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Une réflexion vers la Défense

Une réflexion vers la Défense !

Dans une démocratie, il est bon que la défense fasse l'objet du consensus le plus large possible, une certaine unanimité ne pouvant que renforcer notre cohésion contre des risques déstabilisants. Mais si le consensus apparaît comme un paradigme sécurisant de par le sentiment de confort qu’il procure en nous confinant dans une pensée arrêtée, il ne faut pas pour autant que la démocratie se complaise dans l’incomplétude en fabriquant de la sympathie artificielle. Pour pouvoir continuer à s'en féliciter, il nous faut nous poser, avec lucidité et sans complaisance, quelques vraies questions sur la finalité même de notre Défense et sur les moyens qu'elle sous-tend. Depuis des années, la France, comme la plupart de nos voisins européens, n'a plus que la politique de ses moyens à défaut d'avoir les moyens de sa politique proclamée. Le monde a beaucoup changé en 20 ans. Aujourd'hui, les démocraties n'interviennent plus seules et sans mandat des Nations unies. Les Européens, même s'il leur arrive de s'entendre, après parfois d'interminables palabres, n'offrent toujours pas de vision commune ou de stratégie. Ceci rend la situation des opérationnels toujours « très difficile. En effet, non seulement ils voient généralement leur budget servir de variable d’ajustement budgétaire avec de rudes conséquences sur leurs moyens mais, faute de politique de Défense, ils sont obligés de penser à la place des politiciens sur les conséquences les plus probables de ces non-dits, de ces non-voulus, et d’inventer ce qu’ils appellent des stratégies qui ne sont en réalité que des comportements susceptibles de répondre au mieux à ce que demandera le politique dans l’instant, ce qui ne correspondra généralement pas à ce qu’ils avaient envisagé ni aux moyens dont ils disposent.... Il est plus que temps de s’interroger sur la Vision européenne de la Planète, sur ce qu’est l’Europe en devenir, sur ses intérêts réels, ses relations avec le reste du monde, ses objectifs, etc. et, partant, inventer les stratégies nécessaires qui seront aussi diversifiées que ses acteurs civils et militaires dans tous ses domaines d’action.» Ces propos tenus ici même par l'amiral Guy Labouérie il y a plus de sept ans [1] sont toujours d'actualité. Auteur de nombreux ouvrages de référence en matière de stratégie, le vice-amiral d’escadre Labouérie (2S) [2] ne pratique pas la langue de bois. Après une récente analyse consacrée à la « réflexion dans les Armées »,[3] il revient cette fois sur une nécessaire « réflexion vers la Défense ». Brest, le 06 juillet 2012.©

L'amiral Guy Labouérie (2S) -- Photo © Joël-François Dumont.

L'amiral Guy Labouérie (2S)

Dans un article de la Revue de Défense Nationale de Février 1947, intitulé « Océans et mers étroites », l’amiral Castex concluait son étude sur la défaite du Japon perdant la guerre dans ses îles et de ses mers étroites par ces quelques lignes :

« Il serait bien intéressant d’étudier maintenant ce cas de lutte à forme intercontinentale que l’on pourrait appeler le "cas américano- asiatique" dont tout un chacun s’entretient à l’abri d’euphémiques circonlocutions et d’essayer de pronostiquer ce que serait dans une telle éventualité la destinée des mers étroites qui jalonnent l’immense pourtour de l’Eurasie, de la mer du Nord à la mer de Behring, où le dispositif océanique affronterait la réaction de la terre. Étude intéressante à faire mais malaisée à publier. Je m’aperçois que les limites de cet article m’arrêtent ici fort opportunément et je remets à plus tard l’exposé de ce heurt qui mettrait aux prises comme par le passé, mais sur une échelle grandiose, la maître de la mer et celui de la terre. »

Tout en prenant conscience des considérables différences entre la situation d’alors et celle d’aujourd’hui on ne peut manquer d’être frappé par l’intuition de l’amiral sur l’évolution entraînée par l’évolution de la planète, en même temps que son regret que la réflexion qu’il suggérait de faire sur cet avenir, certes lointain, n’avait aucune chance d’intéresser qui que ce soit dans notre pays, voire qu’il serait dangereux d’insister dans une nation alors en guerre avec un des pays asiatiques concernés ! Qu’en est-il aujourd’hui, où toujours prompts sur les déclarations de notre importance, mondiale évidemment puisque puissance nucléaire, personne ne paraît concrètement avoir réfléchi, exposé et éventuellement tranché sur qui nous sommes face à ce qui se produit sous nos yeux sur en particulier depuis la chute de l’Union Soviétique?

