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Entre la France et la Suisse, à quand la fin de l'historiquement correct ?

Entre la France et la Suisse, à quand la fin de l'historiquement correct ?

Les Suisses réputés pour leur courage, leur discipline et leur fidélité ont défendu les monarchies et les principautés d’Europe pendant près de six siècles. De tous "les régiments étrangers au service de la France", les régiments suisses ont toujours été assimilés à des militaires professionnels. Louis XI a été le premier à s'en rendre compte... C'est alors que l'idée d'avoir des régiments suisses lui est venue : les compagnies étaient recrutées dans les cantons, en vertu de conventions précises, les "capitulations", [1]  négociées avec les gouvernements. [2] C’est en France que ce service a été le plus important. « De la plaine de Marignan aux jardins des Tuileries, de la monarchie triomphante de Louis XIV à la monarchie expirante de Charles X, les Suisses sont présents à toutes les grandes pages du mémorial de l’ancienne France. Le service étranger représenta une part déterminante de l’histoire suisse et une page importante de celle de notre pays. Cette expérience commune, qui s’étend sur trois siècles et demi, intéresse l’histoire militaire comme l’histoire politique, diplomatique et économique des deux pays. » [3] De 1480 à 1830, plus d’un million de Confédérés ont ainsi été au service de la France. Près de deux cent mille y ont trouvé la mort. En plus de la garde des "Cent-Suisses",  [4] véritable corps d’élite au drapeau vert et rouge, la France a compté jusqu’à 11 régiments suisses, [5] parmi lesquels le célèbre régiment de Diesbach [6] dont la devise "Fidelitate et Honore" a été reprise par la Légion étrangère ("Honneur et Fidélité") qui sera créée le 9 mars en 1831 par le roi Louis-Philippe, un an après la dissolution des anciens régiments suisses. [7] Son premier commandant sera un Suisse: le colonel Christoph Anton Stoffel, originaire d'Arbon, choisi pour s'être illustré à Waterloo. [8] La France lui confiera pour mission de préserver l'héritage des 400 régiments étrangers qui ont précédée cette nouvelle Légion. [9] En plus de 175 ans d’existence, 30 à 40 000 Suisses se sont engagés dans la "Légion étrangère". Plusieurs milliers d’entre eux trouveront la mort durant la Première Guerre Mondiale faisant du drapeau du Régiment de Marche de la Légion étrangère le drapeau le plus décoré de l’Armée française. Les liens qui unissent donc la France et la Suisse depuis près de sept siècles sont exceptionnels. Des anciens régiments suisses au service de la France à la Légion étrangère, [10] le « service de France » est malheureusement méconnu, des deux côtés de la frontière pour des raisons qui sont une insulte à l'intelligence. Dans les écoles françaises ou suisses, on préfère occulter en effet cette histoire, pourtant très riche et très émouvante. "L'historiquement correct" encore une fois fait des ravages. Trop souvent, on préfère "occulter si possible ou exagérer si nécessaire", comme le dit si bien le professeur Alain-Jacques Tornare, historien franco-suisse, docteur en histoire de la Sorbonne. [11] Les 26 et 27 septembre 2008, à l'occasion du 90ème anniversaire de l’Amicale des Anciens Légionnaires de Genève, plusieurs cérémonies officielles ont associé la mémoire de tous ces volontaires pour leur rendre un hommage solennel, sans oublier les dizaines de milliers de Suisses morts pour la France durant la Première Guerre Mondiale. Invité à prononcer au Château de Penthes, haut lieu de mémoire pour tous les Suisses qui ont combattu pendant des siècles avec "honneur et fidélité" au service de notre pays, le professeur Tornare a rappelé quelles furent ces relations privilégiées et ces liens d'exception, tissés pendant des siècles entre la Suisse et la France. Auteur de plusieurs livres de référence sur le "service de France", le professeur Tornare devant une salle comble a fait revivre des moments héroïques, sans oublier les pages sombres qui ont endeuillé notre histoire commune. La mémoire est un tout. Photos © Joël-François Dumont.

Le professeur Alain-Jacques Tornare au Château de Penthes. Photo © Joël-François Dumont.

Le professeur Alain-Jacques Tornare au Château de Penthes

L'histoire ne peut ainsi être confisquée. Ne pas être capable de reconnaître nos erreurs du passé comme les grands moments que nos Nations ont vécu côte à côte démontre que nous sommes encore loin de ces États-Unis d'Europe que nous appelons pourtant tous de nos vœux. Des exemples comme ceux-là sont malheureusement trop nombreux. Davantage en France qu'en Suisse, les populations ignorent que des soldats suisses se sont sacrifiés jusqu'au dernier "par fidélité à la parole donnée" pour tenter de sauver Louis XVI et Marie-Antoinette aux Tuileries. Le 10 août 1792, plusieurs centaines de gardes suisses trouvèrent la mort pour défendre le roi face l’insurrection révolutionnaire. « Le licenciement des soldats suisses en 1792, symboles de la royauté, alla de pair avec la chute de Louis XVI et l’abolition de la monarchie. » [12]

Charles-Leodegar Bachmann, major des Gardes Suisses (1732-1792). Photo © Collection particulière.

Charles-Leodegar Bachmann, major des Gardes Suisses (1732-1792)

  • Le 10 août 1792 restera un jour noir dans les relations franco-suisses :

Quelques centaines d'hommes, sans canon, avec sept cartouches seulement, font fait face à 17.000 Révolutionnaires auxquels ils ont résisté lors d'un premier assaut aux Tuileries. Sur ordre de Louis XVI qui a ordonné un cessez-le-feu, ils déposeront leurs armes et regagneront leur caserne à Courbevoie. Sur leur chemin, plusieurs centaines d'entre eux seront pris à partie par la foule et massacrés, certains mutilés. De nombreux autres seront assassinés dans leur prison le 2 septembre et leurs corps jetés dans un vaste charnier, à l’endroit où Louis XVIII fit construire la Chapelle Expiatoire. L'heure est peut-être venue pour la France de reconnaître ce crime qui n'a pas grandi notre pays, crime encore aujourd'hui ressenti en Suisse comme une trahison pour tous ceux qui avaient juré "Honneur et Fidélité" à la France. En 1817, 350 survivants de ce massacre ont reçu une médaille. Combien de temps faudra t-il attendre pour que leur mémoire soit honorée ? La question reste posée !

