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Les États-Unis et le déploiement d’armes dans l’espace ?

Les États-Unis et le déploiement d’armes dans l’espace ?

Ce papier est tiré d'une réflexion sur les conséquences pour l’Europe de « l’arsenalisation » de l’espace menée par Didier Compard (*). Paris, le 15 octobre 2007. (©)

Sur ce thème, Didier Compard était l'un des deux invités de l'émission "Géopolitiques" de Richard Labévière sur RFI en mars 2007. Photo © Hugues Dumont.

 Sur ce thème, Didier Compard était l'un des deux invités de l'émission "Géopolitiques" de Richard Labévière sur RFI en mars 2007

  • En premier lieu, précisons la signification de la « militarisation » et de « l’arsenalisation » de l’espace extra-atmosphérique.

La militarisation passive de l’espace s’est amorcée des les années cinquante.

C’est la mise en orbite circumterrestre de satellites sécurisés de reconnaissance, de télécommunications, de surveillance de l’espace et d’écoute électronique.

Ces moyens d’information et de renseignement aident à la stratégie et peuvent fournir un appui logistique aux troupes déployées sur les théâtres d’opération. Ils n’entrent pas dans les systèmes d’armes visant à neutraliser ou à détruire l’adversaire et ses moyens.

Les systèmes de satellites de navigation, du type GPS, permettent le guidage des missiles de croisière. Ils constituent un premier pas vers l’utilisation de l’espace comme moyen militaire de destruction des forces ennemies.

  • L’espace est donc militarisé depuis longtemps et les États–Unis ont une position dominante dans ce domaine.

L’arsenalisation de l’espace (en américain « Weaponisation ») désigne le fait de déployer en orbite des armes visant la destruction de cibles terrestres ou en orbite ou de déployer, dans l’espace ou non, des capacités de destruction, temporaires ou définitives, de satellites adverses.

Indépendamment des risques naturels liés au grand nombre de débris en orbite, les modes d’action susceptibles de mettre en danger des systèmes spatiaux militaires et civils ou leur exploitation, sont divers. Ils peuvent prendre la forme d’intrusions dans le système, y compris dans les segments sol , mais aussi de brouillages électroniques interdisant un bon fonctionnement du satellite ou du système d’ensemble. D’autres moyens sont parfois évoqués dans des scénarios militaires extrêmes comme les effets ionisants et électromagnétiques que produirait une explosion nucléaire en haute altitude.

L’utilisation d’armes anti-satellites (ASAT) à énergie cinétique (impact) ou à énergie dirigée (micro-ondes à forte puissance, ou arme laser depuis le sol ou depuis l’espace) est le plus souvent envisagée et développée.

Didier Compard était l'invité de Géopolitiques sur RFI avec Richard Labévière (mars 2007). Photo © Hugues Dumont.

  • Les négociations internationales de maîtrise des armements sur ce sujet piétinent.

La seule base légale actuelle est le traité du 27 janvier 1967 sur les principes régissant les activités des Etats en matière d’exploration et d’utilisation de l’espace extra atmosphérique (Traité de l’espace), restreint son utilisation à des fins non-offensives.

Les négociations dites PAROS (prévention d’une course aux armements dans l’espace) sont au point mort depuis plusieurs années, notamment du fait du blocage des États-Unis, en opposition notamment avec la Chine et la Russie, favorables, quant à eux, à la mise sur pied d’un nouvel instrument juridique plus contraignant.

  • Après avoir militarisé l’espace il semble que les Etats-Unis soient en passe de l’arsenaliser.

En effet, après avoir abandonné le concept de Guerre des étoiles (Initiative de Défense Stratégique) lancé par le Président Reagan dans les années 80, et reposant sur un réseau de satellites dont le rôle aurait été de détecter et de détruire les missiles balistiques ennemis, les Etats-Unis affichent à nouveau une position de fermeté.

Depuis le retrait américain du Traité ABM (Anti Ballistic Missile, en français, Missile antimissile balistique), les États-Unis n’ont plus l’obligation de « ne pas réaliser, essayer ou mettre en place de systèmes ABM ou d’éléments de tels systèmesbasés en mer, dans l’air, dans l’espace ou sur des plates-formes terrestres mobiles … ».

Aujourd’hui, plus aucune contrainte juridique ne pèse sur les États-Unis pour le déploiement d’armements dans l’espace : l’ironie de la situation est que, si l’on écarte les armes nucléaires, bactériologiques et chimiques dites armes de destruction massive (ADM), le déploiement d’armement n’est pas expressément prohibé, mais son essai, avant même d’envisager une éventuelle utilisation, l’est absolument.

Les États-Unis dont l’économie et le dispositif global de défense dépendent plus que tout autre pays au monde de ses systèmes spatiaux, deviennent une cible particulièrement tentante pour un agresseur potentiel qui y trouverait un avantage militaire asymétrique. Ils craignent d’être victimes de ce qu’ils appellent « un Pearl Harbor spatial »

Didier Compard au micro de RFI. Photo © Hugues Dumont.