N’étant plus une puissance maritime majeure depuis novembre 1942 et refusant de « comprendre » l’Océan [4] et ses immenses possibilités, nous continuons à négliger obstinément de tirer de véritables conclusions des évolutions politiques, économiques et stratégiques préférant les calculs bureaucratiques [5] d’une mauvaise finance à toute réflexion sur le fond. Pourtant nous sommes directement concernés par ces mers étroites, non seulement par la Méditerranée, la mer des Antilles et le golfe persique, ce qui montre nos limites, mais par bien d’autres lieux et enjeux en commençant par nos fameux 10 millions de km² de mers avec leurs Zones économiques exclusives que nous sommes incapables de contrôler efficacement, sans oublier l’océan arctique de demain avec ses possibilités de trafics commerciaux et de matières premières éventuelles. En même temps le basculement de la puissance étasunienne sur le Pacifique, le développement de la Chine et des BRIC, les immenses difficultés entraînées en Europe par les choix délirants de l’assistanat et de la compassion des populations avec toutes les conséquences de plus en plus mortifères sur leur vitalité et leur moral, ne peuvent que nous faire constater notre incapacité, provisoire espérons-le, à devenir partie prenante de l’évolution de la Planète dans tous ses risques et ses dangers. Ne prenant pas en compte qu’outre sa fermeture définitive sur elle-même elle est désormais, l’espace du flou, de l’hétérogénéité, de l’irrationnel et du danger, nous en sommes restés au nébuleux des discours et à des données arithmétiques d’apothicaires d’autrefois sans la vision globale indispensable et par suite sans véritable Projet à partir duquel une ou des stratégies indiqueraient et permettraient d’envisager puis d’exécuter l’Action avec les moyens humains et matériels adaptés. Hélas ! Si pour le moment, nous pouvons faire parfois un bout de chemin avec nos alliés, nous nous trouvons avec notre Europe bien plus souvent dans la position de l’Autruche se cachant la tête dans le sable de ses dettes que dans celle du Léopard, de l’Ours, de l’Aigle ou du Dragon même s’ils ne sont pas exempts de difficultés parfois très importantes. Pourtant nous sommes dans le même monde !

Si notre force nucléaire est la garante à la fois de notre sécurité ultime et d’une capacité politique mondiale grâce à notre place au Conseil de Sécurité, et si à l’évidence c’est la Méditerranée qui concentre, et pour longtemps, notre attention et nos difficultés, il serait osé de penser que se limiter à ces deux aspects suffirait à orienter l’ensemble de nos réflexions et sécuriser la totalité de nos intérêts à travers le monde.

La plongée récente du Président de la République avec un sous-marin stratégique [6] est un excellent signe en politique intérieure comme vers l’extérieur du pays et il sera sûrement compris par tous, mais cela ne règle aucune question quant à la vision globale pour notre pays et l’indispensable « penser la Défense ».[1] C’est une manifestation importante, affirmation de la volonté nationale de ne pas accepter n’importe quoi dès qu’il s’agirait de la sécurité et de la personnalité de notre pays.

Toutefois pour reprendre une observation du maréchal Foch,[7] dire « je veux ne suffit pas pour être cruil faut faire vivre cette volonté en permanence ». Or on constate que depuis plus de trente ans de multiples organismes, subventionnés souvent et parfois publics, avec les lamentations médiatiques des « Pénitents de la Repentance Généralisée » … passent leur temps à détruire cette crédibilité, que ce soit à travers le non respect des lois dans notre pays, en particulier sur la liberté et l’égalité des filles et des femmes, l’incapacité d’assurer une instruction digne de ce nom à nos immigrés et leurs enfants français, la judiciarisation progressive des actions militaires voire celles de la force publique, etc. sans oublier les décisions souvent aberrantes vers nos forces en action à l’extérieur.[8]

Nos politiciens eux-mêmes n’ont d’ailleurs pas hésité depuis une malheureuse déclaration du président Giscard d’Estaing il y a près de quarante ans jusqu’à celle très récente de Michel Rocard [9] à dire parfois un peu n’importe quoi sur le sujet… Au total les autres, ceux qui nous regardent et nous observent, en particulier les plus dangereux peuvent avoir de sérieux doutes sur notre propre détermination à nous « battre » pour nous faire respecter dans ce que nous sommes et ce que nous voulons.

