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La Somalie, théâtre des opérations spéciales...

Cette chronique sur les forces spéciales été publiée dans la revue Défense.[1] Nous la reproduisons ici avec l'autorisation de son auteur, Pascal  Le Pautremat (*). Paris, le 24 octobre 2009.©

Il est urgent que la dérive de la Somalie, qui perdure depuis 1993, revienne au cœur des préoccupations de la communauté internationale, tant la situation y est devenue catastrophique.[2]

Misère galopante, disette constante, famine sporadique et fondamentalisme musulman en pleine conquête ; la Somalie est en effet meurtrie par une situation intérieure des plus désastreuses et en proie à une interminable guerre civile, devenue régionale par le jeu des alliances : Érythrée et jihadistes, en lien de plus en plus solides avec le Yémen, face à un fragile gouvernement provisoire source de préoccupation de l’Éthiopie, des États-Unis et des Européens. Il faut bien admettre que l’attention européenne résulte essentiellement des problèmes inhérents à la piraterie qui déstabilisent l’une des principes routes du commerce international dans le Golfe d’Aden.[3]

Quant au gouvernement du président Charif Ahmed, qui s’accroche à la capitale Mogadiscio, il ne compte plus que sur l’AMISOM et le soutien de la milice Ahlu Sunna Waljamaca, outre l’aide américaine qui s’est traduite notamment par la livraison, dernièrement, de près de 80 tonnes d’armes et de munitions.

Carte du Yémen et de la Corne de l'Afrique

De par les enjeux stratégiques, on peut considérer, d’une certaine manière, que la Somalie représente, pour la Corne de l’Afrique, le pendant de l’Afghanistan pour l’Asie centrale. Point-clé de l’Afrique de l’Est, la Somalie est en effet un axe de pénétration des jihadistes désireux d’étendre leur vindicte vers le Centre et l’Ouest de l’Afrique. De surcroît, les liens des réseaux somaliens avec ceux du Yémen sont de plus en plus tangibles, tout comme il existe des relations occultes avec le Soudan.

  • Les casques bleus pris pour cible

Les pays africains sont de plus en plus soucieux devant la dérive de la Somalie, d’autant plus au regard des problèmes traversés par l’Afrique de l’Est, exposée actuellement à une vague de disettes qui menacent plus de 23 millions de personnes, dont 10 millions de Kenyans et 4 millions de Somaliens, victimes d’une sécheresse qui perdure depuis plus de cinq années. Et les discussions se poursuivaient encore en septembre pour envisager l’envoi de contingents dans le cadre d’opérations de sécurité et de stabilisation. Mais les Occidentaux sont frileux devant une telle perspective : le mauvais souvenir du départ précipité en 1993 des Américains, suite à une médiatisation traumatisante de la « bataille de Mogadiscio » - image de dépouilles de soldats américains meurtries par une foule en furie – demeure dans l’esprit des politiques qui ne veulent en rien renouer avec la situation vécue par Bill Clinton.

Les combattants islamistes, on s’en doute, sont loin d’être favorables à toute nouvelle ingérence étrangère. L’idée de mettre en suspend les hostilités durant le Ramadan a même été rejetée. Les casques bleus de l’AMISOM (African Union Mission Somalia ou Mission africaine de maintien de la paix en Somalie), constituée de soldats ougandais et burundais, sont désormais fréquemment la cible d’embuscades ou d’attaques délibérées. Le 17 septembre, l’une d’elles causait la mort de 17 d’entre eux, dont le commandant en second de l'AMISOM, le général burundais Juvénal Niyoyunguruzua, et quatre civils, tous victimes de deux attentats-suicides à la voiture piégée menés contre le quartier général de l’AMISOM. Les soldats, de surcroit, sont exposés à des attaques quotidiennes et en particulier des tirs de mortiers sur leurs bases. Ces dernières intègrent aussi des acteurs américains sous couvert de sociétés militaires privées, telle que Dyn Corp qui assure largement la logistique de l’AMISOM.

