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La sortie de crise au Sahel passe par une refondation de la relation franco

La sortie de crise au Sahel passe par une refondation de la relation franco-algérienne

Cette analyse reprend l’essentiel des éléments d’une intervention faite à Alger par Richard Labévière le 3 juin 2012 à l’initiative de l’Institut national des études de stratégie globale (INESG). Spécialiste des questions diplomatiques et expert du monde arabo-musulman, Richard Labévière [1] est rédacteur-en-chef du site espritcorsaire.com (Observatoire de la défense et de la sécurité). Cartes Hugues Dumont. Paris le 18 juin 2012.©

Richard Labévière -- Photo © Joël-François Dumont.

Richard Labévière

Les derniers événements survenus dans la région sahélienne s’inscrivent dans l’arc traditionnel des crises méditerranéennes. A titre de rappel, on peut les formaliser à travers cinq dimensions constitutives d’une « zone grise » :

Premièrement, on finit toujours par revenir aux effets déstructurants du conflit israélo-palestinien dont le dernier avatar concerne les gisements gaziers disputés - dits du « Léviathan » - dans les eaux territoriales libanaises.

Deuxièmement, nous avons la question de Chypre qui met aux prises Turcs et Grecs depuis 1974 avec sa ligne verte qui coupe l’île en deux, la fameuse « ligne Attila ».

Troisièmement, la question du Sahara occidental qui n’est pas directement méditerranéen, mais qui bloque, qui empêche, l’émergence d’une Union du Maghreb unifié.

Quatrièmement, nous avons tous les flux du crime organisé, drogues, armes et êtres humains dont le port de Tanger constitue l’une des principales têtes de pont.

Enfin, cinquièmement, nous avons tous les produits dérivés des « mal nommées « révolutions arabes », en provenance de Tunisie, d’Égypte, du Yémen et de Libye.

Cette cinquième menace - service après-vente des dites révolutions arabes - fonctionne désormais comme le catalyseur de toutes les autres. Elle s’impose, en tout cas, comme la contradiction principale d’un espace méditerranéen plus que jamais problématique.

 

Le Sahel s'étend entre le Sahara au nord, les savanes du domaine soudanien au sud et d'est en ouest, de l'Atlantique à la mer Rouge

On assiste à un grand basculement « géographique » qui fait - qu’en termes sécuritaires - la région sahélienne est en train de basculer dans la Méditerranée en devenant la principale de nos préoccupations de proximité.

Par conséquent, il s’agit de se concentrer sur ce grand chambardement géographique et géopolitique, avant de revenir sur les sorties de crises possibles…

I) Trois niveaux de menaces

Il y a d’abord le triptyque criminalités/ rébellions/ et terrorisme sur lequel prospèrent trois géopolitiques morbides et anomiques qui se superposent – celle des États dits « faillis » permettant le développement de différentes formes de crime organisé ; celle des rébellions et des irrédentismes qui contestent les frontières stato-nationales et, enfin, celle du salafisme armé.

Ces trois géopolitiques prospèrent de manière « interactive ».

Il y a, ensuite, cette fameuse « coupure libyenne », convergence de deux dynamiques : les mal nommées « révolutions arabes » et la dernière guerre néo-coloniale de Benghazi, trop hâtivement baptisée « guerre humanitaire ».

Enfin, face à la nouvelle configuration de menaces qui s’est redéployée, notamment à la faveur du coup d’État survenu au Mali, il s’agira d’examiner quelques perspectives de gestion de crise, sinon de ripostes, face à cette « triple géopolitique morbide ».

A) Des difficultés d’affirmation d’une souveraineté nationale effective : [2]

Comme le suggère, notamment l’instrumentalisation par les trafiquants ou les salafistes de certains Touaregs et Harratines - ces Noirs arabisés de Mauritanie, d’origine esclave - et d’une jeunesse désœuvrée, les questions de sécurité au Sahel sont indissociables de celles liées à l’ordre social et économique, c'est-à-dire à la gouvernance politique locale.

Rebelles touaregs retranchés dans leur base de Tigha (Nord de Kidal/Mali dans la région Adrar des Ifora). Photo © Patrick Robert.

Rebelles touaregs retranchés à Tigha (Nord de Kidal/Mali : région Adrar des Ifora)

La Mauritanie, le Mali et le Niger, en tant que Pays les moins avancés (PMA), ont des difficultés assez semblables à fournir des services de base à une population en rapide croissance et disséminée sur des territoires immenses. Chacun de ces trois États, avec près d’un million de Km2, dont la moitié nord est désertique, pourrait contenir trois fois le territoire de l’Allemagne.