Si cela tend à affaiblir la crédibilité de notre pays ça n’a que peu d’influence immédiate sur la réalité militaire stratégique française et européenne, à moins d’imaginer une guerre nucléaire suicidaire non seulement concrètement mais bien avant dans la conscience de ceux qui y penseraient à l’imitation de dictateurs de type stalinien ou maoïste dont on ne peut jamais exclure totalement la réapparition ici ou là. Nous en sommes pour le moment très loin dans notre démocratie. De ce point de vue, et c’est un des aspects positifs de l’intervention de M. Rocard, si le gouvernement veut vraiment penser la Défense au XXIème siècle il peut sur ce sujet réfléchir à la suppression de la composante aérienne stratégique basée à terre qui n’a pas plus de sens désormais que n’en n’avaient les braves « Pluton » de l’armée de terre ou les missiles d’Albion, heureusement démantelés ce qui rassurerait en outre nos voisins. Les sous-marins stratégiques sont suffisants pour ce qui est de notre capacité de dissuasion et la composante aérienne nucléaire sur porte-avions a l’immense avantage de la présence silencieuse et le déploiement permanent à la demande du Pouvoir sur les 70% de l’espace mondial, ce qu’aucun autre moyen pour le moment ne permet d’assurer. Cela casserait les « vague à l’âme » habituels de groupes en disparition programmée par manque de moyens d’investissement et de développements et permettrait un redéploiement de crédits vers les forces spéciales, les drones y compris frappeurs,[10] les moyens aéronavals, les cyber-actions et les indispensables avions de transport à longue distance qui nous ont tellement manqué pendant trop d’années où l’on préférait la veille aérienne dans l’Est au déploiement et à la sécurité de nos soldats confiés pour leurs transports à des machines soviétiques.[11]

 Quelle que soit l’indispensable supériorité aérienne locale, on ne peut aboutir à une solution vivable sans intervention à terre permettant de véritables accords sur place! La Libye le montre. Ce fut la vocation et la force des « Marines » des États-Unis.

Tout est global et imaginer que l’on puisse régler quelque question que ce soit, seul ou même en groupe par la violence ou la Force, relève de l’illusion sur un monde qui n’existe plus. En restant en Méditerranée - on le voit aussi bien dans l’affaire de la Libye que dans la question syrienne - tandis que les difficultés algériennes et tunisiennes sont loin d’être réglées avec toutes les conséquences induites chez nous. Ce n’est pas seulement une question de moyens matériels, c’est que pratiquement tout pays est partie prenante de toute situation évolutive, négative ou non.[12]

Espérer par exemple trouver des solutions aux questions africaines sans la Chine qui y a envoyé des centaines de milliers de ses concitoyens est le plus sûr moyen de perdre son temps et son argent... Il en est de même des États-Unis, de l’Inde compte tenu de son émigration, et du Brésil sur ces mêmes questions, sans oublier les trois pays du Maghreb comme le montrent les affaires aussi bien du Polisario que d’Aqmi !…

Tout se tient et dans les situations les plus difficiles, chacun tient l’autre ou les autres par la barbichette et l’on ne peut plus faire n’importe quoi tout en ne pouvant plus ne rien faire, terrible dilemme souvent pour les grands décideurs… Ce sont les dernières leçons de la Libye comme de la Syrie après celles de l’Irak [13] et de l’Afghanistan. Si l’on veut trop sérier la réflexion sous prétexte de la difficulté des situations, alors les solutions seront à la française, c’est-à-dire rationnelles et quantitatives dirigées par les financiers, incompétents dans la dimension globale indispensable, et des Think-Tanks de diverses natures,[14] les militaires n’ayant quant à eux, comme ils en ont trop accepté l’habitude, qu’à se battre sur des effectifs, des listes de moyens, et des invectives plus ou moins cachées pour les autres armées.