  • Raids des services spéciaux occidentaux

Faute de résultats tangibles de la part des forces conventionnelles, ce sont sur les forces spéciales et les services secrets que s’appuient les autorités politiques occidentales pour obtenir des renseignements déterminants, mener des raids de coercition et neutraliser quelques responsables islamiques.

Les dernières attaques meurtrières des islamistes, en septembre, résonnaient comme une réponse au raid héliporté attribué aux forces spéciales américaines sur le village de Roobow (à 200 km au sud de Mogadiscio) et qui visait notamment le Kenyan Saleh Ali Saleh Nabhan (30 ans), membre de l’organisation islamiste al-Shabaab, affiliée d’al Qaïda. Celui-ci était en effet recherché par le FBI pour avoir participé à l’attentat au camion piégé qui avait touché un hôtel qui appartenait à des Israéliens de Mombasa, au Kenya, en 2002. L’attentat avait causé la mort de 18 personnes. Saleh Ali Saleh Nabhan était également suspecté d’avoir fait tirer au missile sur un avion de ligne israélien décollant de l’aéroport de Mombasa. Il est aussi présenté comme coresponsable des attentats de 1998 contre les ambassades américaines du Kenya et de Tanzanie ; attentats qui avaient provoqué la mort de 229 personnes. Mais vu son jeune âge à l’époque, il faut, toute proportion gardée, s’interroger sur la crédibilité de cette seconde accusation…

Le Boeing 757-300 israélien visé sur l'aéroport Moi International à Mombassa (Kenya)

Toujours est-il que les Américains auraient opéré à partir de quatre à six hélicoptères selon les sources et pris pour cible des 4X4 rapidement immobilisés et leurs occupants tués ou faits prisonniers. On avance ainsi le nom d’Ahmed Ali Godane, l'un des principaux chefs des Shabaabs. Les islamistes auraient tous été récupérés par le commando spécial soutenu par un navire américain en attente au large du littoral et qui aurait assuré le soutien à l’exfiltration de l’ensemble des personnels et de leurs prisonniers.

Une intervention que l’on prête aux seuls Américains mais rien n’est moins sûr… Ce coup d’éclat spectaculaire a paradoxalement réjouit les islamistes somaliens, comme ceux du groupe Ahlu Sunna, qui ne veulent plus d’islamistes étrangers sur le sol, de surcroît à la solde d’Al-Qaida. Pourtant, on peut craindre que cette action spéciale ne vienne compliquer les démarches menées pour obtenir la libération de l’agent de la DGSE aux mains des chahabs depuis le mois de juillet 2009 ; à moins qu’elle ne s’inscrive dans les étapes destinées à le sortir de cette situation particulièrement préoccupante. Les ravisseurs, d’ailleurs, rendaient publiques en septembre leurs conditions soumises au gouvernement français.[4]

En tout cas, la lutte contre la piraterie, les actions spéciales et clandestines, au-delà de leur légitimité, ne peuvent constituer en soi une solution structurelle devant la dérive d’un pays, et les risques de déstabilisation profonde de l’Afrique de l’Est. A l’heure actuelle, le problème reste entier…

Pascal  Le Pautremat (*)

(*) Auditeur à l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN) et Chroniqueur à la revue Défense.

[1] Défense N°142 daté de Novembre-décembre 2009. Revue bimestrielle de l'Union des Associations des Auditeurs de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN). Abonnements: BP 41-00445 Armées.

[2] Voir "Somalie : entre miliciens et influences étrangères" de Pascal le Pautremat.

[3] Lire également "Piraterie maritime : vers un long rapport de force ?" de Pascal Le Pautremat.

[4] Ainsi exigent-ils la fin du soutien au gouvernement somalien et le retrait de tous les éléments français présents dans le pays, des navires français au large des côtes somaliennes, de même que le départ de l’AMISOM.

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