Or, cette portion septentrionale où opèrent trafiquants, rebelles et terroristes, est précisément celle dont les habitants ont le moins de raisons d’être coopératifs avec leur gouvernement.

C’est justement ces populations qui ont le plus d’intérêts à tirer profit des opportunités matérielles offertes par les différents concurrents de l’État.

Parfois, comme au Mali et au Niger, la raison en est le clivage entre sédentaires du Sud et nomades du Nord. Dans la plupart des situations, il s’agit de la mutation de sociétés nomades avec son corollaire d’insatisfaction parmi une jeunesse désœuvrée. Partout, le sentiment de délaissement est palpable, comme le montra de manière anecdotique une levée de drapeaux maliens dans une petite ville des confins mauritaniens en 2007.

A terme pour les États sahéliens, le risque réside aussi dans l’occupation du champ social par les acteurs islamistes, comme par exemple l’Izala au Niger, qui cible le secteur éducatif et sanitaire, occupant ainsi l’espace délaissé par un État qui a du mal a renforcer ses capacités à hauteur des exigences requise par la poussée démographique (3% par an, c'est-à-dire un doublement de la population tous les 15 ans).

Rebelles touaregs retranchés à Tigha (Nord de Kidal/Mali : région Adrar des Ifora) -- Photo © Patrick Robert.

Rebelles touaregs retranchés à Tigha (Nord de Kidal/Mali : région Adrar des Ifora)

De fait, l’enjeu central est ici la capacité et la volonté du Niger, du Mali et de la Mauritanie à assurer une présence de l’État au plan sécuritaire et social dans les domaines de la santé, la justice, l’éducation et les infrastructures. En d’autres termes, il s’agit autant d’assurer le monopole de la violence légitime de l’État que de rendre palpable le contrat social minimal sans lequel cet État – dont les élites n’émanent guère des périphéries désertiques – a peu de chance d’assurer sa stabilité.

Rebelles retranchements de la base de Tigha -- Photo © Patrick Robert.

Dans la situation actuelle, la notion d’effectivité de la souveraineté renvoie à deux types de problèmes : les capacités opérationnelles - matérielles, financières et humaines - des États sahéliens. Le second est politique : dans tout État - à plus forte raison multiculturel - la gestion des affaires publiques doit reposer sur un équilibre garantissant l’intérêt des différents acteurs.

Rebelles touaregs retranchés dans leur base de Tigha (Nord de Kidal/Mali dans la région Adrar des Ifora). Photo © Patrick Robert.

Rebelles touaregs retranchés dans leur base de Tigha (Nord de Kidal/Mali)

Ce problème renvoie à la dialectique centre/périphérie, en l’occurrence entre le « Sud noir » et le « nord blanc », au Mali, au Niger ou à celle entre « tribus » et « régions » en Mauritanie. L’analyse des conditions de l’exercice du pouvoir étatique en Afrique subsaharienne - et l’une des causes de la faillite de l’installation de structure régaliennes stables - tend à démontrer que le fond du problème semble être le sous-investissement des autorités au profit de leurs périphéries. Cette contradiction centre/périphérie et son inhérente fragilité étatique m’amène à notre deuxième géopolitique morbide.

B) Crime organisé et rébellions :

La nature politique ayant horreur du vide, la situation des « États faillis » de la région sahélienne génère son lot traditionnel de corruption et l’apparition de réseaux d’influences et d’affaires débouchant sur autant d’actions criminelles et d’activités illégales.

Aux activités traditionnelles de contrebande portant sur l’essence, les cigarettes, les voitures, les armes et les munitions s’ajoutent désormais de nouvelles routes de la drogue. Leur cartographie concerne l’ensemble de l’Afrique subsaharienne des côtes de Mauritanie et du Sénégal jusqu’à la Corne voire jusqu’au Yémen voisin.

 

La mondialisation du trafic des narcotiques passe désormais par le Sahel (de l'arabe ساحل sahel signifiant côte ou frontière)

La mondialisation du trafic des narcotiques passe désormais par le Sahel qui est devenu une sorte d’échangeur des routes de la drogue : la cocaïne arrive de Colombie, du Venezuela et du Pérou par les ports du Cap-Vert, de Guinée-Bissau, du Sénégal et du Nigeria. L’héroïne, elle, vient de l’Asie, du Triangle d’or ou du Croissant d’or et transite par la Corne de l’Afrique. La confluence de ces deux cheminements se fait au Sahel d’où la drogue remonte vers le Maghreb en vue d’atteindre le sud de l’Europe occidentale.