En 1987 dans le « Monde » un papier non signé, « Madame se meurt », voulait appeler l’attention de nos dirigeants politiques qui venaient de changer [15] sur la nécessité de centrer nos moyens sur la manœuvre, le contournement, le déploiement, le dépassement …[16] au lieu de se contenter de se heurter en toute incompréhension quant à son évolution à une « frontière dite de fer » renforcée par les phénomènes nucléaire et totalitaire ! Ce que l’avenir allait exiger si nous voulions conserver une force d’influence correspondant à notre passé comme à nos capacités humaines, technologiques, etc. c’était d’empêcher le désastre nautique que le non débat au Parlement promettait à la Marine augmenté par une confusion regrettable entre ce qu’est une Marine de combat et une force de dissuasion nucléaire sous-marine, par définition non combattante.[17]

Il semble que malgré les incroyables changements de 1989 aucune inflexion de la pensée stratégique française n’ait vraiment eu lieu prenant en compte ce bouleversement des données géostratégiques! Il était plus confortable de rester tranquillement sur ce que l’on avait l’habitude de faire depuis la fin de la guerre d’Algérie.[18]

Aussi dans les « Échos »,[19] Favilla tenta-t-il de sensibiliser nos gouvernants aux conclusions concrètes à tirer de l’accord entre Étasuniens et Soviétiques signé à bord d’un croiseur à Malte. Cet accord réduisait les forces aéroterrestres en Europe mais ne touchait pas aux forces aéromaritimes, les deux Grands manifestant ainsi l’importance particulière de ces dernières pour l’équilibre du monde et le maintien de leurs intérêts. Nous n’en n’avons rien fait, ni en France ni en Europe, continuant nos habituels calculs de réduction de nos forces, tandis que monsieur Chevènement constatait sans plaisir dans le « Monde » que « la Défense est le royaume des idées, la posture tenant lieu de pensée. » Attribuée à l’opposition d’alors il en était hélas de même de la majorité du moment et rien ne dit que cela ne continuera pas.

Il faut reconnaître que si la France ne sait pas ce qu’elle veut, alors il y a de fortes chances que l’on continue dans la facilité des errements habituels, les calculs remplaçant la pensée. Si l’amiral Castex voyait l’universalisation de l’espace politique et stratégique et si l’opposition Puissance de Terre / Puissance de Mer a perdu son importance et sa réalité devenue bien plus complexe, il n’en demeure pas moins que cet espace est mondial et, qu’au-delà d’une capacité de dissuasion qui ne serait mise en œuvre que dans l’annihilation de tout ce que la race humaine a vécu jusqu’ici, nous devons forger un couple Instantanéité/Puissance répondant aux conseils de Sun Tse,[20] habitué de la réflexion sur l’action sur un territoire immense mais fermé et hétérogène, la Chine du Vème siècle AJC, modèle approché de ce qu’est la planète aujourd’hui.[21]

Pour y être efficaces, loin des rêves de chevauchées fantastiques à travers les plaines du Nord ou de déferlement de divisions blindées et d’aviation d’assaut dans les grands espaces russes et chinois, les forces militaires doivent satisfaire à quatre caractéristiques : la surprise, la mobilitéla permanence,[22] car ce que l’on nomme « les crises » sont dominées par le facteur temps et l’instantanéité et la puissance de frappe.[23] C’est à partir de là qu’en fonction de la vision politique et du ou des projets en découlant que l’on peut bâtir les armées de demain.

Il y a en outre une question redoutable dont on ne veut jamais parler comme à l’époque de l’amiral Castex mais pour de toutes autres raisons. Je ne m’y emploierai pas plus aujourd’hui me contentant d’une simple observation: attention à la marginalisation de l’Europe qui n’a manifestement pas les moyens politiques pas plus que militaires à la hauteur de l’évolution de la planète et qui ne pourra éternellement compter sur l’action des Américains pour assurer sa sécurité face à tous les dangers et les risques de toute nature qui ne cessent de se développer, les terrorismes islamiques ne devant pas être l’arbre qui nous cacherait la forêt. Une fois encore vouloir traiter dans notre Union, comme d’ailleurs dans chacun de nos pays du seul aspect financier est certes fondamental mais insuffisant si nous voulons sortir à terme plus ou moins éloigné de la Babel que nous avons construite par manque de réflexion, de courage et de déni de démocratie. Or cette question ne peut avancer tant que nous ne sommes pas capables de dire à nos voisins notre vision de notre force nucléaire et comment nous en envisageons l’avenir si nous continuons à militer pour l’unité et la « fédération »…

Est-ce un rêve impossible de marier les deux ? Et sinon que devons nous proposer et faire ?