Didier Compard au micro de RFI

  • C’est pourquoi une nouvelle politique spatiale américaine a été promue par le président Bush en octobre 2006 (National Space Policy).

Les États-Unis affirment officiellement et clairement le principe de liberté d’action dans l’espace. Ils rejettent toute limitation du droit fondamental à opérer dans l’espace, jusqu’à son « arsenalisation » lorsque les intérêts vitaux des Etats-Unis sont menacés.

L’essai d’un antisatellite chinois, le 11 janvier 2007, a relancé le débat sur ces risques qui pourraient se transformer en menaces réelles, redynamisant par la même ce que les médias appellent la « guerre des étoiles »

En effet, cet essai d’interception réussi par la Chine d’un de ses satellites - un ancien satellite météorologique - par un lanceur dérivé d’un missile balistique à propulsion solide à poudre, démontre les capacités technologiques dont certains États comme la Chine se sont dotés.

La relative modération des commentaires américains qui ont suivi et l’indifférence affichée par la Chine aux réprobations des pays les plus virulents illustrent à nouveau la stratégie asymétrique de ce pays. Les Américains ne sont pas intervenus pour tenter de le dissuader, alors qu’ils disposent de tous les moyens d’anticiper de tels événements.

Si la destruction provoquée d’un de ses satellites ne constitue pas de la part de la Chine un acte agressif, le test chinois est tout à fait condamnable au regard de la pollution supplémentaire de l’espace qu’il a produit. En effet, la présence en orbite d’un grand nombre de débris générés par collision constitue un facteur de risque grandissant pour les satellites et pour la sécurité des astronautes des véhicules habités. C’est un sujet extrêmement inquiétant.

Cet évènement a donné raison aux « faucons » américains de l’espace qui estiment l’arsenalisation inévitable. Ils la considèrent comme le moyen idéal pour les Etats-Unis d’asseoir leur influence économique et politique globale et de devenir une sorte de gendarme de l’espace qui protège ses alliés et nuit à ses ennemis. Elle permettrait aux Etats-Unis de conserver leur statut actuel « d’hyperpuissance » .

Pour preuve, entre autres, le Pentagone développe actuellement un programme de R&D appelé Operational Responsive Space (ORS), suite à une directive du Président Bush de 2005.

L’objectif est de pouvoir réagir rapidement à une dégradation ou à une destruction de capacités spatiales dans le cadre d’une politique globale de « réactivité » (« Responsiveness » selon les Américains). Il comprend la capacité de lancer rapidement des constellations de micro-satellites (TACSAT). Les Américains proposent même à leurs alliés de coopérer à cette initiative et en particulier, de déployer les réseaux de satellites à partir des lanceurs des USA et de se partager les services ainsi mis en place.

De plus, dans ce même cadre, l’US Air Force développe un programme de R&D de « frappe globale réactive » (Prompt Global Strike) pour frapper rapidement avec précision des cibles à forte valeur militaire en utilisant des véhicules spatiaux de rentrée à charge conventionnelle, Common Aero (Shell) Vehicle (CAV).

Mais les faucons n’ont pas encore imposé leur point de vue.

En effet, les États-Unis semblent nettement évoluer vers une reprise des discussions en matière de sécurité dans l’espace afin de réunir autour d’eux les puissances désirant codifier et contrôler la sécurité spatiale, à l’image du dispositif mis en place pour le trafic aérien.

Didier Compard avec Richard Labévière et Jacques Villain (mars 2007). Photo Hugues Dumont.

Didier Compard avec Richard Labévière et Jacques Villain

Cependant, ils seront déterminés ; ils disposent de toutes les technologies des armes antisatellites. Surtout, ils détiennent des moyens opérationnels de surveillance, de détection et d’analyse de l’espace circumterrestre. Ils disposent également, ce qui est indispensable, d’autres types de moyens opérationnels pour surveiller, détecter et analyser les tirs de lanceurs spatiaux et balistiques leur permettant de crédibiliser les évènements liés à la prolifération des armements antisatellites tels que celui du dernier essai chinois.

La France, comme ses partenaires européens, est attachée à la non-arsenalisation de l’espace. Elle est opposée à tout déploiement d’arme offensive et à la relance d'une course aux armements. Mais elle est aussi très concernée pour assurer la liberté d’accès à l’espace et sa sécurité .

Concernant les moyens, la France avec le radar GRAVES et le navire Monge, l’Allemagne avec le radar TIRA , le Royaume Uni avec les instruments optiques STARBROOK, disposent de systèmes intéressants de détection, d’orbitographie et de gestion des objets en orbite basse, mais limités en performance et pas encore inter opérables. Par contre, ni la France ni l’Europe ne disposent de moyens de détection et de caractérisation de tirs de lanceurs balistiques et spatiaux, la France développant cependant un démonstrateur national d’alerte avancée pour valider les technologies liées à de tels systèmes (SPIRALE).

En tout cas, l’essai chinois a montré que l’Europe était presque aveugle pour crédibiliser et apprécier complètement ce type d’évènement afin d’apprécier la menace d’une façon autonome, sans renier pour autant une coopération concertée avec les États-Unis.