Photo © Patrick Robert

La grande nouveauté est cependant la montée en puissance de l’Afrique de l’Ouest comme zone de transit et de redistribution, principalement le long du golfe de Guinée où le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Togo, le Nigeria et, plus à l’ouest la Guinée, la Sierra Leone et le Liberia sont en première ligne. Outre la volonté des cartels colombiens de conquérir de nouveaux marchés, la multiplication des opérations répressives dans l’Atlantique Nord, notamment de l’Espagne aux larges de la Galice, a certainement joué un rôle en poussant à concevoir ces nouvelles routes.

Rebelles touaregs patrouillant dans la région Adrar des Ifora. Photo © Patrick Robert.

Rebelles touaregs patrouillant dans la région Adrar des Ifora. Photo © Patrick Robert.

Les cartels ont commencé à utiliser l’Afrique de l’Ouest comme lieu de stockage et à établir des connexions maritimes et aériennes directes, illustrées par les nombreuses pistes d’atterrissage clandestines en Guinée-Bissau.

Photo © Patrick Robert

Il faut également souligner l’impressionnant redéploiement du terminal marocain, le Maroc étant aujourd’hui le principal exportateur de résine de cannabis vers l’Europe, dont les réseaux bien rodés servent tout autant à la cocaïne.

Les rébellions successives nous ramènent à l’épicentre malien : le Mali agrège deux régions hétérogènes, unies seulement par le fleuve Niger et l’Islam (95%). Le Sud, humide où dominent les Bambaras (groupe malinké aussi présent en Côte d’Ivoire et en Guinée), est polarisé sur l’arc Dakar-Conakry-Abidjan.

Rebelle touareg dans le Nord Mali (Région Adrar des Ifora) -- Photo © Patrick Robert.

Rebelle touareg dans le Nord Mali (Région Adrar des Ifora) -- Photo © Patrick Robert.

Le Nord, aride mais au sous-sol riche, regarde vers le sud-algérien et le Niger. Il abrite des groupes « blancs » (Touaregs, Arabes, Berrabiches) et « noirs » (Songhaï, Soninkés, Peuhls et Bellas).

Le déploiement militaire des autorités maliennes issues de l’indépendance, après le retrait de l’armée française, a été – dès l’indépendance – vécu au Nord comme une nouvelle occupation.

La solution trouvée aux révoltes de 1962/63 est uniquement militaire et s’est caractérisée par une violence qui allait marquer, pour longtemps, les populations du Nord comme du Sud et conduire une partie des Touaregs à l’exil.

L’originalité de l’accord mettant fin à la rébellion de 1991/92 – le Pacte national – tient au statut particulier qu’il doit accorder aux provinces du Nord.

Avec les rebelles Touareg, au nord du Mali (Région Adrar des Ifora). LTC Hassan Fagaga, chef militaire de la rébellion (Chèche beige) -- Photo © Patrick Robert.

LTC Hassan Fagaga, chef militaire de la rébellion (Chèche beige) -- Photo © Patrick Robert.

Avec les rebelles Touareg, au nord du Mali, (Adrar des Ifora). LTC Hassan Fagaga, chef militaire de la rébellion (chèche beige) -- Photo © Patrick Robert.

Ses dispositions sécuritaires - confortées par les Accords d’Alger de 2006 qui mettent fin à une troisième rébellion – prévoient une démilitarisation du Nord, compensée par la création d’ « unités spéciales » mixtes composées en grande partie de Touaregs.

Mais, les rares « unités spéciales » créées sont restées sous-équipées, témoignant de la méfiance profonde existant entre le Nord et le Sud.

 

La déception du Nord est à la hauteur de l’espoir suscité. La non-application des Accords d’Alger est, de fait, devenu un thème récurrent au Nord. Une nouvelle crise survient à la veille des élections présidentielles et législatives d’avril et juillet 2012.

Sa virulence capitalise sur l’impact du conflit libyen qui aguerri les combattants touaregs partis aider Kadhafi – parrain historique de leur communauté – tandis que la chute de Tripoli provoque le repli au Nord-Mali d’unités touarègues de l’armée libyenne, surarmées grâce au pillage des arsenaux libyens.

Iyad Ag Ghali, Porte-Parole de la rébellion -- Photo © Patrick Robert.

Iyad Ag Ghali, Porte-Parole de la rébellion -- Photo © Patrick Robert.

Cette crise va de pair avec une évolution du leadership interne touareg.

Alors que l’Alliance du 23 mai était dominée par les Ifoghas d’Iyad ag Ghali, le MNLA dont le socle est Imghad et pro-libyen, développe un argumentaire rassembleur pour obtenir le respect par Bamako des doléances de l’ensemble des groupes du Nord, « blancs » comme « noirs ».