Cependant, les Suisses ne renièrent pas pour autant le service de la France. Dès 1798, de nouvelles capitulations furent signées et 6 demi-brigades helvétiques furent créées. » [13]

Portrait du lieutenant-général Pierre-François de Reynold, Colonel général des Suisses en France: 1642-1722. (Musée de Penthes). Photo © Joël-François Dumont.

Portrait du lieutenant-général Pierre-François de Reynold, Colonel général des Suisses en France (Musée de Penthes)

« La République ne put se passer longtemps des troupes suisses. » Dès 1798, celles-ci furent rengagées sous forme de demi-brigades. Le régime des capitulations fut rétabli en 1803. Le Valais en bénéficia lui aussi deux ans plus tard. Les troupes suisses virent cependant leur organisation se modifier deux fois à la fin de la période impériale et au retour des Bourbons, jusqu’au licenciement qui fut ordonné au cours des Cent-Jours. » [14] Napoléon Bonaparte, après la Bérézina (26-28 novembre 1812) a pu quitter la Russie, grâce à l'héroïsme de 8.000 soldats suisses qui se sont sacrifiés pour sauver l'empereur des Français. « Au total, la Suisse avait fourni à Napoléon 90 000 hommes, dont la moitié furent tués. »  [11]

Olivier Pélichet en tenue de garde du Régiment d'Erlach, premier régiment suisse permanent créé en 1689. Photo © Joël-François Dumont.

Olivier Pélichet en tenue de garde du Régiment d'Erlach, premier régiment suisse permanent créé en 1689

Pour le professeur Tornare, les soldats suisses ne peuvent en aucun cas être considérés comme des mercenaires, mais comme des auxiliaires qui ne dépendaient que du colonel général des Suisses. [15]  « Les soldats suisses étaient certes à la disposition du roi, mais ils bénéficiaient de très importants privilèges. Ainsi la vie du régiment était-elle réglementée par les lois de son canton recruteur. Les soldats avaient leurs propres bannières et ils étaient encadrés par des officiers de leur nation. De plus, les Suisses bénéficiaient de la liberté de culte et d’une juridiction particulière.» [13]

Nicolas de Tscharner, (1650-1737), de Berne, service de France puis de Hollande; huile sur toile, copie du XXe siècle d'une toile de l’atelier d’Huber, 18e siècle. Collection du Musée de Penthes. Photo © Joël-François Dumont.

Nicolas de Tscharner, (1650-1737), de Berne, service de France puis de Hollande; huile sur toile, copie du XXe siècle d'une toile de l’atelier d’Huber, 18e siècle. Collection du Musée de Penthes.

Avec la restauration, le retour définitif des Bourbons assura l’établissement en 1816 d’une nouvelle capitulation qui rétablissait les anciens privilèges des Suisses. Au total quatre régiments de ligne et deux régiments de la garde royale servaient pour des opérations extérieures aussi bien qu’intérieures. D’autres étrangers servirent la nouvelle monarchie. Le 2e régiment étranger de la Grande Armée qui était devenu « Légion étrangère royale » prend, en 1816, le nom de « Légion de Hohenlohe » [16] du nom de son chef, le prince Louis Aloy de Hohenlohe-Waldenburg-Bartenstein. [17] En 1821, il devient le régiment de Hohenlohe. Le régiment est dissous le 5 janvier 1831, en même temps que les régiments suisses dont certains furent regroupés dans la légion de Hohenlohe après l'abdication de Napoléon. A sa création en 1931, la Légion étrangère reprendra à son compte une partie des traditions de cette unité d'élite.

Vaudois et Confédérés au service de France. 1789-1798, publié aux Éditions Cabédita. Photo © Joël-François Dumont.Portrait de Charles-Philippe de Bourbon, comte d'ARTOIS, (1757-1836), treizième colonel-général des Suisses et Grisons de 1770 à 1792 et de 1815 à 1824, qui deviendra le futur Charles X, roi de France. Huile sur toile de L.-M. Van Loo, datant de la fin du 18e siècle. (Collection particulière). Musée de Penthes-Genève. Photo © Joël-François Dumont.

Portrait de Charles-Philippe de Bourbon, comte d'Artois, (1757-1836), treizième colonel-général des Suisses et Grisons de 1770 à 1792 et de 1815 à 1824, qui deviendra le futur Charles X, roi de France. Huile sur toile de L.-M. Van Loo, datant de la fin du 18e siècle. (Collection particulière). Musée de Penthes-Genève.

 Depuis 1927, le code pénal militaire suisse a interdit le service étranger à l'exception du Vatican ou les gardes pontificaux, les accords signés avec le Vatican étant toujours en vigueur. Imaginer que tous ces Suisses n'étaient que francophones serait faire une autre injure à l'histoire. Autre exemple éloquent, qui sait en France que parmi les légionnaires engagés en première ligne pour prendre une part active à la Libération de Paris étaient espagnols ?

Le professeur Alain-Jacques Tornare au Château de Penthes. Photo © Joël-François Dumont.Les Vaudois de Napoléon : des Pyramides à Waterloo : 1798-1815. Photo © Joël-François Dumont.

Le professeur Alain-Jacques Tornare au Château de Penthes

Ceux qui reprochent à la Suisse sa "neutralité" devraient savoir que celle-ci aura toujours été encouragée par tous les rois de France et même après la Révolution, pour mieux protéger la France sur son flanc Est (Trouée de Belfort) d'une possible invasion militaire. Pendant les négociations sur traité de Paix entre la France et l’Empereur d’Allemagne (Traité de Lunéville), le 31 décembre 1801, le premier consul énonça dans un message au corps législatif, ce que la république exigeait : La rive gauche du Rhin sera la limite de la république française : elle ne prétend rien sur la rive droite. L’intérêt de l’Europe ne veut pas que l’empereur passe l’Adige. L’indépendance des républiques cisalpine, helvétique et batave sera assurée et reconnue. Nos victoires n’ajouteront rien aux prétentions du peuple français ; l’Autriche ne doit pas attendre de ses défaites ce qu’elle n’aurait pas obtenu par des victoires.” [18]. Le Traité de Lunéville, signé le 9 février 1801, confirmant le Traité de Campo-Formio. La cession de la Belgique et de la rive gauche du Rhin à la République française y était confirmée “de la manière la plus formelle”.

