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Quelle est la place du Soldat dans la société

Quelle est la place du Soldat dans la société, aujourd'hui en France ? (3)

Redéfinir clairement la spécificité du soldat au regard de la société civile

Le dernier bulletin de l'ASAF, l'Association de soutien à l'armée française,[1] reprend des extraits d'un important colloque qui s'est tenu à l'Assemblée nationale le 9 décembre 2010, consacré à « la place du Soldat dans la société, aujourd'hui en France ». Pour introduire un débat de fond et l'enrichir de diverses réflexions, nous reprenons ici avec l'autorisation de l'ASAF des extraits diffusés dans son numéro de Printemps 2011. Après le discours inaugural du président de l'Assemblée Nationale, Bernard Accoyer et le compte rendu des débats par François Torres, cette troisième partie est un résumé de l'intervention [2] du général Bertrand de La Presle (2S), ancien Commandant de la FORPRONU et gouverneur des Invalides (1er janvier 1997 - 30 juin 2002) qui traite de « l'évolution du cadre sociétal dans lequel évolue le soldat aujourd'hui.» Le regard que la société française porte sur ses soldats a changé, mais une indifférence certaine n'explique pas tout. Avec l'autorisation de l'ASAF, qui est bien sûr en pointe sur ce problème, nous souhaitons ouvrir un "grand dossier" pour mieux nourrir un débat qui nous paraît nécessaire. Paris, le 15 mars 2011.

  • L'image historique du soldat s'est profondément modifiée

Tout au long des siècles passés, les armées ont forgé la Nation et constitué l'ultime garant de son existence. C'est donc avec raison que les militaires siégeaient dans les institutions nationales les plus éminentes et que la carrière militaire proposait un ascenseur social envié. La Nation était tout naturellement proche de son armée sur qui reposait, en dernier recours, son destin.

La guerre froide et la dissuasion nucléaire, les guerres de décolonisation ont commencé à distendre ce lien existentiel, tendance que le dégel géopolitique consécutif à la chute du mur n'a fait qu'amplifier. D'autant que la mondialisation conforte nos opinions publiques dans l'idée que l'identité nationale n'est désormais plus seulement garantie par le soldat, mais par bien d'autres facteurs.

Parallèlement s'est développé le sentiment que la sécurité, désormais élevée au rang de principe primordial, reposait sur de multiples paramètres, mais de moins en moins sur la défense armée. Aujourd'hui, les risques qui menacent l'identité nationale relèvent largement de réponses civiles et non plus strictement militaires: immigration mal maîtrisée, crise financière et sociale, cybercriminalité, inégal partage des ressources, déséquilibres démographiques, réchauffement climatique, et autres éléments potentiellement belligènes.

La fonction du soldat s'est banalisée, son image s'est profondément modifiée sous la pression d'évolutions multiples de nature conceptuelle d'abord: réticence à utiliser le terme et la notion de guerre; développement du « soldat de la paix » qui fait disparaitre la notion d'ennemi, et donc aussi celle de victoire militaire; doctrine du « zéro mort » qui transforme les pertes en victimes d'accidents du travail privées du qualificatif de héros; internationalisation de nos engagements, qui éloigne nos soldats de l'horizon national; continuum sécurité-défense présenté par le nouveau Livre blanc qui n'aide pas à clairement distinguer ce qui caractérise la défense par rapport à la sécurité.

Parallèlement, d'autres évolutions contribuent à dévaloriser l'image du soldat: des budgets de défense qui finissent parfois par être traités comme des variables d'ajustement; des impératifs économiques et financiers à l'origine d'efforts tous azimuts de recherche d'économies de court terme, poussés sans que soient toujours privilégiés les paramètres liés à l'efficacité opérationnelle; externalisation de diverses fonctions qu'assumait le soldat; civilianisation accrue des formations militaires; absence des thèmes relatifs à la Défense dans les débats électoraux comme d'ailleurs dans l'enseignement, de sorte que l'on peut accéder aux plus hautes responsabilités civiles sans aucune connaissance sérieuse des problèmes de défense.

L'image du soldat est aussi brouillée sur le terrain opérationnel autant par la disparition des lignes de front des conflits asymétriques, tous risquent leur vie, que par le développement de sociétés militaires privées de plus en plus lourdement équipées de matériels de guerre.