Les « amusements » des discours avec les Britanniques, ne serait-ce qu’à cause de leur inféodation aux États-Unis, comme les incantations politiciennes mêmes mâtinées d’astuce et de ruse, ne permettent aucune avancée. Aussi ne voit-on pas à terme rapproché un chef d’État français remettre en cause notre indépendance dans ce domaine, d’où de sombres heures à prévoir diplomatiquement avec nos 27 ou 29 co-nationaux, la susceptibilité n’étant pas que de notre part !

Pouvons-nous dépasser le paradoxe d’une force nucléaire qui nous protège mais nous isole des autres Européens ? Ou sommes-nous tous capables d’un véritable approfondissement de tout ce que l’existence de cette force implique pour nous, pour nos voisins et l’Union Européenne, si elle doit véritablement voir un jour heureux avec les moyens complets d’une véritable Défense de son identité au XXIème siècle ?

L’avenir n’est pas très clair et le passé décourageant… d’où une raison de plus de sérieusement réfléchir à celui de notre Défense pour la France puis de prendre les décisions nécessaires qui nous fassent passer du monde aéroterrestre européen du XXème siècle avec ses immenses massacres à la planète océanospatiale du XXIème siècle.[24]

Guy Labouérie

[1] Voir « Défense » de Guy Labouérie.

[2] Après avoir commandé l'École Supérieure de Guerre Navale et quitté la Marine, l'Amiral Labouérie s'est consacré à l'enseignement en Université et à des études de stratégie générale et de géopolitique. Élu à l'Académie de Marine, il a été notamment professeur à l'École de Guerre Économique, membre du comité stratégique de l'Institut de Locarn en Bretagne et est souvent intervenu dans diverses écoles et entreprises sur les questions de géopolitique et de stratégie.

[3] cf. Guy Labouérie in « De la réflexion dans les Armées » : « Malheureusement trois données, le montant de nos dettes, celui du chômage et l’affadissement de l’éducation nationale montrent que depuis 1974 les stratégies générales de nos responsables politiques n’ont pas été à la hauteur des difficiles questions posées à notre pays. Le fait que trois de nos Présidents aient caché, jusqu’au bout, leurs difficultés de santé sans préparer leur succession politique au détriment de notre pays, le manifeste de déplorable et hypocrite façon. Quelles qu’en soient les raisons, on constate le même phénomène dans le domaine militaire. Le refus de fait de nos divers gouvernements de réellement « penser la Défense » à défaut de penser la guerre, se traduit à l’image de la durée de leurs mandats, par des « Livres blancs » où la désignation des membres des commissions ad hoc fait la part minimum, quand ce n’est pas symbolique, aux militaires en activité comme si c’était une question qui ne les regardait que de très loin et que seuls des administratifs y soient compétents bien qu’aucun d’eux n’y ait jamais risqué sa vie dans les opérations réelles

[4] cf. Guy Labouérie : « Penser l’Océan », Éditions Esprit du Livre (2007).

[5] Par exemple les réductions d’effectifs des trois armées, fonction, non pas des missions fixées par le gouvernement, mais de leurs répartitions numériques d’il y a près de 30 ans ! On arrive aujourd’hui à une invraisemblable situation pour chacune d’elles, incapables d’accepter ce qu’avait tenté d’imposer Michel Debré avec la rationalisation des choix budgétaires (RCB), par déni des réalités et raisonnements politico-militaire largement biaisés. Cela évidemment aurait entraîné des changements considérables, que les développements technologique, les risques de toute nature, rendent aujourd’hui de plus en plus évidents sans que personne ne le dise car ni les politiciens ni les officiers généraux n’ont jusqu’ici osé les imposer.

[6] Voir « Le président Hollande réaffirme l'attachement de la France à la force de dissuasion » (Large des côtes bretonnes, le 04.07.2012)

[7] Maréchal Foch : Mémoires, Plon (1931).