Le lieutenant-général Giovanni-Pietro Stuppa, (1621-1701), des Grisons, service de France, en compagnie de son épouse Anne-Charlotte de Gondi (1627-1694) et de sa nièce Anne de la Bretonnière. Huile sur toile d'A. Stumpf, XXe siècle, d'après un tableau attribué à Nicolas de Largillière peint vers 1685-1686 et faisant partie des collections de l’hôtel Dieu de Château Thierry. (Collection du Musée de Penthes). Photo © Joël-François Dumont.

Le lieutenant-général Giovanni-Pietro Stuppa, (1621-1701), des Grisons, service de France, en compagnie de son épouse Anne-Charlotte de Gondi (1627-1694) et de sa nièce Anne de la Bretonnière. Huile sur toile d'A. Stumpf, XXe siècle, d'après un tableau attribué à Nicolas de Largillière peint vers 1685-1686 et faisant partie des collections de l’hôtel Dieu de Château Thierry. (Collection du Musée de Penthes).

Qui connaît enfin l'histoire du général Milan Rastislav Stefanik qui fut le trait d'union entre la France et la Tchéco-Slovaquie jusqu'à sa mort tragique ? Les manuels d'Histoire français ignorent même jusqu'à son nom et dans les archives militaires françaises, on ne trouve même pas la photo de celui qui, engagé comme caporal en 1914, à l'âge de 32 ans, deviendra trois ans plus tard général dans l'Armée française. Il possède, au début du boulevard des Maréchaux, près de la Porte de Saint-Cloud une place qui porte son nom... De même, qui a entendu parler en France du bataillon Foch et des résistants franco-slovaques composé d'une poignée d'officiers évadés des camps nazis qui avaient pris la tête d'une centaine d'ouvriers déserteurs du STO pour rejoindre le maquis et harceler la 1ère division blindée de la Waffen SS afin de provoquer le soulèvement national slovaque. Leur héroïsme a écrit une l'une des plus belles pages de la Résistance dans cette région. Dernier exemple, qui sait, en France ou en Espagne, que parmi la majorité des légionnaires engagés en première ligne pour la Libération de Paris étaient espagnols ?

Le mot de la fin avec Mme le ministre Micheline Spoerri. Photo © Joël-François Dumont.

Le mot de la fin avec Mme le ministre Micheline Spoerri

  • Notes :

[1] Le terme de capitulation désigne à l’origine les conventions réglant le statut des étrangers qui, lors de leur installation dans certains pays, voulurent bénéficier des mêmes garanties que dans leur pays. C’est ce qui entraîna le régime des capitulations appliqué aux Français dans l’Empire Ottoman (Grand dictionnaire encyclopédique Larousse, Paris, 1982, tome 3, p.1758). Le terme de capitulation désigne aussi les traités conclus entre les cantons suisses et les gouvernements alliés, pour la levée de troupes auxiliaires au service des puissances contractantes. (H. de Schaller, Histoire des troupes suisses au service de France sous le règne de Napoléon 1er, Lausanne, Imer & Payot, 1883, p. 12). Source : Histoire institutionnelle des régiments suisses au service de la France : Étude du Service historique des armées, le SHD (SHA, SHD – inventaire de la sous-série X g des archives de l’armée de Terre).

[2] Les capitulations et le premier régiment suisse de ligne capitulé : dès le XVe siècle le recrutement de troupes suisses fut subordonné à la passation d’un traité entre les rois de France et les cantons suisses.

[3] Les archives conservées au S.H.A.T. ne couvrent pas la totalité de cette période. Les premiers documents remontent à 1671 et nous mènent jusqu’en 1792, date du premier licenciement des troupes suisses. La seconde période s’achève avec le second licenciement des Suisses et couvre les années 1793 à 1815. La conclusion de l’histoire des régiments capitulés au service de la France correspond à la Restauration et s’achève avec le troisième licenciement des troupes suisses en 1830. Voir l'excellente étude sur l' Histoire institutionnelle des régiments suisses au service de la France. Source : Étude du Service historique des armées, le SHD (SHA, SHD – inventaire de la sous-série X g des archives de l’armée de Terre).

[4] La compagnie des Cent-Suisses : Louis XI fit appel temporairement aux Suisses en 1477, par une convention signée avec les treize cantons helvétiques. Par la suite, il voulut en conserver un certain nombre pour la garde ordinaire de sa personne. Ainsi fut créée, en 1481, la compagnie des Cent-Suisses, qui devint, en 1495, la compagnie des Cent hommes de guerre suisses de la Garde. Louis de Menthon en fut le premier commandant en 1496, avec le titre de capitaine. Les Cent-Suisses comptaient 127 hommes, faisaient le service du palais avec les gardes du corps et gardaient plus spécialement les portes des appartements royaux. Ils jouissaient des mêmes droits que les Français et étaient exempts du droit d’aubaine et de la taille, ainsi que leurs veuves et leurs enfants. Depuis 1595, ils obéissaient à un capitaine-colonel, dont la charge était une des plus considérables de la Cour. La compagnie fut supprimée le 12 août 1792, rétablie le 15 juillet 1814, sur la base de 121 hommes, puis réorganisée par ordonnance du 14 décembre 1815, sur le pied de 302 hommes. Elle fut définitivement supprimée le 11 août 1830. » Source : Histoire institutionnelle des régiments suisses au service de la France : Étude du Service historique des armées, le SHD (SHA, SHD – inventaire de la sous-série X g des archives de l’armée de Terre).

http://www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr/04histoire/publications/rha/documents/images/num243.jpg

Fac-similé d’une pièce d’archives conservée dans les fonds du SHD. Document SHA-SHD

[5]  La capitulation de 1803 : Le 19 février 1803 (30 pluviôse an XII), l’Acte de Médiation fut signé à Paris. Le 27 septembre suivant fut conclu à Fribourg un nouveau traité d’alliance et une capitulation militaire entre le général en chef Ney, ministre plénipotentiaire de la République française en Suisse, et les commissaires de la Diète suisse. Ce traité d’alliance devait remplacer le traité du 1er août 1798 et la convention du 18 novembre 1798, qui devait engager 18 000 Suisses au service de la France. Se référant à la paix perpétuelle de 1516 et à l’acte de médiation du 19 février 1803, l’article 1er proclamait paix et amitié entre les deux Républiques. Les articles suivants prévoyaient les conditions et les modalités d’application de cette alliance défensive. Le préambule de la nouvelle capitulation affirmait la volonté du Premier Consul et de la Diète helvétique de « renouveler et comprendre dans une capitulation générale, celles qui ont été conclues antérieurement entre les deux États ». Cette capitulation rapprochait les nouveaux régiments du service capitulé d’Ancien Régime, tout en intégrant les éléments de la révolution de 1798. Source : Histoire institutionnelle des régiments suisses au service de la France : Étude du Service historique des armées, le SHD (SHA, SHD – inventaire de la sous-série X g des archives de l’armée de Terre).

