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Des obstacles internes considérables à surmonter

Des obstacles internes considérables à surmonter

Visite en Israël et dans les Territoires palestiniens. Entretien du ministre des Affaires étrangères M. Hubert Védrine avec France Inter. Jérusalem, le 25 septembre 2001. Source : Ministère français des Affaires étrangères, Paris.

Q - Comment s'en sortir ? Question qui prend une résonance démesurée depuis le 11 septembre dernier. En ligne à Jérusalem, où il poursuit un voyage de trois jours qui l'a conduit aussi dans les Territoires palestiniens, Hubert Védrine. Bonjour.

R - Bonjour.

Q - Ce premier pas décidément qu'est-ce qu'il est difficile à faire !

R - Oui, c'est pour cela qu'il faut faire tout ce que l'on peut pour sortir de ce blocage, pour enrayer cet engrenage dans lequel s'enfonce le Proche-Orient depuis maintenant des mois et des mois.

Je suis venu voir les Israéliens et les Palestiniens, pour encourager Shimon Peres dans son projet, pour persuader Sharon d'arrêter de mettre son veto et pour, par ailleurs, inciter Yasser Arafat à faire encore plus pour la maîtrise de la violence et du terrorisme.

Je crois qu'au bout du compte cette rencontre va finir par avoir lieu. Je ne sais pas quand, mais sans doute assez vite. En tout cas, elle est absolument indispensable mais elle ne va pas tout régler en une fois. Il faudrait que cela soit le début d'un nouveau processus, le début d'une désescalade.

Q - On a envie vraiment de comprendre, Monsieur Védrine. Vous qui êtes en ce moment entre ces deux hommes, qui avez vu les deux. Qu'est-ce qui fait que cela ne fonctionne pas ? Ce sont les coalitions, chacun de son côté qui les bloquent. Qu'est-ce qui empêche que la rencontre ait lieu ?

R - Toutes sortes de mécanismes. Ariel Sharon dit qu'il n'est pas opposé au principe de la rencontre mais qu'elle ne peut servir qu'à discuter d'un cessez-le-feu et absolument pas de perspectives politiques. Or, nous disons - tous les Européens, nous sommes parfaitement d'accord entre nous et même avec les Américains - que l'absence totale de perspectives politiques en plus, c'est à soi seul un facteur de violence, d'exaspération, de désespoir, donc d'insécurité. D'autre part, Ariel Sharon est contesté dans sa propre majorité. Il y a une partie du Likoud qui lui reproche d'être "trop faible" ce qui peut étonner du point de vue de l'opinion européenne, mais il lui reproche de ne pas contester le principe d'un Etat palestinien, de ne pas réprimer autant qu'il le faudrait et donc ceux qui le critiquent sont à sa droite sur l'échiquier politique israélien.

Il faut voir que cette opinion israélienne a complètement basculé de ce côté-là tellement elle est traumatisée par l'insécurité, la violence, les attentats.

Quant à l'opinion palestinienne n'en parlons pas. Elle est dans un tel état de désespoir et d'accablement qu'elle soutient de moins en moins la ligne raisonnable du président Arafat et elle est tentée par des positions plus dures.

De chaque côté, il y a donc des obstacles internes considérables à surmonter, ce que Shimon Peres continue à essayer d'obtenir avec beaucoup de ténacité et de persévérance et pourtant il n'y a pas d'autres solutions.

Q - Mais ce qui est incroyable, c'est que chacun de son côté sait parfaitement que c'est intenable et notamment M. Sharon ?

R - C'est pour cela que je pense que la rencontre finira par avoir lieu.

Q - Et M. Sharon sait bien que, notamment, le président Bush ne pourra pas attendre très longtemps ; il va avoir besoin du soutien des Etats arabes dans pas longtemps ?

R - Oui, c'est peut-être un peu plus compliqué que ce que j'ai entendu il y a quelques minutes sur ce plan. Mais toujours est-il que les Etats-Unis se sont maintenant joints à l'effort européen que nous avons entamé depuis plusieurs mois déjà - tous les ministres européens entre nous - pour inciter Yasser Arafat et Ariel Sharon à surmonter les obstacles. En tout cas, nous, nous poussons dans le même sens maintenant.

Cette rencontre est absolument indispensable. Je répète que ce n'est pas cette rencontre, à elle seule, qui va tout régler. Il y a le cessez-le-feu mais, naturellement, les Palestiniens voudront parler et ils ont raison des conditions de vie abominables des Palestiniens dans les territoires occupés et il faut reparler d'une façon ou d'une autre de perspectives politiques.

Shimon Peres a tout cela en tête mais il doit tenir compte de la coalition, du Premier ministre, de l'opinion israélienne. L'important, c'est de réenclencher quelque chose. Alors que là nous sommes dans le vide.

Q - Mais oui, on voit bien qu'Ariel Sharon continue de réclamer un cessez-le-feu tenu pendant au moins 48 heures. Quand vous avez rencontré hier soir Yasser Arafat, est-ce qu'il vous a dit qu'il peut garantir cela ou pas ?

R - Yasser Arafat dit qu'il fait tout ce qu'il peut ; il en donne des témoignages. Ariel Sharon m'a dit hier qu'il reconnaissait que pour la première fois, Yasser Arafat s'était engagé sérieusement dans la maîtrise de la violence, tout en disant que cela ne suffit pas. Les Palestiniens disent qu'ils font tout ce qu'ils peuvent, que naturellement, ils ne contrôlent pas tout. Il y a des organisations qui les combattent. L'essentiel est de démarrer.