Iyad ag Ghali coexiste avec les formations touarègues sans les rejoindre...

Les Touaregs ont, à chaque rébellion, entretenu des relations complexes avec les autres communautés – Songhaïs et arabes – faites tantôt d’alliances ou de confrontations violentes.

Les autres communautés du Nord ont été instrumentalisées par l’État, qui a toujours encouragé la constitution de milices songhaïs et arabes.

Dans la crise actuelle, ce qui reste de l’État, use de la même stratégie.

Rebelles touaregs dans leurs retranchements (Tigha/Nord de Kidal) -- Photo © Patrick Robert.

Rebelles touaregs retranchés à Tigha (Nord de Kidal) -- Photo © Patrick Robert.

Mais le mouvement semble avoir tiré la leçon des erreurs passées : il dit ne pas être un mouvement touareg mais représentatif de l’ensemble des communautés du Nord-Mali.

Ainsi, la rébellion vit un moment historique de restructuration, persuadée qu’elle peut s’imposer face à Bamako.

C’est ainsi que naît, en octobre 2011, le MNLA (Mouvement national pour la libération de l’Azawad).

Et c’est tout le sens de la dernière proclamation d’un État islamique de l’Azawad. Nous touchons à notre troisième géopolitique morbide…

C) Le salafisme armé :

Pur produit de la décennie sanglante algérienne (1988/98), Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) est le principal acteur du salafisme sahélien. AQMI, combien de divisions ? Désormais quelque 2000 fusils…filiation directe de la décennie sanglante algérienne successivement dominée par le FIS et les GIA – les Groupes islamiques armés – constitués d’Aghans, d’Algériens partis se battre contre les Soviétiques en Afghanistan et de retour au pays à partir du début des années 90.

En 98, Hassan Hattab, ancien cadre des GIA fonde le GSPC (Groupe salafiste pour la prédication et le combat). Entre 98 et 2003, le GSPC fédère la quasi-totalité des islamistes algériens, progressivement repoussés vers le sud, au Niger, au Mali et en Mauritanie.

La première grande scission intervient en 2003 à propos de la guerre d’Irak. Le GSPC se divise entre l’aile « localiste » pour le renversement du gouvernement d’Alger et l’aile « internationaliste » prônant un jihad global. Cette jeune génération menée par Abdlemalek Droukdal prend la direction du GSPC en septembre 2003.

Le 11 septembre 2006, Droukdal proclame l’allégeance du GSPC à Al-Qaïda, Mais très vite des conflits d’intérêts opposent les deux groupes opérant au Sahel.

Historiquement, les réseaux jihadistes du Sahara étaient sous le contrôle incontesté de Mokhtar ben Mokhtar, ancien Afghan qui règne sur les trafics de cigarettes, d’armes et de migrants illégaux. Ces « petits commerçants » vont se heurter à une Katiba plus petite et plus à l’Est : celle d’Abou Zeid.

Frustré de ne pas être un ancien d’Afghanistan, Abou Zeid cherche à augmenter son prestige en ciblant des intérêts occidentaux. Il rêve de s’imposer comme le seul émir du Sahel en supplantant Droukdal et Belmokhtar. Cette rivalité explique l’émergence d’un nouvel acteur sous les ordres d’Abou Zeid, à savoir Abou Abdelkrim qui détient une partie des otages d’AREVA et qui a surtout la particularité d’être malien.

Abdelhamid-Abou-Zeid : le "Ben Laden du Sahara". L'assassin de Michel Germaneau est à l'origine de la plupart des enlèvements perpétrés au Sahel -- Capture d'écran E/S.

Abdelhamid-Abou-Zeid : le "Ben Laden du Sahara". L'assassin de Michel Germaneau est à l'origine de la plupart des enlèvements perpétrés au Sahel.

Abou Zeid comme d’autres chefs d’AQMI se sont mariés avec des femmes touarègues. Cette « africanisation » d’AQMI est confirmée par l’arrivée récente d’activistes du Nigéria, notamment des écoles coraniques de Kano (nord du Nigéria).

Après de sérieux revers militaires, ces différents groupes se sont redéployés et recomposés au Sahel implantant un sanctuaire au cœur du pays touareg. Celui-ci s’est graduellement enraciné en fragilisant l’assise sociale des tribus touarègues.

Début 2011, inspirée par les événements de Tunisie, une partie de la jeunesse touarègue se mobilise en créant le MNA (Mouvement national de l’Azawad) pour « démocratiser » l’administration du Nord-Mali. La crise libyenne donne une autre ampleur à la contestation. Les factions touarègues alliées à Khadafi rentrent au pays surarmées, mais surtout déconnectées des réalités maliennes. C’est alors que naît en octobre 2011 le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA).