Le lieutenant-général, Comte Louis Auguste Augustin d'Affry. Photo © Collection particulière.                                Louis d'Affry, fils, premier landamman de la Suisse. Photo © Collection particulière.

La première huile sur toile de J.-P. Bapst (1739) se trouve au Musée du Château de Penthes. Elle représente le lieutenant-général, Comte Louis Auguste Augustin d'Affry, (1713-1793), père de Louis d'Affry, de Fribourg, service de France. A droite, Louis d’Affry, Louis d'Affry, fils, premier landamman de la Suisse est ici immortalisé avec l’Acte de Médiation dans ce portrait de Joseph de Landerset (1807) qui se trouve lui au Musée d’Art et d’Histoire de Fribourg. « L’histoire des d’Affry, père et fils, illustre la longue quête diplomatique française d’un correspondant direct unique dans une Suisse aux exécutifs traditionnellement dispersés » Longtemps « en butte à l’hostilité tenace et l’incompréhension de ses contemporains », la famille d’Affry, a joué un rôle particulièrement éminent dans l'histoire de la Suisse, organisant son unité et sauvegardant sa neutralité d'encombrants et puissants voisins, l'Autriche et la France, entre lesquels Louis d'Affry choisit le moindre mal en prenant le parti du plus efficace. Après avoir été un ministère, puis une ambassade, l'ancien palais des Comtes d'Affry à Paris pour la majeure partie du bâtiment constitue l’hôtel Vendôme. L’autre partie qui s’étend depuis le bâtiment adjacent appartient au  palais du roi de Brunei à Paris.

  • Louis d'Affry, fils, premier landamman de la Suisse

« Napoléon Bonaparte octroya à Louis d'Affry, fils, les pleins pouvoirs en Suisse au printemps 1803 durant la période de transition afin de mettre en œuvre l’"Acte de médiation », qui  « tente de fondre les acquis de la Révolution dans la légitimité historique... La Médiation représente la phase d’initiation au consensus national, comme manière de vivre ensemble sur une base égalitaire entre tous les Suisses. »  Le trait de génie de cet "Acte de Médiation" a été de « laisser aux Cantons désormais rééquilibrés leur caractère propre, leurs particularités découlant de leur histoire, placer surtout les nouvelles entités cantonales sur un plan d’égalité avec les anciens États confédérés, tout en les intégrant les uns et les autres dans un ensemble tempéré par un lien fédéral qui les unisse en leur donnant la cohésion indispensable. D’Affry a rendu viable l’idée suisse moderne... C’est un fait unique dans les annales confédérées : jamais aucun Suisse n’avait eu autant d’attributions que lui. En effet, durant la période qui suivit la signature de l’Acte de Médiation jusqu’à la première Diète fédérale du 4 juillet 1803, il était, selon ses propres dires, un dictateur au sens romain. Des pleins pouvoirs certes mais dans le cadre défini par le premier Consul. Il en usera « sans en abuser, faisant preuve d’une sage fermeté pour mener une délicate politique de modération, d’unification du pays et d’entente avec la France. Il devint avoyer de Fribourg et, grâce au premier Consul, Landamman de la Suisse en 1803, le premier à occuper cette charge qu'il retrouva en 1809. Avec lui, Fribourg devint le premier canton directeur (Vorort, en allemand) et la capitale de la Suisse...  A un Napoléon, Médiateur en titre de la Confédération correspond un landamman-porte-parole des Suisses en France et de la France en Suisse : un parfait intermédiaire, fonction qu'incarna sans fausse note d'Affry fils, l'interlocuteur privilégié des Français. En 1810, la Suisse républicaine est de plus en plus isolée dans l’Europe napoléonienne. Le service de France était en danger et il devenait urgent de sensibiliser l’empereur à ce problème. Pour sortir de l’impasse, Watteville se décida à envoyer à Paris un négociateur extraordinaire, et ce dernier ne pouvait être que d’Affry »... qui « savait qu’entre deux maux il faut choisir le moindre, que la Suisse n’avait rien à attendre de bon de l’Autriche et qu’au final une politique francophile était la moins dangereuse. Il fut sincèrement dévoué aux intérêts de la France qui n’annexa jamais la Suisse. Habile négociateur, sage et expérimenté, il sut plier sans casser… la Suisse. Sa soumission apparemment absolue, sa déférence, sa condescendance, sont dans l’air du temps. Comment faire autrement avec Napoléon qui se laissa si souvent abuser par les flatteries de ses courtisans et de ses ennemis, tel le Tsar Alexandre... 

  • S’accorder avec la France dans tous les sens de cette acception fut le credo de d’Affry

« S’il n’avait été qu’un simple exécutant, le landamman aurait mené son pays à sa perte. Il faut avoir à l’idée que l’année 1803 fut une des plus déterminante que connut la Suisse. On y expérimente la viabilité du régime de la Médiation, c’est-à-dire sans doute une des dernières tentatives de sauver l’idée même de Suisse. En cas d’échec, la Suisse ne change plus de régime mais de statut au risque de se transformer comme bientôt Neuchâtel en prébende pour un obligé du chef de l’Etat français. » Nombreux pourtant ont mis « à son passif la soumission de la Confédération à la France, puisque la période impériale ne fait que concrétiser en l’exacerbant une tutelle qui lui était antérieure. Préserver l’avenir en maintenant la paix intérieure fut une des priorités de ce grand politique qui sut prendre la mesure du possible dans l’intérêt national, tandis que nombre de ses contemporains ignoraient jusqu’au sens à donner au mot national. Peu de gouvernants auraient alors eu l’envergure nécessaire pour assumer cette charge sans verser dans la défense d’intérêts particuliers. Louis d’Affry, en éloignant le spectre de l’annexion pure et simple ou déguisée, ne fut pas seulement le premier dans la liste des landammans mais celui qui rendit crédible le nouveau régime et légitime la fonction de landamman. L’expérience ne dura qu’une dizaine d’années mais servit de référence et de leçon aux réformateurs de 1848. Il fut sans conteste le plus qualifié des landammans dont la Confédération disposa durant cette déterminante et tumultueuse décennie au cours de laquelle la Suisse a bien failli disparaître corps et âme. Il fut sans doute le seul gouvernant suisse à posséder une dimension internationale, sachant affermir l’édifice du nouveau régime par un art consommé du compromis, comme lorsqu’il présida la première Diète réunie à Fribourg de juillet à septembre 1803 ou lorsqu’il sut avec subtilité arrondir les angles avec l’empereur ombrageux, et défendre avec succès la neutralité lors des délicates missions de 1804, 1805 et 1810 où il trouva les mots justes pour faire comprendre à Napoléon l’utilité de la neutralité suisse. Même si la neutralité suisse semble avoir été un vain mot pour Napoléon, d’Affry contribua à donner un sens à ce concept, d’abord en évitant toute tentation d’annexion pure et simple à la France, puis en évitant de faire à nouveau de la Suisse le théâtre des opérations militaires en 1805 et 1809. En 1810 à Paris, il reçut le cordon de commandeur de la Légion d'honneur. Placés dans son sillage, n’ayant plus qu’à suivre sa voie, les landammans Watteville et Reinhard surent à leur tour relayer cette politique. Ainsi, réussit-il à mériter à la fois la confiance de ses concitoyens et celle de leur encombrant protecteur. »

