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Les forces spéciales : une spécificité à préserver

Cette chronique sur les forces spéciales été publiée dans la revue Défense.[1] Nous la reproduisons ici avec l'autorisation de son auteur, Pascal  Le Pautremat (*). Paris, le 16 février 2010.©

De manière surprenante, alors que l’étude des Forces spéciales est loin d’être une nouveauté, on observe une nouvelle tendance visant à banaliser leur rôle et à relativiser leur importance stratégique.

Des raccourcis historiques et des erreurs qui tendent à mélanger et déformer la nature des forces spéciales, leurs origines et leur pertinence sans faire distinction entre les pays, sachant que les cultures de forces spéciales sont loin d’être homogènes. Voilà ce à quoi on assiste depuis quelques temps. Cela, évidemment, ne peut que satisfaire ceux qui – phénomène séculaire – sont toujours en butte avec les forces spéciales dont ils ne saisissent nullement la mentalité et la nature propre.

Simplification et dimension générique : deux risques à éviter Il aura fallu que le général Georgelin considère, dans un entretien avec la presse, que les forces spéciales étaient à la mode pour que des analystes interprètent de manière négative cette affirmation qui sous-entendait pourtant une belle nuance. Et certains de conclure que le recours croissant à des forces spéciales répond à la baisse quantitative d’une armée conventionnelle. Ces deux réalités sont pourtant sans lien de prime abord. La baisse régulière des effectifs relève d’un mouvement amorcé – en Europe – à la fin des années 1980 et aujourd’hui bien ancré portant sur la baisse régulière des effectifs des forces armées. Qu’on le veuille ou non, c’est un phénomène qui s’amplifie notamment parce que les nouvelles technologiques et le catalogue de moyens robotisés se déclinent à profusion dans tous les secteurs de la Défense.

Comme dans le domaine civil, en somme, et notamment dans l’industrie depuis près de 30 ans, au détriment, rappelons-le, du facteur humain. Pour autant, les forces spéciales ne confisquent en rien les capacités combattantes des autres structures militaires. Elles sont autres…

Avec les dérives de la simplification, on peut craindre que ne se profilent des idées inquiétantes, observées sur la blogosphère, selon lesquelles bien des unités conventionnelles peuvent se substituer aux forces spéciales. On ne peut que déplorer de telles conclusions d’autant qu'elles traduisent, d’une certaine manière, la pire des approches du métier des armes qui se résumerait alors à une certaine banalisation et standardisation excessives. Ce qui peut provoquer une véritable dichotomie au sein de l’armée entre troupes régulières et membres de l’Appareil spécial. Et si le malaise grandit, il ne faudra pas s’étonner de voir encore plus d’anciens membres des forces spéciales gagner la sphère des sociétés militaires privées anglo-saxonnes. La situation est déjà notable en la matière… Les intéressés contournent en effet l’écueil de l’âge limite ou de réaffectations peu excitantes, au profit d’entreprises où les contrats leur permettent de bénéficier de bons équipements et matériels, de salaires confortables et, surtout, d’entretenir leur esprit de corps si particulier.

La logique de recourir à des hommes rompus à une psychologie et des méthodes propices à l’intervention en groupe restreint, avec des équipements et des finalités exceptionnelles, a traversé les âges. Elle se perpétuera bien après nous.

Les forces spéciales n’échappent pas à l’imprégnation des atouts technologiques mais ceux-ci restent au service de leurs missions ; ils ne substituent pas encore à eux. Par contre, leur recours va s’inscrire dans un environnement où la robotisation, progressivement, va se substituer à nombre de combattants des troupes régulières. En définitive, on évolue doucement – et cela va prendre des décennies sinon un siècle – vers des formats d’armées réduites, où les effectifs humains s’effaceront devant la Machine qui se déclinera en blindés intelligents, transporteurs de personnels, antennes chirurgicales autonomes, reliés entre eux par des systèmes de communication et mus par une intelligence artificielle intégrant des données tactiques.…

Quoiqu’il en soit, l’appartenance aux forces spéciales ne s’improvisera jamais. Elle se mérite et surtout correspond à la mise en valeur de données individuelles tout à fait exceptionnelles. Et la lutte contre la piraterie est encore là pour nous le rappeler. C’est d’autant plus important de le souligner que l’action militaire présente toujours des paramètres qui, en dépit de toutes les précautions, n’occultent pas un aboutissement aléatoire.

  • Les aléas de la guerre : Exemple :  la piraterie

Le début de l’année 2010 est ainsi marqué par un rythme toujours aussi soutenu d’interventions destinées à contrecarrer les actes de piraterie. Avec un succès qui est loin d’être préétabli. Contrairement, à ce que l‘on pourrait penser, l’éventuel échec d’une mission n’incombe pas nécessairement aux seuls militaires.

Il peut aussi relever du manque de détermination du politique, au bout de la chaîne de commandement. C’est ce qui est arrivé il y a quelques semaines à des forces spéciales britanniques qui s’apprêtaient à lancer, en janvier dernier, une opération de vive force pour récupérer deux concitoyens retenus en otages.[2]

Le SBS (Special Boat Service) n’aurait pu intervenir en raison, selon la presse britannique, et notamment la BBC, de problèmes techniques et d’une erreur dans le processus de décision.

Depuis, les deux Britanniques seraient retenus sur des sites distincts, les pirates ayant redoublé leur vigilance face à un risque d’opération.

Dispositif Atalante

A l’inverse, des missions peuvent sembler plus transparentes, presque normales voire coutumières. Début février, dans le cadre de la force navale européenne de lutte contre la piraterie dans le Golfe d'Aden, l'Opération Atalante,[3] on apprenait ainsi que des forces spéciales danoises avaient réussi à libérer les 25 membres d’équipage d’un navire slovène, l’Ariella en provenance des Antilles (pavillon d’Antigua-et-Barbuda) arraisonné par des pirates. Un succès opérationnel et international (une frégate danoise, l’Absalon, un navire de soutien russe, le Neustrashimyy, et un navire français), qui s’est déroulé au large de Bossaso et dont s’est félicitée l’OTAN. Mais ce succès ne pourrait faire oublier que près de 300 marins sont encore détenus par des pirates somaliens. Et en dehors des arcanes diplomatiques, qui d’autres que les forces spéciales et les services secrets – à moins d’être freinés par les paramétrages technocratiques et bureaucratiques – sont en mesure de les sauver ?

Pascal  Le Pautremat (*)

(*) Auditeur à l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN) et Chroniqueur à la revue Défense.

[1] Défense N°144 daté de Mars-avril 2010. Revue bimestrielle de l'Union des Associations des Auditeurs de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN). Abonnements: BP 41-00445 Armées.

[2] Un couple de Britanniques, Paul et Rachel Chandler, capturés au large de Seychelles, sont en effet retenus depuis le mois d’octobre 2009. Les pirates demandent près de sept millions de dollars contre leur libération.

[3] Opération Atalante : L'Union européenne mène depuis le 8 décembre 2008 une opération militaire pour contribuer à la dissuasion, à la prévention et à la répression des actes de piraterie et de vols à main armée au large des côtes de la Somalie.

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