[8] Particulièrement en ce qui concerne les directives sur la « légitime » défense où l’on préfère voir un soldat être tué plutôt que d’entendre hurler les médias de l’arrogance et du politiquement correct !

[9] Déclaration pour le moins maladroite et erronée de l’ancien Premier ministre suggérant la disparition de la force nucléaire française.

[10] Les massacres de masse seront replacés par la « décapitation » même si cela fait très peur, à juste titre, aux politiciens.

[11] Cas en particulier de l’opération sur Kolwezi mais ce ne fut pas la seule… y compris récemment.

[12] Il n’est que de voir le nombre de déplacements, visites, etc. des chefs d’État à travers le monde pour le comprendre.

[13] Voir  Réflexion sur la Guerre en général et celle d'Irak en particulier de Guy Labouérie.

[14] Dont il serait souhaitable qu’ils fassent plus appel à des hommes de terrain… Attention au monde des experts « myopes et le nez contre » comme le dit Saint-Exupéry dans Citadelle.

[15] Monsieur Chirac était devenu le Premier ministre de François Mitterrand.

[16] Ce qui fait la caractéristique et l’efficacité des forces spéciales depuis longtemps.

[17] Les marins ont été particulièrement maladroits dans ces affaires, se laissant enfermer sans réaction dans les comptes de Bercy.

[18] C’est pendant ces grands moments qu’à partir de 1975 la Marine Nationale ne pouvant faire face à ce qu’on lui demandait avec les moyens alloués, inventa le plan de développement en homothétie négative que le ministère des finances trouva génial…

[19] Voir les « Échos » du 15 Février 1990.

[20] Voir Les leçons de l'Océan: (5) Sun Tse et les leçons de l'Immense hétérogène de Guy Labouérie.

[21] En particulier tout le chapitre XI de « l'Art de la guerre ».

[22] L’ère des bases fixes est terminée car trop risquée et trop dangereuse. La permanence a son royaume avec l’océan. Tout doit être mobile on ne le dira jamais assez dans un monde figé mais animé de mouvements de toute nature.

[23] Nicolas Polystratu : « Politique de sécurité de la France » Études (01.03.1981)

[24] La Chine est un cas très intéressant car bien plus paysanne que la France après les missions océaniques de l’amiral Zheng Le au début du 16ème siècle. Elle a bien mieux compris l’Océan désormais. C’est le cas de la Chine. En 1985, à la suite probable d’articles publiés dans la revue des jésuites, « Études », et de la supervision de la préparation du concours d’un officier de Marine – le CF Merrer de l’École supérieure de Guerre Navale qui réussit brillamment cette mission - pendant un mois à l’école de guerre navale chinoise, le chef du bureau des affaires internationales à l’État-major de la Marine fut invité avec son épouse à un dîner à l’ambassade de Chine. A leur surprise ils constatèrent qu’ils étaient les seuls non chinois et après un excellent repas les épouses s’éclipsèrent, la conversation sous la direction d’un civil qui se révéla général de division, attaché militaire, se déroula autour des interrogations chinoises sur ce qu’il leur faudrait faire face à ce qu’ils considéraient comme une tenaille dangereuse de la Marine soviétique entre Vladivostok et le Vietnam où la Soviétie s’était installée au départ des États-Unis pouvant ainsi les prendre à revers sur leurs immenses frontières communes et couper leur trafic commercial qui montait rapidement en importance. Pendant plus d’une heure les avantages et inconvénients de la situation géographique et géopolitique de la zone furent examinés et une des conclusions fut que si la Chine voulait répondre à cette question de façon souple, manœuvrante, permanente , il fallait qu’elle se dote d’une véritable puissance aéronavale à base de porte-avions pouvant attaquer tout transit entre les deux mâchoires de la tenaille, étant entendu qu’il lui faudrait au moins vingt ans pour y arriver en particulier pour la formation des équipages. On sait ce qu’il en advient et comment la Chine depuis vingt ans a compris l’océan, d’une part pour un développement commercial maritime avec des ports remarquables allant jusqu’à la Grèce, et d’autre part profité de la faiblesse des réactions des puissances maritimes pour tenter de s’imposer dans la mer dite de Chine méridionale à qui les Occidentaux avaient donné ce nom… Les ennuis ne font qu’y commencer ! Y existons-nous ?

 

 

 


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