Ces extraits sont tirés d'un article du professeur Alain-Jacques Tornare qui explique comment la Suisse a réussi à s'unifier comme Nation. Frédéric-César de La Harpe, qui fut l'un des détracteurs de Louis d'Affy, fils, l'avait comparé à « un préfet de la Suisse ». Si les Français ont encore beaucoup à apprendre sur leur propre histoire, les Suisses se trouvent ici dans un cas identique. Il y a des faits et ceux-ci sont têtus : « Durant la Médiation et sous l’impulsion de d’Affry, la Suisse parvient à se maintenir en dehors des conflits qui déchirent le continent, tout en faisant participer ses ressortissants à la construction de l’Europe voulue par Napoléon. » Pour toutes ces raisons, l'heure est peut-être venue de prendre les faits en compte comme le soulignait en conclusion de sa brillante conférence le professeur Tornare, pour qui « Le moment est peut-être venu de redécouvrir certains destins suisses de ce temps fort de l’histoire européenne qu’est le tournant du XIXe siècle. Mais peut-être n’a-t-on toujours pas envie d’étudier ces témoins gênants et déconcertants d’une Suisse isolée et terriblement dépendante de son environnement européen, au moment où petit à petit, inexorablement, la Suisse se mettait à s’absenter de l’histoire. Ces Helvètes atypiques reflètent une Suisse sur le qui-vive, paralysée dans son action, croyant pouvoir échapper au sort commun et profiter de la situation tout en évitant de se laisser entraîner dans les grands événements de ce monde. »

A ceux qui souhaitent approfondir la question et comprendre cette période qui décida de l'avenir de la Suisse, on ne peut que recommander l'ouvrage de Georges Andrey et Alain-Jacques Czouz-Tornare : Louis d’Affry 1743-1810, premier landamman de la Suisse. La Confédération suisse à l’heure napoléonienne, Éditions Slatkine, Genève, 2003. 420 pages.

[6] Le licenciement de 1792 : En 1791, la France avait à son service onze régiments suisses composés chacun, conformément à l’ordonnance du 10 mai 1764, d’un état-major, de deux bataillons composés chacun d’une compagnie de grenadiers et de huit compagnies de fusiliers, soit un effectif théorique de 11 40671 hommes, soit 1 184 hommes par régiment. Une compagnie de grenadiers comptait 55 hommes et une compagnie de fusiliers en comptait 66 en temps de paix, et jusqu’à 103 en temps de guerre. Le 20 août 1792, l’Assemblée législative décréta que les régiments suisses cesseraient d’être au service de la France. Il résultait de l’article premier qu’il n’était plus possible de tenir au service de la France des troupes étrangères sous un régime différent de celui des troupes françaises. La dissolution des régiments se fit à des dates différentes. Ainsi le régiment de Salis-Samade put regagner la Suisse dès le mois de septembre. Quatre mille soldats passèrent au service de la République soit environ la moitié des soldats présents au moment du licenciement. Les survivants du 10 août et des massacres de septembre qui retournèrent en Suisse touchèrent une pension dont le montant dépendait du nombre de leurs années de service. Il fallut aussi rembourser les dépenses que certains officiers avaient engagées en faveur des compagnies (dettes des soldats, matériel). La dissolution des troupes entraîna le passage de certains soldats au service de l’Angleterre, du prince de Condé ou du comte d’Artois. Source : Histoire institutionnelle des régiments suisses au service de la France : Étude du Service historique des armées, le SHD (SHA, SHD – inventaire de la sous-série X g des archives de l’armée de Terre).

Liste des régiments suisses en 1751 :
- le régiment de Betten fut levé en 1671 sous le nom d’Erlach ;
- le régiment de Fegelin-Seedorff fut créé en 1672 sous le nom de Pierre Stoppa ;
- le régiment de Monnin fut levé en 1672 par Rodolphe de Salis de Zizters ;
- le régiment de Vigier date de 1672 et fut levé par François Pfiffer ;
- le régiment de Wittner fut levé en 1672 par Wolfgang Greder ;
- le régiment de Balthasar fut créé par Jean-Baptiste Stuppa à partir de compagnies qui n’étaient pas avouées des cantons ;
- le régiment de Diesbach fut créé en 1689 sous le nom de Salisjeune ;
- le régiment de Courten fut levé en 1689 en Valais par Jean-Étienne de Courten ;
- le régiment de Karrer fut payé par les fonds de la marine. Il fut créé en 1721 dans le but de servir dans les colonies ;
- le régiment Grison de Salis fut levé en 1734 par le baron de Travers d’Ortenstein.

Source : Histoire institutionnelle des régiments suisses au service de la France : Étude du Service historique des armées, le SHD (SHA, SHD – inventaire de la sous-série X g des archives de l’armée de Terre).

