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Copenhague en Westphalie

Copenhague en Westphalie...

Ce billet de Richard Labévière, rédacteur en chef de la revue Défense [1] est rediffusé ici avec l'aimable autorisation de son auteur. Paris, le 22 décembre 2009.©

Au delà de tous les commentaires sur les résultats décevants du rendez-vous de Copenhague dont notre revue anticipait, dans sa précédente livraison, quelques causalités organiques, ce réchauffement de l’actualité internationale autour de l’un des enjeux mondiaux ouvre néanmoins quelques perspectives stimulantes.

En premier lieu, l’événement officialise un lien entre les dangers du réchauffement climatique et l’activité humaine, ce qui n’allait pas de soi ; les données et le cadre de la problématique sont désormais posés et bien posés. Personne, demain ne pourra dire on ne savait pas ! En deuxième lieu, le rendez-vous de Copenhague, qui était la nouvelle grande affaire de l’ONU, a reposé la nécessité de réformer le système des Nations unies. Enfin, dans ce moment de crise du multilatéralisme, on a vu s’imposer un G2 (États-Unis/Chine) rappelant que les affaires importantes de notre monde mondialisé se traitent, que cela plaise ou non, de manière bilatérale.

En dépit de tous les blablas sur la globalisation heureuse ou malheureuse, Copenhague signe le retour d’une imparable logique westphalienne. Mettant fin à la guerre de Trente ans qui a ravagé une grande partie de l’Europe, la paix de Westphalie,[2] accueillie avec un immense soulagement, a apporté une stabilité durable et des principes auxquels les générations suivantes se sont volontiers référées. Par bien des aspects, cette paix fait entrer l’Europe dans la modernité. Elle consacre l’apparition d’une forme de tolérance religieuse, qui signifia aussi la fin de l’unité de la chrétienté. La réorganisation politique de l’espace européen, l’affirmation des États-nations et le respect des entités politiques de plus petites dimensions – l’indépendance des Provinces-Unies et celle de la Suisse sont reconnues par le traité de Münster – constituent d’autres acquis importants de cette paix qui a formé la pierre angulaire de l’Europe pour un siècle et demi.

Ce retour d’histoire est proprement salutaire dans l’actuelle confusion postmoderne génératrice de tous les discrédits envers l’État-nation brocardé au  nom de morales immédiates et formelles comme celles de l’ingérence humanitaire ou des droits de l’homme. A cet égard, Copenhague nous rappelle brutalement que les beaux sentiments ne suffisent pas à modeler les logiques internationales. Mais si la puissance demeure l’un des principaux facteurs de mise en ordre ou en désordre des affaires du monde, elle n’exclut pas pour autant toute tentative de volonté multilatérale.[3] Et ce n’est pas parce que le très falot secrétaire général actuel des Nations unies Ban Ki-moon a failli à sa mission qu’il faut jeter le bébé avec l’eau du bain !

A l’issue de Copenhague, on a entendu des patrons d’ONG, mais aussi des responsables français de haut niveau mettre gravement en cause l’ONU et souhaiter son dépassement pour « inventer autre chose… »

Quoi ? Personne n’est encore en mesure de le dire. Mais au-delà, ou plutôt en-deçà de cette réaction émotionnelle proprement irresponsable, il faut, semble-t-il, rappeler deux évidences cartésiennes : sans son siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU et sa dissuasion nucléaire indépendante, tous deux acquis et imposés par le général de Gaulle, la France ne serait aujourd’hui qu’un petit pays périphérique sans importance. Et chaque responsable français, chaque citoyen devrait avoir à cœur de défendre ce patrimoine diplomatique et stratégique, fondements essentiels de l’histoire de notre pays depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale et de son influence dans le monde.

Certes en crise, certes imparfait (faut-il toujours rappeler que l’ONU n’est pas un gouvernement mondial et qu’elle agit selon le plus petit dénominateur commun de ses 192 États membres), certes en posture de réformes nécessaires et urgentes, l’Organisation des Nations unies demeure, aujourd’hui encore - et plus que jamais - le seul forum mondial légitime. Comme le répète inlassablement notre admirable ambassadeur de France Stéphane Hessel depuis plus de cinquante ans, « malgré tous les revers de l’histoire récente, l’ONU reste indispensable, parce qu’on ne pourra pas inventer autre chose… » A moins que l’on préfère le G2 américano-chinois ou d’autres groupements d’intérêts ad hoc, voire une OTAN globale et occidentale sous tutelle étatsunienne ou des organisations régionales incapables de s’entendre entre elles ?

L’alternative est claire ! Elle se reposera très prochainement lors d’un grand rendez-vous international de l’année 2010 (en mai prochain à New York) pour le réexamen du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP). Les mêmes clivages qu’à l’OMC - fonctionnant aussi par consensus -, les mêmes clivages qu’à Copenhague referont surface. Espérons d’ici-là que les discours français sur les Nations unies se seront recentrés. Espérons d’ici là que soient revisités les enseignements de la paix de Westphalie

Richard Labévière (*)

[1] Billet du rédacteur en chef de Défense, N°143, daté de Janvier-février 2010, revue bimestrielle de l'Union des Associations des Auditeurs de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN), réalisée par des bénévoles, « auditeurs » de l'IH. Abonnements: BP 41-00445 Armées.

[2] La paix de Westphalie désigne les traités signés à Münster et à Osnabrück, le 24 octobre 1648. On peut, notamment consulter 1648, la paix de Westphalie vers l’Europe moderne aux éditions de l’Imprimerie nationale, septembre 1998.

[3] Voir le Grand dossier du N°143 consacré à « L’Afghanistan ambigu ».

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