Boston, 1994.

Stéphane Courtois (sous la direction de), Dictionnaire du communisme, Larousse à présent, Paris 2007.


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