Le sentiment dominant au sein du MNLA mise sur la lutte armée et le départ du président malien ATT. La rébellion reprend le 17 janvier 2012 à Menaka dans l’Est et s’étend à tout le nord du pays. Dans ce contexte apparaît Ansar Eddine (les partisans de la religion) dirigé par Iyad ag Ghali qui a été diplomate et dont la formation islamiste s’est effectuée dans une madrassa de Djeddah en Arabie saoudite.

Iyad ag Ghali noue des liens avec les différents chefs d’AQMI dont Abdelkrim « le Touareg ». Avec l’aide d’AQMI, il commet les exactions sanglantes d’Aguelok, l’un des événements fondateurs du coup d’État de Bamako. En mai dernier, après trois semaines de négociation à Gao, le MNLA et Ansa Eddine annoncent avoir conclu un accord pour proclamer l’Azawad - État indépendant - avec la création d’un « Conseil transitoire de l’État islamique de l’Azawad ». A Gao, comme à Tombouctou, l’accord est accueilli par des tirs en l’air…

Autre composante du salafisme armé sahélien : le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO), constitué d’activistes mauritaniens et algériens, rescapés des différentes Katiba des GIA et GSPC. Ce dernier groupe est, semble-t-il, une scission de la branche « affairiste » d’AQMI de Mokhtar ben Mokhtar. MUJAO attaque la base algérienne de Tamanrasset et revendique l’enlèvement de sept diplomates algériens à Gao en mai dernier.

On peut résumer cette segmentation salafiste sahélienne de la manière suivante : une frange des Touaregs du MNLA, le canal historique d’AQMI, Ansar Eddine et MUJAO répondent, désormais à une chaîne de commandement unique. Celle-ci remonte à Cheikh Abou Yahya al-Libi, le numéro trois d’Al-Qaïda centrale qui est l’adjoint de l’Égyptien Ayman al-Zawahiri en Afghanistan. Dernièrement, Al-Libi aurait été victime d’un tir de drone à la frontière du Pakistan.

Ensuite, on redescend sur les niveaux de commandement d’AQMI avec Droukdal et Nabil Makhloufi, puis au niveau des trois branches (Abou Zeid, Mokhtar et MUJAO). A noter que le frère d’Al-Libi - Abdul Wahab al-Kayed – n’est autre que le chef de la brigade libyenne des frontières, en cheville avec le salafiste Abdel Alim Belhadj, berbère du djebel Néfoussa, actuel gouverneur militaire de Tripoli…

II) La coupure libyenne

Cet événement procède de deux dynamiques : les mal nommées « révolutions arabes » et la dernière « guerre humanitaire » de l’OTAN.

Concernant les « révolutions arabes », il faudrait tordre le cou à une idée fausse d’autant de « 1789 arabes », pour restituer ces mouvements dans leurs configurations plus réelles de « révolutions de palais ». En Tunisie, le chef d’état-major et le ministre de la défense ont refusé d’utiliser la force contre les manifestants, permettant ainsi le départ de Ben Ali. En Égypte, un processus similaire a été favorisé par les États-Unis. Le 4 février 2011, Barack Obama déclare : « je pense que le président Moubarak tient à son pays. La principale question qu’il devrait se poser maintenant est celle de savoir comment laisser derrière lui un héritage qui permette à l’Égypte de surmonter cette période de transformation. Et j’espère qu’il prendra la bonne décision ». Le 10 février, la Maison Blanche remet le couvert pour que Hosni Moubarak s’en aille alors qu’il a seulement transmis le pouvoir à son vice-président Omar Souleimane.[3] Le lendemain, le Raïs plie bagage… Autant dire qu’on peut qualifier ces « révolutions arabes » de l’adage de Thomas di Lampedusa qui fait dire à son héros du Guépard : « tout changer pour que rien ne change… »

A) Les conséquences de la résolution 1973 :

Selon l’ancien ministre de François Mitterrand Hubert Védrine, la résolution 1973 « pour intervenir en Libye (est) une réussite française, grâce à Alain Juppé, qui – à la fin – a remis notre diplomatie d’aplomb ».[4] Rien de moins… Un jour, les historiens diront que pour protéger 20.000 personnes insurgées en Cyrénaïque, la France a pris la lourde responsabilité d’engager une guerre dont le bilan est estimé, par plusieurs ONG, entre 50 et 100.000 victimes. Quant à « la diplomatie d’aplomb », c’est à voir…