[7] Les régiments suisses d’infanterie : Le premier, Louis XI a engagé des troupes suisses à son service, par des négociations débutées en 1465 avec Nicolas de Diesbach, qui aboutirent en février 1477 à une convention par laquelle les treize cantons suisses s’engageaient à fournir au roi de France un certain nombre de gens armés. En 1760, 12 888 Suisses étaient répartis dans onze régiments suisses contre 2 324 dans le régiment des gardes. Les troupes suisses que la France entretenait avaient été levées et étaient conservées au complet, en vertu de capitulations consenties par différents cantons, les uns traitant séparément, d’autres se réunissant pour lever et entretenir ensemble un ou plusieurs régiments. La plupart des régiments avaient donc leur capitulation particulière. De manière générale, c’est à partir du règne de Louis XIV que les régiments étrangers, levés à l’occasion de chaque guerre et licenciés à la signature de la paix, devinrent permanents et commandés par des colonels dont le titre évoquait davantage la propriété du régiment qu’un commandement effectif. Les régiments obtinrent ainsi un rang de préséance, en plus du nom de leur colonel. En effet, il n’était pas nécessaire d’avoir gravi les échelons pour devenir colonel. Le commandement effectif était donné au lieutenant-colonel. Plus tard, les ordonnances de 1758 et de 1776 exigèrent 23 puis 25 ans d’âge, 7 puis 14 ans de service afin de pouvoir être nommé colonel. Source : Histoire institutionnelle des régiments suisses au service de la France : Étude du Service historique des armées, le SHD (SHA, SHD – inventaire de la sous-série X g des archives de l’armée de Terre).

[8] Les régiments suisses sous la Restauration, 1816-1830 : Le retour définitif des Bourbons assura l’établissement en 1816 d’une nouvelle capitulation qui rétablissait les anciens privilèges des Suisses. Au total quatre régiments de ligne et deux régiments de la garde royale servaient pour des opérations extérieures aussi bien qu’intérieures. D’autres étrangers servirent la nouvelle monarchie, qui furent regroupés dans la légion de Hohenlohe. Le service étranger capitulé prit fin en France avec la monarchie légitime, et les conséquences du licenciement de 1830 furent réglées par la convention de Lucerne en 1831. La capitulation de 1816 : Dès le 28 mai 1815, Louis XVIII réclamait le retour des Suisses auprès de sa personne, mais la Diète refusa, en se référant aux anciennes capitulations qui prévoyaient le retour des troupes suisses chez elles en cas de menace d’invasion de leur territoire. Les nouvelles capitulations furent définitivement conclues pour la durée de vingt-cinq ans, selon les cantons, le 1er juin 1816 à Berne, et le 16 août 1816 à Zurich. La compagnie des Cent-Suisses fut rétablie selon les ordonnances des 15 juillet 1814 et 23 juillet 1815. L’ordonnance du 14 décembre 1815 augmenta la compagnie au chiffre de 310 hommes, qui devint la compagnie des gardes à pied ordinaire du roi ayant pour commandant le colonel duc de Mortemart. La charge de colonel général des Suisses fut rétablie, selon l’article 14 des nouvelles capitulations, au profit du futur Charles X, alors comte d’Artois. Il avait le commandement supérieur des quatre régiments suisses de ligne et le commandement des deux régiments de la garde royale. Il était aidé par un inspecteur particulier, le maréchal de camp premier aide de camp. Il avait pour fonction de recevoir les réclamations qui lui seraient faites en cas de conflit de juridiction. D’autre part les capitulations de 1816 rétablirent les anciens privilèges dont bénéficiaient les soldats suisses tels que l’exemption de juridiction. Source : Histoire institutionnelle des régiments suisses au service de la France : Étude du Service historique des armées, le SHD (SHA, SHD – inventaire de la sous-série X g des archives de l’armée de Terre).

[9] « En 1830, les régiments suisses, dont l’existence froissait le sentiment national, furent licenciés, mais l’expédition d’Alger nécessitait encore des troupes : la loi du 9 mars 1831 institua la Légion étrangère, composée de volontaires dont la mission était de combattre exclusivement outre-mer167. Désormais les Suisses qui voudraient servir en France le feraient à titre privé, sans engager la responsabilité de la Confédération. Nombreux furent les Suisses des six régiments dissous qui s’engagèrent dans ce nouveau corps. Ainsi Christophe Stoffel, qui passa au service de Napoléon pendant les Cent-Jours, fut-il le premier commandant de la Légion étrangère. » (Source : Histoire institutionnelle des régiments suisses au service de la France : Étude du Service historique des armées, le SHD (SHA, SHD – inventaire de la sous-série X g des archives de l’armée de Terre).

[10] Voir "De 1831 à 1914 : de la création à la première guerre mondiale". Genèse de la Légion. Source : Portail de la Légion.

[11] Soutenance de thèse d'Alain-Jacques Czouz-Tornare ; "Les troupes suisses capitulées et les relations franco-helvétiques à la fin du XVIIIème siècle". Critique par Eveline Maradan et Georges Andrey.

[12] En 1789, la Maison du Roi était composée des corps suivants :

  • Gardes du Corps

  • Cent-Suisses

  • Gardes de la Prévôté de l'Hôtel

  • Régiment des Gardes françaises

  • Régiment des Gardes suisses

  • Gardes du Corps de Monsieur

  • Compagnie des Suisses de Monsieur

  • Gardes du Corps de Monsieur le Comte d'Artois

  • Compagnie des Suisses de Monsieur le Comte d'Artois

Source: Site Internet www.1789-1815.com.

[13] La capitulation générale de 1803 signée entre la République consulaire française et la Diète helvétique : entre tradition et innovation : « France-Suisse : Les Alpes, axe stratégique »: lire dans la rubrique Document le dossier du numéro 243 paru en août 2006 de la Revue Historique des Armées, revue trimestrielle,

[14] Source : Histoire institutionnelle des régiments suisses au service de la France : Étude du Service historique des armées, le SHD (SHA, SHD – inventaire de la sous-série X g des archives de l’armée de Terre).

Charles IX, fils cadet d'Henri II et de Catherine de Médicis .Portrait par François Clouet (1561).