Q - La géométrie depuis le 11 septembre dernier a singulièrement changé. Est-ce que vous le sentez dans les discussions ?

R - Oui et non, parce que la question de la paix était tragique et le processus était urgent et indispensable avant le 11 septembre, il l'est tout autant après. Les données de base - nous venons d'évoquer la politique intérieure israélienne, l'état d'esprit interne au monde palestinien - n'ont pas été modifiées de fond en comble. Donc, ce qui a changé depuis la tragédie du 11 septembre, c'est que vous voyez un réengagement américain et peut-être plus de pression américaine de part et d'autre, pas un bouleversement total.

Q - Le travail que font - et ce que vous faites vous-même d'ailleurs en ce moment - les Européens sur place, dans quel sens poussez-vous au fond pour que la reprise se fasse ? Le plan Mitchell, c'est...

R - Avant l'été, quand nous avons constaté ce vide dans lequel le Proche-Orient s'enfonçait, j'ai suggéré à l'ensemble de mes collègues - à commencer par le belge Louis Michel qui est président en exercice, à Joschka Fischer, au britannique, à l'espagnol, à l'italien et d'ailleurs à beaucoup d'autres - que nous allions régulièrement au Proche-Orient pour nous relayer dans le même sens. Pour persuader Ariel Sharon, pour encourager Arafat à aller plus loin, pour encourager Peres à persévérer, et puis pour parler à tous ceux qui constituaient auparavant le camp de la paix du côté des Palestiniens, des Israéliens qui sont aujourd'hui quand même extrêmement découragés, démobilisés.

Nous le faisons avec peut-être encore plus d'ardeur et de conviction depuis le 11 septembre et le sentiment qu'il y a maintenant une convergence plus grande avec les Américains, ce qui est naturellement très important.

Mais c'est cela notre objectif pour le moment mais l'on sait bien qu'après la rencontre quand elle aura eu lieu, il en faudra une deuxième, une troisième pour que la discussion s'approfondisse sur des questions de sécurité mais aussi sur le plan politique. Il faudra reconstituer entre les protagonistes un climat qui permettrait de commencer de mettre en oeuvre les conclusions de la Commission Mitchell.

Tout cela, revenant un jour ou l'autre à une négociation, comme on l'avait vu l'an dernier, parce que ma conviction, c'est qu'il y aura toujours un peuple israélien, un peuple palestinien, côte à côte. Ils se seront fait peut-être énormément de mal entre temps, mais à un moment ou à un autre, ils devront reparler sur les conditions de leur coexistence et à ce moment-là on retrouvera ce que l'on avait appelé l'an dernier les paramètres Clinton. Il n'y a pas d'autre solution. Mais il ne faut pas baisser les bras.

Q - Mais on mesure l'incroyable complexité de la situation. Pensez-vous, Monsieur Védrine, que s'il se passait quelque chose maintenant et notamment une rencontre au Proche-Orient, cela pourrait modifier la politique la posture américaine et peut-être même le type de réponse qu'elle pourra apporter à ce qui s'est passé à New York et Washington ?

R - Non, parce que c'est un problème en soi. De toute façon, la paix au Proche-Orient, en tout cas interrompre l'engrenage et reprendre un processus de paix, c'est une nécessité vitale pour le Proche-Orient, pour nous les Occidentaux, pour beaucoup d'autres peuples ; cela l'a été avant le 11 septembre, cela l'est tout autant, si ce n'est plus, après. Cela ne change pas les données générales d'abord de la légitime réaction des Américains en fonction de l'article 51 de la Charte des Nations unies après ce qu'ils ont subi par rapport aux réseaux terroristes et sans doute aussi les Taleban, et d'autre part cela ne modifie pas les données du travail international qu'il faut entamer pour réussir à extirper le terrorisme en combattant tous ceux qui l'alimentent, en traitant à la fois des problèmes de financement, mais aussi des crises qui lui fournissent des arguments, des hommes, des dévouements, des réseaux.

C'est donc un travail de longue haleine qui concerne des dizaines de pays dans le monde et il n'y a pas un lien immédiat avec la question du Proche-Orient, même quand nous aurons la paix au Proche-Orient, ce travail devra continuer.

Cela reste un drame en soi, il ne faut pas partir de l'idée que plus rien n'a de rapport avec ce qui se passait avant. D'ailleurs, on voit bien que les arguments des uns et des autres que nous citons dans cet échange sont les mêmes qu'avant. Je pense que l'on va arriver en tout cas à réenclencher quelque chose.

Q - Pensez-vous que Shimon Peres va rester au sein de la coalition ou qu'il va finir par se lasser, peut-être en sortir ?

R - Oh, cela c'est à lui d'apprécier, mais tel que je l'ai vu, courageux, déterminé, pensant que la relance de la paix au Proche-Orient est largement aujourd'hui entre ses mains, je l'ai vu plus convaincu de tout faire pour arracher l'accord du gouvernement dont il fait partie pour que cette rencontre ait lieu - c'est cela son objectif - que de trouver un prétexte pour sortir. Sa position est inconfortable, c'est évident, il défend une vision de la relation israélo-palestinienne qui n'est partagée aujourd'hui ni par la majorité des Israéliens, ni par la majorité des Palestiniens, et je crois qu'il a raison et c'est le moment de l'aider, tout en parlant aux autres naturellement. Il faut les persuader qu'il n'y a pas d'alternative, sauf le gouffre./.

 

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