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Du World Trade Center à Beyrouth

Du World Trade Center à Beyrouth

Ce billet de Richard Labévière, rédacteur en chef de la revue Défense [1] est rediffusé ici avec l'aimable autorisation de son auteur. Paris, le 30 août 2006.©

Lancée par l’administration Bush au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, la « guerre globale contre la terreur » n’a pas eu les résultats escomptés. Déclenchée sous des prétextes fallacieux, la guerre d’Irak est plutôt venue aggraver le phénomène terroriste que le réduire et, sur le terrain militaire, les opérations en Afghanistan marquent le pas, au risque de contribuer à la déstabilisation de la sous-région.

Dernier avatar de cette guerre « globale », la destruction du Liban, menée - elle aussi - au nom de l’éradication du terrorisme a fait du chef du Hezbollah Hassan Nasrallah le nouveau Nasser du monde arabe. Plus d’un millier de victimes, près d’un million de personnes déplacées, une marée noire plus importante que celle de l’Erika - les dommages que devra payer la communauté internationale sont évalués à plus de 10 milliards de dollars après des destructions qui surpassent celles d’une guerre civile de quinze ans – enfin, une nouvelle spirale de haine qui fabrique méthodiquement le « choc des civilisations ». Alfred Grosser : « Avoir été victime ne donne pas le droit de devenir bourreau ».[2]  Hormis ce bilan désastreux, une des causalités de cette nouvelle guerre proche orientale repose sur une idée fausse - totalement fausse - à travers laquelle les politiques occidentales s’embarquent dans de nouvelles croisades autant vaines qu’illusoires, à savoir qu’il y aurait une continuité linéaire entre Al-Qaïda (la nébuleuse Ben Laden), le Hamas palestinien et le Hezbollah libanais. Les attentats du 11 septembre 2001 ont été accompli par une bande de psychopathes qui, au nom de la Oumma (la communauté planétaire des croyants), entend mener une guerre sans concession contre tous les infidèles du monde, au premier rang desquels les Américains. Puisant son inspiration aux sources de l’idéologie de la Confrérie des Frères musulmans et du wahhabisme saoudien, cette guerre sans fin contre les infidèles ne s’appuie sur aucune espèce de revendication territoriale, politique, économique ou sociale. Elle ne repose que sur une stricte séparation entre les croyants et les infidèles.

Les revendications du Hamas et du Hezbollah sont d’une toute autre nature. Que cela nous plaise ou non, le Hamas a remporté les élections législatives palestiniennes qui se sont déroulées sous le contrôle de quelque neuf cents observateurs internationaux. Le Hezbollah dispose de quatorze députés au parlement libanais qui en compte 128 et de deux ministres au sein du gouvernement de Fouad Siniora. Certes, ces deux formations recourent ponctuellement à un modus operandi « terroriste » dans un contexte très asymétrique, conditionné par la poursuite de l’occupation et la colonisation israélienne, mais leurs revendications s’enracinent dans la territorialité d’une terre parfaitement délimitée et cartographiée, selon des exigences politiques, économiques et sociales affichées. Ces données constituent autant de points d’appui pour une négociation sinon un règlement politique.[3]

S’il est parfaitement inconcevable d’envisager toute espèce de négociation avec les adeptes d’Oussama Ben Laden, les responsables du Hamas et du Hezbollah se sont imposés - que cela nous plaise ou non – comme des interlocuteurs incontournables si l’on veut stopper l’engrenage du choc des civilisations. Si l’on ne parle pas aujourd’hui avec le Hamas et le Hezbollah, il faudra compter, demain, avec des factions encore plus extrémistes que ne le sont les « rhizomes » actuels de la nébuleuse Ben Laden. Le fait de parler avec ces formations ne signifie pas une acceptation de toutes leurs exigences, mais constitue la condition nécessaire à la relance d’un processus diplomatique qui, à terme, devra traiter de l’ensemble de l’arc de crises proche oriental dans la globalité de ses articulations et de ses interactivités. Certes, l’application de la dernière résolution 1701 concernant le Liban constitue une des bases de cette relance. Mais sachons bien qu’on ne pourra pas assurer une restauration pleine et entière de la souveraineté du pays du Cèdre sans travailler aussi à l’application des résolution 242, 338, 1515 et suivantes concernant le conflit israélo-palestinien, épicentre de cet arc de crises proche oriental.

On a compris, désormais, qu’il est absurde d’imaginer, à l’instar de tous les idéologues du néo-conservatisme à l’américaine ou à la française, que la route de Jérusalem passait par Bagdad. « C’est plutôt l’inverse qui est vrai. D’où la nécessité impérative de se recentrer sur l’essentiel » souligne l’ancien ambassadeur d’Israël en France Elie Barnavi.[4] Et l’essentiel, comme le rappelait Hubert Védrine au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 à la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies, c’est d’essayer de régler les crises proches orientales au premier desquels le conflit israélo-palestinien. A l’évidence ce règlement ne passe pas par le plan du « Grand-Moyen-Orient » de l’administration Bush. Hubert Védrine encore : « Cette idée de démocratiser le Moyen-Orient, pour sympathique qu’elle paraisse, découle à l’origine de la volonté de nier la question palestinienne et d’échapper à toute négociation avec tout représentant d’une Autorité palestinienne en transformant les pays arabes en démocraties pro-occidentales. Ce tour de passepasse ne marche pas ».

Ce qui peut, peut-être, marcher, c’est la relance de l’application de la Feuille de route et la mise en œuvre du plan Abdallah présenté lors du sommet arabe de Beyrouth d’octobre de 2002 : une normalisation régionale globale s’articulant atour de la création d’un État palestinien.

Richard Labévière

[1] Billet du rédacteur en chef de Défense, N°123, daté de Septembre-octobre 2006, revue bimestrielle de l'Union des Associations des Auditeurs de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN), réalisée par des bénévoles, « auditeurs » de l'IH. Abonnements: BP 41-00445 Armées.

[2] La Croix du 9 août 2006.

[3] Voir le Grand dossier du N°123 consacré à « Téhéran-Tel-Aviv-Beyrouth ».

[4] Le Figaro des 16 et 17 septembre 2006.

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