Charles IX, fils cadet d'Henri II et de Catherine de Médicis .Portrait par François Clouet (1561)

[15] En 1571, la charge de colonel général des Suisses fut érigée en titre d’office. Charles IX établit Charles de Montmorency de Méru (1536-1612) colonel général des Suisses et Grisons, aussi bien en temps de paix qu’en temps de guerre. Devenu permanent, cet office donnait commandement général et autorité sur toutes les troupes suisses au service du roi, à l’exception de la compagnie des Cent-Suisses. Jusqu’en 1673, les prérogatives de sa charge autorisaient le colonel général à nommer les colonels et capitaines suisses. A partir de cette, date le roi se réserva le droit de pourvoir aux charges qui viendraient à vaquer parmi ces troupes. Les provisions que le roi accordait aux colonels et capitaines suisses étaient adressées au colonel général, qui y mettait son « attache », c’est-à-dire la marque qu’il reconnaissait l’officier et un ordre aux Suisses de le reconnaître. En 1616, le régiment des gardes suisses nouvellement formé fut subordonné au colonel général qui obtint ainsi l’autorité supérieure sur tous les régiments suisses au service de la France. Il n’était lui-même subordonné qu’au roi et fut d’ailleurs très souvent un prince du sang. D’autre part, le colonel général était le capitaine d’une compagnie qu’on appelait la « générale », qu’il faisait commander par un capitaine-lieutenant. Cette compagnie marchait à la tête du régiment des gardes suisses. Elle formait comme un corps particulier à l’intérieur du régiment des gardes, ayant son état-major et un conseil séparé. Source : Histoire institutionnelle des régiments suisses au service de la France : Étude du Service historique des armées, le SHD (SHA, SHD – inventaire de la sous-série X g des archives de l’armée de Terre).

[16] La légion de Hohenlohe :  L’abdication de Napoléon de 1814 avait libéré toutes les troupes étrangères qui servaient l’Empire. L’ordonnance du roi du 6 septembre 1815 licencia officiellement les huit régiments d’infanterie plus connus sous la dénomination de régiments étrangers. Les militaires qui avaient servi dans ces régiments étaient libres de retourner chez eux138mais l’ordonnance prévoyait de former une légion qui porterait le nom de « légion royale étrangère » pour recevoir les étrangers qui demanderaient du service en France. Les Français comme les Suisses étaient exclus du recrutement de cette unité, cependant ces restrictions ne furent pas respectées. Cette légion était composée d’un état-major et de trois bataillons, sur le modèle des légions départementales. Par l’ordonnance du 9 juin 1816, le prince de Hohenlohe-Bartenstein (1765-1829) fut nommé colonel supérieur de la légion royale étrangère qui prit dès lors le nom de légion de Hohenlohe. Ce prince obtint ce commandement supérieur en raison des services qu’il avait rendu aux émigrés en 1792, et plus particulièrement aux comtes d’Artois et de Provence, pour lesquels il avait levé deux régiments allemands. Ce corps fut successivement commandé par le colonel Sayn-Wittgenstein, puis par le colonel Murphy, et enfin par le colonel Pozzo di Borgo. La nomination du colonel supérieur intervint après celle du colonel Wittgenstein. Le colonel était donc sous les ordres du prince de Hohenlohe ; il devait lui faire parvenir hebdomadairement un rapport présentant la situation de la légion quant à la discipline et la comptabilité. Faisant suite aux articles 241, 242, 243 de l’ordonnance du 2 août 1818, qui accordait la préséance du commandement dans les places et garnisons aux officiers français à l’exclusion des étrangers, des réclamations s’étaient élevées parmi les officiers français ou naturalisés, pour bénéficier des effets de ses articles. La légion de Hohenlohe était en effet considérée comme troupe étrangère, étant composée exclusivement et théoriquement de soldats étrangers, ce qui les excluait de l’application de ces articles. Néanmoins, selon l’ordonnance du 10 novembre 1819, le roi reconnut que ces articles étaient applicables à la légion de Hohenlohe. L’ordonnance du 22 février 1821 modifia la légion, à l’exemple des modifications apportées aux légions départementales selon l’ordonnance du 23 octobre 1820. Le 3e bataillon de la légion cessant d’être d’infanterie légère, la légion devait être organisée comme un régiment de ligne. Elle prit alors la dénomination de régiment de Hohenlohe, et se composait d’un état-major et de trois bataillons de huit compagnies dont une de grenadiers, une de voltigeurs et six de fusiliers. L’effectif du régiment était ainsi de 2 031 hommes. Ajoutons que l’ordonnance n’excluait nullement la possibilité d’envoyer la troupe hors du territoire. Son effectif tomba au chiffre de 1437 hommes en 1828 en raison des difficultés de recrutement. Le régiment fut presque entièrement transformé en 21e régiment d’infanterie légère le 5 janvier 1831. Source : Histoire institutionnelle des régiments suisses au service de la France : Étude du Service historique des armées, le SHD (SHA, SHD – inventaire de la sous-série X g des archives de l’armée de Terre).

Louis Aloy Joachim de Hohenlohe-Waldenburg-Bartenstein, Prince impérial allemand, maréchal et pair de France

Louis Aloy Joachim de Hohenlohe-Waldenburg-Bartenstein, Prince impérial allemand, maréchal et pair de France

[17] Louis Aloy Joachim de Hohenlohe-Waldenburg-Bartenstein, né le 18 Aout 1765 à Bartenstein (Allemagne) et mort à Lunéville le 30 mai 1829. Prince impérial allemand, il devient maréchal et pair de France. En 1784, il entre au service du Palatinat qu'il quitte en 1792 pour prendre le commandement d'un régiment levé par son père au service des princes émigrés de France (voir armée des émigrés). Il se distingue particulièrement sous Condé dans les campagnes de 1792-1793, notamment en défense devant Wissembourg en France. Puis il entre au service des Pays-Bas quand, encerclé par l'armée du général Pichegru, il dirige une retraite magistrale vers l'île de Bommelerwaard. De 1797 à 1799, il sert comme colonel dans les campagnes autrichiennes. En 1799 il est nommé "major-général" par l'archiduc Charles. Puis, après avoir obtenu le grade de lieutenant-général, l'Empereur souhaite le rencontrer pour lui confier la charge des deux Galicie. Napoléon Ier lui offre de lui rendre sa principauté à condition qu'il intègre la Confédération du Rhin, mais il refuse et entre au service du Wurtemberg (Allemagne). Après la chute de Napoléon Ier en 1814, il entre au service de la France, et en 1815, il prend le commandement d'un régiment levé par lui-même (le régiment de Hohenlohe, l'un des régiments dont est issue la Légion étrangère). En 1823, il est naturalisé français et son régiment tient sa place dans la campagne d'Espagne. En 1827, il est fait maréchal par Charles X et pair de France. Source : forum de la communauté Légion étrangère.

[18] Source : L'annuaire 1789-1815 : le Traité de Lunéville (traité de Paix entre la France et l’Empereur d’Allemagne). Consulter l'excellent site www.1789-1815.com de Bernard Coppens.

