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Ce billet de Richard Labévière

L’éternel retour des Nations Unies

Ce billet de Richard Labévière, rédacteur en chef de la revue Défense [1] est rediffusé ici avec l'aimable autorisation de son auteur. Paris, le 27 août 2009.©

Le 26 août dernier, dans son discours devant la 17e conférence des ambassadeurs, le président de la République a plaidé, notamment en faveur d’une réforme du Conseil de sécurité des Nations, pour une ONU plus « représentative et plus efficace », ajoutant qu’il fallait « multilatéraliser le multilatéral ».

Cet appel est d’autant bienvenu que l’ONU n’est pas très en forme et que le bilan de son secrétaire général, à mi-mandat, concentre toutes les critiques. Même à l’intérieur de l’organisation, Ban Ki-Moon suscite les interrogations les plus sévères. Dans une note confidentielle que l'ambassadeur de Norvège à New York - Mona Juul - a adressée, en juillet dernier, à son ministère et rendue publique par le journal Aftenposten, la représentante d'Oslo écrit : « il peine à montrer son leadership (…) ; se montre passif, colérique et en manque chronique de charisme. A une époque où l'ONU et les solutions multilatérales aux crises globales sont plus nécessaires que jamais », conclut-elle, « Ban et les Nations unies brillent par leur absence ».

Même si la réforme du Conseil de sécurité est l’un des plus vieux serpents de mer qui refait régulièrement surface depuis la conférence de San Francisco (juin 1945), il est bon de remettre encore l’ouvrage sur le métier. Il est tout aussi aveuglant que le monde de l’après Guerre froide n’est plus dominé par les mêmes acteurs que celui de la fin de la Seconde guerre mondiale. Comment l’organe exécutif des Nations unies peut-il espérer conserver une crédibilité quelconque sans voir siéger aussi en son sein un grand pays d’Afrique, d’Amérique Latine et du monde arabe ? Comment peut-il se passer durablement d’importants bailleurs de fonds comme l’Allemagne et le Japon ?

Dans le sillage de ces interrogations, la question du droit de véto ne constitue pas un obstacle majeur et fait, d’ores et déjà, l’objet de solutions techniques qui sont sur la table. Tout en soulignant qu’un siège permanent européen reste une chimère tant que la politique étrangère de l’Union européenne reste, elle-aussi, une chimère, l’équation politique posée par les nouveaux prétendants est une autre paire de manches… Le nouveau membre permanent africain doit-il être le Nigéria ou l’Afrique du Sud ? Si le Brésil postule, l’Argentine le fera aussi. La moindre velléité de l’Egypte, pays fondateur de la Ligue arabe, se verra immédiatement contestée par la Syrie, l’Iran (pays non arabe mais puissance régionale), voire l’Arabie saoudite. Ne parlons pas de l’Inde et de son frère siamois pakistanais… Une fois ouverte, cette boîte de Pandore pourrait aggraver la crise structurelle de l’ONU, voir amener la communauté internationale à privilégier d’autres moyens, sinon d’autres organisations.

Même si les G-8, G-20 et autres G-27 élargis ne disposent, pour l’instant, d’aucune compétence à légiférer en matière internationale, ils pourraient progressivement y prétendre.

On se souvient ainsi des petits pas initiés par Madeleine Albright, secrétaire d’Etat du président William Clinton, afin de créer un Club des démocraties visant à contourner les possibles vétos chinois, russes voire français ; et plus récemment des injonctions de Condoleezza Rice, secrétaire d’Etat de George W. Bush, voulant transformer l’OTAN en « organisation globale », sinon en bras armé d’un improbable camp occidental…

Malgré ces tentatives - faux nez d’hégémonie, sinon de nouvel impérialisme - l’Organisation des nations unies demeure le seul forum international légitime parce que comptable de la paix et la stabilité mondiale. Chaque année de mi-septembre à mi-décembre, l’Assemblée générale (organe législatif ) donne la parole aux 192 Etat-membres de l’ONU. Pendant dix minutes, chacun d’entre eux donne sa vision de l’état et des problèmes du monde. Passionnant… et indispensable ! Les agences techniques onusiennes comme l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le Haut commissariat pour les réfugiés (HCR) ou le Programme des nations unies pour le développement (PNUD), restent des acteurs indispensables, non seulement pour la gestion des crises, mais aussi pour la survie de nombreux pays. Certes, beaucoup de ces programmes doivent être rénovés et mieux coordonnés. De nouvelles agences doivent être créées comme celle que Jacques Chirac appelait de ses vœux pour s’occuper du réchauffement climatique et des grands déséquilibres environnementaux. Bien avant la dernière crise financière, chacun se souvient des appels de Jacques Delors à fonder un Conseil de sécurité économique et social afin de lutter contre les grimaces et les crampes de la main invisible du marché mondial.

Ajoutée aux réformes conjointes et nécessaires de la Banque mondiale et du Fond monétaire international, c’est toute la question de la mal nommée gouvernance mondiale. Ce grand chantier a l’ambition de faire travailler ensemble la nouvelle agence environnementale (qui devra assurer le suivi de la conférence de Copenhague de décembre prochain), en coordination avec l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ; elle-même ne pouvant plus
ignorer les interventions de l’Organisation internationale du travail (OIT) concernant notamment le travail des enfants et les libertés syndicales.

Cette réforme dite de la gouvernance mondiale ne peut s’envisager qu’autour et qu’à partir des Nations unies…[2]

Richard Labévière

[1] Billet du rédacteur en chef de Défense, N°141, daté de Septembre-octobre 2009, revue bimestrielle de l'Union des Associations des Auditeurs de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN), réalisée par des bénévoles, « auditeurs de l'IH ». Abonnements: BP 41-00445 Armées.

[2] Voir le Grand dossier du N°141 consacré à « Climat, défense et sécurité ».

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