Hormis le fait qu’il fallait effacer les facéties de Michèle Alliot-Marie en Tunisie et l’inertie de notre diplomatie en Égypte, l’expédition franco-britannique en Libye relayée par l’OTAN aura trois conséquences politiques majeures : neutralisation de la Feuille de route de l’Union africaine ; installation d’un régime islamique à Tripoli et partition du pays. En outrepassant la résolution 1973 qui instaurait une zone d’exclusion aérienne et la « responsabilité de protéger » des populations, la guerre franco-britannique violait allègrement aussi la résolution 1970 fixant un embargo sur les armes à destination de la Libye. En parachutant des palettes de matériels militaires aux Berbères du Djebel Néfoussa, commandés par un ancien jihadiste, la France a contribué à déséquilibrer durablement les rapports de force de l’ensemble de la sous-région.

Le coup d’État survenu au Mali s’inscrit dans le cadre de ce bilan désastreux : celui du dégel de l’irrédentisme touareg concernant, non seulement le Mali mais aussi le Niger, l’Algérie et la Libye. Les Touaregs du MNLA de la région de l’Azawad, dont certains avaient combattu pour le régime de Mouammar Kadhafi, ont opéré une double jonction opérationnelle avec les kataëb d’AQMI (Al-Qaïda au Maghreb islamique) et d’Ansar-Dine, autre groupe islamiste contrôlant trois villes proches de la frontière algérienne Tinzawaten, Tessalit et Aguelhok. Dans cette dernière localité, plusieurs dizaines de soldats maliens faits prisonniers avaient été abattus d’une balle dans la nuque ou égorgés à l’arme blanche.

Ainsi, les mutins ayant renversé le président malien Amadou Toumani Touré, qui avaient commencé par manifester dans la caserne de Kati (ville garnison à une quinzaine de kilomètres de Bamako), réclamaient armes et équipements pour s’engager efficacement contre la rébellion touareg. Cette déstabilisation du Mali ne sera pas le seul produit dérivé de l’intervention de l’OTAN en Libye. Au-delà de la jonction opérée entre les Touaregs et les islamistes d’AQMI et d’Ansar-Dine, se profilent deux autres articulations : la première apporte un soutien logistique conséquent aux islamistes de Boko-Haram du Nigéria. AQMI dont l’appellation n’a que peu à voir avec la mouvance Ben Laden s’est spécialisé dans l’économie de la prise d’otages, devenue un secteur économique à part entière. Mariés à des femmes maliennes, les dirigeants algériens d’AQMI sont en train de redéployer, sinon d’ « africaniser » leurs activités en créant des joint-ventures avec les madrassas (écoles coraniques) de Kano au nord du Nigéria et d’autres groupes armés de Boko-Haram, eux-mêmes en liaison avec les Shebab somaliens. Ces derniers sont dirigés par des cadres ayant fait leurs classes au Soudan et entretiennent des appuis en Érythrée à travers des ONGs financées par le Qatar…

Quoi qu’il en soit, la guerre de la « famille occidentale » - comme disent les néo-conservateurs américains et français - en Libye aura consolidé une segmentation terroriste et criminogène allant des côtes du Sénégal à la Corne de l’Afrique. Et plutôt qu’une menace fantasmatique d’Al-Qaïda au coin des rues de Toulouse et d’ailleurs, cette nouvelle segmentation de l’Atlantique à la Corne constitue notre « nouvel Afghanistan de proximité », pour reprendre les termes d’un ancien patron de la DGSE. Cette véritable menace demande un vrai traitement, non seulement en matière de renseignement et de moyens de riposte, mais aussi sur le plan diplomatique. Cette dernière exigence passe notamment par une refondation « organique » de la relation bilatérale franco-algérienne et une meilleure coordination avec la Commission de l’Union africaine dont Paris devrait davantage conforter les responsabilités régionales et continentales.

Comme l’écrivaient dernièrement les Amis d’Étienne Pellot :[5] « ces questions rompent avec le politiquement correct dominant. Il faut cesser de se gargariser des grands discours ridicules sur notre « diplomatie universelle » et de nier béatement le déclin de la France dans le monde. Il est temps d’élaborer une doctrine de redressement, fondée sur des analyses géostratégiques tenant compte de la réalité, de nos moyens d’agir, de nos intérêts ainsi que de ceux de nos voisins européens, méditerranéens et africains ».