D'autant que sur le territoire national l'émigration de la Gendarmerie, pour emploi, vers le ministère de l'Intérieur, la réduction drastique du nombre des implantations militaires, le peu de troupes et de matériels disponibles en métropole et l'absence de contenu réel de la réserve citoyenne confortent le sentiment que le ministère de la Défense n'est pratiquement plus impliqué dans la protection quotidienne de nos concitoyens sur le territoire national. Et ce n'est pas Vigipirate qui modifie en profondeur cette perception.

La société évolue; elle associe désormais les militaires à la tendance générale à une judiciarisation croissante; elle génère une certaine dégradation de la condition militaire aggravée par la fréquence des mutations des cadres des armées qui rend fragile l'accès des ménages au double salaire. Parmi les plus brillants de nos jeunes qu'attiraient autrefois des carrières militaires, plusieurs s'orientent désormais vers des voies civiles.

Les images le plus souvent données par les Anciens Combattants et par des commémorations inscrites dans le cadre du « Devoir de Mémoire » paraissent trop souvent liés à des défaites ou à des pertes humaines insupportables. Elles sont imputées à l'absurdité de la guerre plutôt qu'à la promotion de l'engagement et du sacrifice qui mérite l'hommage de la Nation. Il est capital et urgent de vivifier les conditions dans lesquelles s'exerce ce Devoir de Mémoire.

Il faut enfin et surtout prendre acte de l'éloignement croissant entre  les valeurs individualistes et consuméristes de la société civile, notamment la jeunesse, et les vertus spécifiques d'esprit de corps et de sacrifice constitutives de l'état militaire.

Bien d'autres évolutions récentes pourraient être citées qui montrent que l'image du soldat n'est aujourd'hui plus valorisée comme elle l'était hier. Le lien entre la Nation et son armée est désormais assez ténu et artificiel. Sa bonne image dans les sondages paraît ainsi davantage due à une large indifférence qu'à un véritable soutien de l'opinion publique.

  • Pourquoi et comment replacer le soldat à sa place au sein de la Nation?

Pour pallier la banalisation [2] de l'état militaire et la baisse qualitative du recrutement qui s'ensuit, il paraît essentiel et urgent de définir clairement la spécificité, y compris statutaire, du soldat au regard de la société civile et des métiers de la sécurité, pour en tirer les conséquences.

L'essentiel est de redonner tout son sens à la vocation du soldat qui doit incarner la Nation dans l'usage maîtrisé de la force qui s'impose lorsque ses intérêts, vitaux ou majeurs, sont menacés.

On s'attachera donc à répondre aux questions suivantes:

  • Quelle est la spécificité fondamentale qui distingue le soldat d'autres serviteurs de la sécurité et d'acteurs civils du champ de bataille?
  • Quelles sont les conditions requises pour que la France confie une mission à ses soldats?

La première semble évidemment être que la cause que défendront ces soldats soit telle que la Nation estime qu'elle mérite qu'ils y sacrifient leur vie. Les pertes devront donc être accueillies non comme une occasion de compassion et d'émotion, mais comme le tribut versé, dans l'honneur et la fidélité, et honorées comme telles.

  • Comment promouvoir chez nos soldats comme dans l'opinion publique ces notions de respect de l'engagement, du sacrifice, de l'usage maîtrisé de la force?
  • Quelles doivent être les conséquences incontournables des spécificités du soldat, en matière de condition militaire et de statut? 
  • Comment redonner vigueur et force à l'exercice du Devoir de Mémoire? Que soit surtout enseigné et honoré un « minimum vital citoyen» explicitant les valeurs qui ont justifié l'engagement et le sacrifice à la Nation d'un destin personnel.

Pour conclure, les réponses ne peuvent être qu'essentiellement politiques. Elles devraient aussi s'inscrire dans une démarche partagée par nos principaux alliés. Dans cet esprit, on ne peut que se féliciter que l'Assemblée européenne de sécurité et de défense ait récemment demandé au Conseil Européen de contribuer à promouvoir le lancement d'un nouveau prix européen annuel pour le Civisme, la Sécurité, et la Défense.

Bertrand de la Presle

[1] Pour mener son combat, l'association ne sollicite aucune subvention officielle mais reçoit les dons. Le Bulletin de l'ASAF (N°90 - Printemps 2011) peut être commandé pour la somme de 5 € (port compris) à: l'ASAF, 18 rue de Vézelay, 75008 Paris.

[2] Voir le Texte intégral de l'intervention du général Bertrand de la Presle (2S) sur le site "Chemin de mémoire des Parachutistes".

Voir sur ce même dossier consacré à la place du Soldat dans la société, aujourd'hui en France :

 


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