Une coopération intergouvernementale au sein de l’Europe paraît nécessaire pour se préparer à traiter une telle situation. Elle éviterait d’investir massivement dans des moyens totalement autonomes.

Il ne s’agit pas pour l’Europe d’imiter les États-Unis. Elle n’est pas exposée aux mêmes risques. Par contre, après ces évènements - développement de la National Space Policy du Président Bush et la montée en puissance dans le domaine spatial et balistique des Chinois, au Moyen Orient et en Asie - elle se doit de prendre des mesures pour éviter que les risques liés à la probable arsenalisation de l’espace se transforment en menaces concrètes.

Sur le plan économique, l’Europe ne dispose pas des moyens financiers lui permettant de rattraper les États-Unis en terme de volume de dispositifs opérationnels, bien qu’elle se situe au premier rang mondial dans le domaine des systèmes satellitaires et de lanceurs balistiques et spatiaux. Mais, disposer de systèmes autonomes et complémentaires à ceux de ses partenaires, développer une veille technologique industrielle et protéger son industrie spatiale et de défense apparaît de plus en plus comme un impératif et est à sa portée.

Si rien n’est fait, le risque politique est clair : c’est que la France et l’Europe deviennent dans un avenir proche, aveugles, paralysées, dominées, dépendantes sans marge d’autonomie et que l’industrie européenne spatiale et de défense tombe sous une certaine domination américaine.

En conséquence, certaines recommandations doivent être faites pour relever ce défi. Certaines initiatives, à caractère politique principalement mais aussi techniques et industrielles ont été proposées [1] :

  • Nous retiendrons ci-après celles qui nous paraissent essentielles et prioritaires :

o Lancer une étude européenne sur les conséquences du déploiement d’armement dans l’espace en vue de protéger et de renforcer les capacités spatiales européennes pour adopter des mesures à caractère préventif et réactif.

o Promouvoir la création d’une organisation internationale de régulation spatiale sur le modèle de l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale, qui pourrait fonctionner comme l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique), afin de maîtriser la prolifération des capacités ASAT et participer à la veille spatiale.

o Créer un réseau européen opérationnel et autonome de surveillance spatiale comprenant des systèmes de détection et d’analyse des objets en orbite et les systèmes terrestres et spatiaux de détection et d’alerte des lancements balistiques et spatiaux.

o Identifier les technologies critiques que la France et ses partenaires européens devront maîtriser pour se doter d’une capacité opérationnelle crédible et ainsi réduire leur dépendance à l’égard des États-Unis pour se mettre en situation de coopération équilibrée.

o Engager une étude et un développement exploratoire, en coopération européenne, de dispositifs antisatellites ne produisant pas de débris spatiaux, basés au sol, à énergie dirigée, en particulier laser. Ils pourraient s’intégrer dans la définition d’une doctrine de « dissuasion spatiale européenne » à construire. [2]

o Engager l’étude et envisager le développement de lanceurs « à réponse rapide » indispensables au remplacement d’urgence des satellites considérés comme vitaux, conduisant en phase opérationnelle à disposer d’une réserve limitée de lanceurs spécifiquement européens.

Didier Compard

[1] Voir les recommandations N°804 de l’Assemblée de l’Union de l’Europe Occidentale : Rapports « Le déploiement d’armements dans l’espace » - Première partie : Document C/1932 du 16 mai 2006 — Deuxième partie :Document C/1966 du 2 mai 2007.

[2] 3AF (Association Aéronautique et Astronautique de France ) : Papier de positionnement de la Commission stratégie et affaires internationales : « Militarisation et arsenalisation de l’espace. Vers une dissuasion spatiale européenne » Septembre 2007

Voir également :

Voir également du même auteur :

(*) Didier Compard, Analyste International (ECTI) de formation est ingénieur physicien, diplômé de l’Ecole Supérieure de Physique et Chimie de Paris et en astronautique, de l’Université polytechnique de New York. Sa carrière s’est développée dans la recherche et l’industrie aérospatiale (ONERA, AEROPATIALE, EADS), dans les technologies et les systèmes stratégiques et spatiaux, ceux de la force nationale de dissuasion nucléaire, en particulier et comme expert analyste international de la prolifération des armes de destruction massive et de leurs vecteurs.

Actuellement, analyste consultant international dans ses domaines d’expertise, il est associé à l’ECTI (Professionnels Seniors bénévoles), il est en relation et conseille les milieux politiques, industriels et techniques, publie ses analyses et contribue activement aux travaux des groupements et associations dont il est membre : EURODEFENSE, AAChéAr, 3AF (Association Aéronautique et Astronautique de France) , AIAA ( American Institute of Aeronautics and Astronautics)  … Il est également Conseiller-observateur des travaux de l’Assemblée de l’UEO .

Membre du Cercle Jefferson, qui regroupe les personnalités du Programme des Visiteurs étrangers du Département d'Etat américain, il en fut l’invité (IV 1989) sur les thèmes de l'évolution des systèmes stratégiques nucléaires et spatiaux liés à l’Initiative de Défense Stratégique (IDS).


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