Apportant un certain démenti à l’optimisme d’Hubert Védrine, le coup d’État au Mali interpelle aussi les candidats à l’élection présidentielle dont les communicants estiment qu’on ne gagne pas par la politique étrangère. Véritable rouleau compresseur, la mondialisation néo-libérale impose simultanément une conception de la France dans le monde et une politique étrangère à usage intérieur. Les historiens diront, peut-être, un jour que pour sauver 20.000 personnes, l’OTAN en a tué 50 ou 100.000…

B) L’imbroglio libyen :

Derna, capitale de l’ancienne Cyrénaïque abrite désormais trois camps d’entrainement où l’on retrouve des activistes salafistes égyptiens, algériens, tunisiens et libyens, avec toutes les variantes de Touaregs. C’est dans ces camps qu’on retrouve des instructeurs Pakistanais venus de Somalie et du Yémen. C’est dans ces trois camps aussi qu’arrive l’aide financière du Qatar par plusieurs ONG dont Al-Hijra (l’Égire), ONG saoudo-qatari.

Le président du Burkina-Faso, Blaise Campaoré, veut détourner AQMI du Burkina en le canalisant sur le Niger. Il s’appuie ainsi à l’est du Niger sur des communautés arabes d’origine libyenne s’adonnant à moult trafics avec le Tchad/Tibesti. Les Toubou alliés à AQMI veulent sécuriser le passage du sud-libyen, passage du Salvador, véritable articulation du dispositif salafiste du Sahel.

Les Touaregs s’articulent en deux groupes de contrebandiers à cheval sur les trois pays sahéliens: 1) Touaregs dans le nord du Niger (Salvador), longeant la frontière algérienne, sud de Gat. 2) Touaregs au sud avec Toubou (Burkina) remontant au nord la route d’Irkou (sud Tchad Tibesti). 3) Tribus arabes, trafics avec le Tchad, armes du Tibesti.

Dans ces différentes régions, se consolident des points de passage et d’appuis avec les populations acquises par mariage, argent, et installation de points d’eau. Une vingtaine de ces points sont identifiés entre Niger et Libye. La carte maîtresse de Blaise Campaoré est son agent pour les questions sahéliennes - Moustapha Chafi - « l’homme qui parle à l’oreille des islamistes ».

Chafi (de père mauritanien et de mère nigérienne) a tenté à plusieurs reprises de renverser le président mauritanien. Blaise Campaoré lui a accordé l’asile politique. Il a participé à la libération des deux otages espagnols. C’est lui qui a négocié et récupéré la rançon en prélevant sa commission. Ce personnage est aussi l’ « agent immobilier » d’Alassane Ouattara le président de Côte d’Ivoire. La DGSE qui le ménageait jusqu’à maintenant, pensant qu’il était une voie d’accès possible à nos otages, a coupé les ponts avec lui, car il demande des sommes astronomiques pour fournir de nouvelles preuves de vie des otages.

III) Que faire ? Gestion de crise et moyens de riposte

Contrairement au dernier titre racoleur du dernier Jeune Afrique « Demain la guerre… », l’Algérie ne souhaite pas une intervention militaire lourde voulue par le président de l’Union africaine, le président du Bénin, Boni Yayi, qui préconise une intervention cadrée par l’UA et les Nations unies.

A juste titre, les Algériens craignent une « Afghanisation » du problème et disent qu’AQMI, Ansar-Eddine (les partisans de la religion) et MUJAO n’attendent que cela pour créer un nouveau front de jihad contre les « croisés de l’Occident ».

A Alger, en rappelant les principes de l’intangibilité des frontières et des souverainetés nationales, on dit vouloir agir dans trois semaines : à cette date, les négociations avec MUJAO qui veulent la libération de jihadistes emprisonnés en Algérie seront terminées. La sécurité militaire algérienne sait parfaitement où ils se trouvent, qui sont les chefs et les femmes des ravisseurs. Ils menacent de déclarer une guerre totale contre MUJAO s’ils ne récupèrent pas leurs sept diplomates. Par ailleurs, les hélicoptères algériens viennent de tuer une vingtaine de membres d’AQMI qui s’étaient infiltrés en Algérie dans la région frontalière de Tinzaouatine.

A une militarisation lourde, l’Algérie préfère un format forces spéciales, voire des opérations d’assassinats ciblés.

La difficulté d’exercer une souveraineté dans un espace marqué par des rivalités entre Subsahariens et par de forte interactions avec l’Afrique du Nord n’est pas inédite.

Elle fut le lot des anciens empires du Sahel – Ghana, Mali, Songhaï et Kanem-Bornou notamment. Elle fut exacerbée par la colonisation et l’éphémère expérience de l’OCRS (Organisation commune des régions sahariennes) d’Houphouët-Boigny.

A partir des années 60, cette difficulté devint celle des républiques fraîchement indépendantes.

A certains égards, les rébellions actuelles au Mali et au Niger renvoient aux soulèvements touaregs des années 1960/70 et 1980/90, ainsi qu’à ceux – plus anciens – telle la révolte contre l’ordre français par la Sanusiyya en 1916.