[19]

  • Bibliographie :

Principaux ouvrages d'Alain-Jacques Tornare :

Alain-Jacques Tornare, historien franco-suisse, professeur chargé de cours à l'Université de Fribourg, est l'auteur de nombreux ouvrages de référence. Citons pour mémoire: "les Vaudois de Napoléon : des pyramides à Waterloo 1798-1815", avec une préface de Georges-André Chevallaz, Président de la Confédération, un magnifique ouvrage publié aux Éditions Cabédita en 2003 pour le Musée militaire vaudois Morges, qui explique comment les Suisses contribuèrent à la sauvegarde de la Confédération en servant Napoléon et la France. « Les Vaudois ont exercé un rôle considérable au sein des quatre régiments suisses au service de l’empereur, ils ont donné à la France napoléonienne des généraux aussi célèbres que Reynier, Dutruy, de la Harpe ou Jomini, et tant d’autres, que ce livre vous permettra de (re)découvrir: Réal de Chapelle, Clavel, Dufresne ou Thomasset. Mais, étrangement, le destin individuel des simples soldats contraste brutalement avec l’image traditionnelle et brillante laissée par les tableaux habituels de l’époque impériale. Les Vaudois de Napoléon côtoyèrent la mort, souffrirent du froid, de la faim et parfois pire; peu revinrent vivants. Le sacrifice de ces hommes forgea un extraordinaire cadeau fait à leurs héritiers: en offrant leur sang à l’épopée napoléonienne, ces Vaudois contribuèrent paradoxalement à légitimer l’existence de leur canton et à ancrer profondément le pays romand dans la Confédération. »

Il a également publié en 1998 "Vaudois et Confédérés au service de France. 1789-1798", toujours aux Éditions Cabédita, (Collection Archives vivantes). Ce livre relate l'histoire des soldats suisses dans la tourmente révolutionnaire. « Les soldats vaudois au service de France ont joué un rôle considérable encore par trop sous-estimé dans le processus révolutionnaire du Pays de Vaud. Il est donc temps de réhabiliter ces Vaudois qui étaient à l´époque traités comme des Suisses de seconde zone, en montrant leur comportement remarquable dans le contexte particulièrement difficile du sud de la France avant et lors du dramatique désarmement opéré par les Fédérés de Marseille en février 1792. Ce régiment vaudois, devenu Watteville, subsista comme force de maintien de l´ordre établie dans le Corps helvétique jusqu´en 1796. Pendant ce temps, des généraux vaudois tels Boinod ou Amédée de Laharpe s´illustrèrent dans les armées de la République lors des campagnes d´Italie. » Deux ouvrages à commander en Suisse: Route de la gare à 1137 Yens-sur-Morges (00-41- (0)21.800.47.511, ou en France : BP 9 à 01220 Divonne-les-Bains.

- Dessins de presse 1848-1998. Jeux de miroirs dans la Maison suisse. Comité genevois pour le 150e anniversaire de l’Etat fédéral, Genève, 1998. Introduction & Catalogue.
- La Franc-maçonnerie à Fribourg et en Suisse du XVIIIe au XXe siècle, Editions Slatkine, Genève, Musée d’Art et d’Histoire, Fribourg, 2001.
- Georges Andrey et Alain-Jacques Tornare : “ Introduction : La Franc-Maçonnerie fribourgeoise, 250 ans d’histoire ”, p. 7-9.
- Alain-Jacques Tornare : “ Les militaires fribourgeois dans la Franc-maçonnerie ”, p. 81-109.
- 1803 Quand Fribourg était capitale de la Suisse/Als Freiburg die Haupstadt der Schweiz war. Catalogue publié en septembre 2003 par la Bibliothèque Cantonale et Universitaire de Fribourg, 40 pages.
- (Sous la direction de Alain-Jacques Czouz-Tornare) : Quand Napoléon Bonaparte recréa la Suisse, Actes du colloque de La Sorbonne du 8 mars 2003, Paris, 2005, collection des études révolutionnaires no 7, Société des études robespierristes.
- Georges Andrey et Alain-Jacques Czouz-Tornare : Louis d’Affry 1743-1810, premier landamman de la Suisse. La Confédération suisse à l’heure napoléonienne, Editions Slatkine, Genève, 2003. 420 pages.

Autres ouvrages sur cette période :

- Paul de Vallière, Le régiment des Gardes-suisses de France, 1912.
- Paul de Vallière, Honneur et fidélité, 1913 réédité en 1940. Histoire des Suisses au Service Etranger. Lausanne, Editions d'art suisse ancien.
- Abbé François Girard, Histoire abrégée des officiers Suisses qui se sont distingués aux services étrangers dans des grades élevés, 3 volumes, Fribourg, 1781.
- Werner Hirzel « Tanta est fiducia gentis » Fondation pour l'histoire des Suisses à l'Etranger 1972.
- Zurlauben, Histoire militaire des Suisses au service de France, 8 volumes.
- Zurlauben, Code militaire des Suisses, 4 volumes, Paris, 1758.
- May de Romainmôtier, Histoire militaire des Suisses dans les différents services de l'Europe, 8 volumes, Lausanne, 1783.
- Eveline Maradan, Les Suisses et la Légion étrangère de 1831 à 1861, Mémoire de licence présenté à la faculté des lettres de l'Université de Fribourg. (1987).
- Jean-François Rouiller, Les Suisses célèbres à la Légion étrangère, 1991.
- Eugène Fieffé, Histoire des Troupes Etranger au service de France, Paris; 1854. 2 Volumes.
- Aristide Martinien : Tableaux par Corps et par Batailles des Officiers tués et blessés pendant les guerres de l'Empire 1805-1815, Paris; 1899.
- M.C. Mullié : Biographie des Célébrités militaires des Armes de Terre et de Mer, 2 Volumes, Paris; 1851.
- Danielle et Bernard Quintin: Dictionnaire des Colonels de Napoléon, Paris; 1996. (Éditions SPM)
- Georges Six : Dictionnaire Biographique des généraux et amiraux français de la Révolution et de l'Empire 1792-1814. (Librairie Historique et Nobiliaire, Georges Saffroy, Paris, 1934, réédité en 1974.
- Jérôme Bodin, Les Suisses au service de la France – de Louis XI à la Légion étrangère, Editions Albin Michel S.A., Paris, 1988.

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