Résumons en cinq perspectives :

1) Éviter le piège d’une militarisation lourde, ce qui reviendrait à « afghaniser » le problème. AQMI et ses partenaires du Qatar et de l’Arabie saoudite n’attendent que cela.

2) A court terme, sur le plan opérationnel, il s’agit certainement de faire du renseignement, en amont, pour mieux connaître les habitudes et les déplacements des chefs de la mouvance, pour, in fine, monter des opérations de forces spéciales – opérations « go-back » - qui n’ont pas à être revendiquées. Sous d’autres latitudes, les services spéciaux appellent ce genre d’opérations des « assassinats ciblés ».

3) A plus moyen et long terme, il conviendrait d’entreprendre plusieurs opérations de communication pour casser l’image religieuse des groupes. Il s’agit d’amener les responsables religieux locaux à réagir face aux profanations de sépultures de Marabout à Tombouctou et d’insister sur la dimension affairiste et mafieuse des chefs de la mouvance.

4) Encore à plus moyen et long terme, il s’agit de renouveler les Accords d’Alger en consolidant la mise en œuvre de leur volet « développement », notamment concernant des programmes d’irrigation et de routes.

5) Enfin, lancer un grand partenariat pour le Sahara dont l’Algérie pourrait être le pivot central. Cette approche nécessite une refondation des relations multilatérales régionales et la mise en œuvre d’une nouvelle relation Alger/Paris. Désamorcer les suspicions réciproques : la France ne cherche pas à revenir au Sahara pour contrer l’influence algérienne… même si la présence d’AREVA est tout à fait stratégique pour le nucléaire français. On retrouve – ici - les anciennes difficultés des Accords d’Évian concernant le Sahara.

C’est sur cette même question, cinquante ans après, que pourrait se refonder une relation franco-algérienne et algéro-française effective et porteuse d’avenir.

Pour ne pas conclure, disons qu’à plus ou moyen et long terme, l’Algérie pourrait être confrontée à un encerclement salafo-wahhabite (Tunisie, Libye, états sahéliens, voire Maroc). Dans le prolongement des guerres survenues dans la zone afghano-pakistanaise, en Irak, en Libye, puis en Syrie, la zone sahélienne pourrait devenir le théâtre d’un nouveau conflit « global ». Alain Joxe : « Les guerres sans but politique menée contre une population, dont les prototypes contemporains sont fournis par celles conduites par Israël en Palestine ou par les États-Unis en Irak et en Afghanistan, est ce qui définit le mieux la transformation d’une armée en police dans l’empire global. C’est ce qu’a confirmé, au-delà des apparences, la politique de Washington au moment des « printemps arabes » qui ont provoqué début 2011 la chute de Ben Ali, Moubarak et Kadhafi. En Tunisie comme en Égypte et en Libye, faute de pouvoir préserver des régimes dictatoriaux, les États-Unis ont cherché à promouvoir des démocraties corrompues et policières comme systèmes locaux de l’ordre financier néolibéral, quitte à s’accommoder avec des partis islamistes conservateurs mais nullement hostiles aux avantages, pour les riches, de ces systèmes ».[6]

La gouvernance insécuritaire remplace alors l’État protecteur…

Richard Labévière

[1] Grand reporter à la télévision suisse romande (TSR), rédacteur en chef à RFI et de la revue Défense de l'IHEDN, Richard Labévière est aujourd'hui consultant en relations internationales. Collaborateur du mensuel Afrique-Asie, , il est l'auteur d'une quinzaine d'ouvrages dont "Les dollars de la terreur", "Le grand retournement / Bagdad-Beyrouth", "Quand la Syrie s'éveillera" et "Vérités et mythologies du 11 septembre". 
[2] Cette analyse reprend l’essentiel des éléments de la contribution de Jérôme Spinoza – « Anatomie d’un espace sous tension » -, parue dans la revue Défense de janvier/février 2011 (numéro 149).
[3] Communiqué de la Maison blanche du 10 février 2011 : « Les Égyptiens ont reçu l’assurance qu’il y aurait une transition du pouvoir, mais il n’est pas encore acquis que celle-ci soit immédiate, significative et suffisante ».
[4] Le Journal du Dimanche du 18 mars 2011.
[5] Étienne Pellot, dernier corsaire français connu. « Pour un changement de politique étrangère » - Libération du 13 mars 2012.
[6] Alain Joxe : «  Les guerres de l’empire global. Spéculations financières, guerres robotiques et résistances démocratiques ». Éditions La Découverte, mars 2012.

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