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« Si vous avez aimé Tombouctou, vous adorerez Bangui ! »

par Richard Labévière (*)

Source : Esprit@corsaire.com.[1] Paris, le 3 février 2014.

Richard Labévière -- Photo © Joël-François Dumont.Une chaîne de télévision du bouquet vient de rediffuser "La chute du faucon noir".[2] Ce film relate la bataille de Mogadiscio entre les soldats américains de la Delta Force, des Rangers et du 160th Special Operations Aviation Regiment (Airborne) et les partisans du seigneur de la guerre somalien Mohamed Farrah Aidid.

Depuis la chute de Mohamed Siad Barre en janvier 1991, la Somalie est confrontée à une guerre civile extrêmement meurtrière provoquant mouvements de population et famines à répétition. D’avril 1992 à mars 1993, les Nations unies déploient une première opération de maintien de la paix.

Face à la situation qui continue de se dégrader, l’ONU dépêche une deuxième opération – ONUSOM II – qui bénéficie de l’appui de l’opération américaine Restore Hope, menée par Washington de décembre 1992 à mai 1993. La mission des deux forces est de « désarmer les milices parties au conflit ». C’est dans ce cadre que le 3 octobre 1983, l’état-major américain monte une opération pour capturer l’un des chefs de guerre – le général Aïdid – réunissant ses officiers à Bakara Market, l’un des quartiers les plus dense du port de Mogadiscio. Très vite, l’opération tourne au fiasco pour les Américains, les partisans d’Aïdid arrivant à abattre deux hélicoptères UH-60 Black Hawk, littéralement « faucon noir ».

La chute du faucon noir (Black Hawk down): un film de Ridley Scott

Pour tenter de sauver les occupants des Black Hawk, les unités américaines poursuivent l'engagement, dans une ville devenue une véritable souricière. Scindés en plusieurs groupes, les Rangers et les Delta tentent de rejoindre, à pied ou en Humvees, les sites des crashs. Les miliciens lancent des contre-attaques et de nombreuses embuscades. L’un des personnages du film, qui incarne l’un des partisans d’Aïdid, dit littéralement à un officier américain : « c’est notre guerre, ce n’est pas votre affaire. Nous devons la gagner même s’il y aura beaucoup de morts mais nous irons jusqu’à la victoire qui seule peut garantir nos vies. Ne vous en mêlez pas ! » Au cours de cette bataille de Mogadiscio, dix-neuf soldats américains perdent la vie ainsi que plusieurs centaines de Somaliens, le film estimant le nombre de victimes à plus d’un millier.[3]

Avec son cynisme reconnu, l’ambassadeur américain à Nairobi Robert Oakley avait lancé quelques semaines plus tôt à quelques journalistes dont votre serviteur : « si vous avez aimé Beyrouth, vous adorerez Mogadiscio… » Les connaisseurs des conflits africains savaient parfaitement que l’objectif d’ONUSOM et de Restore Hope était absolument irréaliste et qu’on ne pourrait pas désarmer - à ce stade -, les milices somaliennes engagées dans une lutte à mort. La même erreur sera répéter - avec les conséquences que l’on connaît mieux aujourd’hui -, au Rwanda et dans les Balkans.

Connaissant pourtant cette histoire, comment les architectes de l’opération Sangaris [4] en Centrafrique ont-ils pu se fixer pour mission « de désarmer les factions en présence »?

Patrouille dans Bangui

Des combattants Séléka ont été tués - mardi 21 janvier - à Bangui par des soldats français. Un mois et demi après le début de l'intervention française, la situation reste très chaotique en CFA. Le 22 janvier, des tirs nourris d'armes automatiques, ponctués de détonations sourdes, ont ainsi été signalés en fin de matinée dans le quartier du PK-5, le poumon commercial de la capitale centrafricaine. La veille, une dizaine de combattants Séléka ont été tués par des soldats français lors d'un accrochage devant le camp militaire RDOT, où sont cantonnés les ex-rebelles. Des soldats français ont été visés par des tirs devant le camp et ont répliqué, en utilisant notamment les blindés légers Sagaie, équipés d'un canon de 90 mm, pour neutraliser les tireurs. Les militaires ont alors fait « une dizaine » de morts dans les rangs des miliciens. Selon des sources militaires, environ un millier de combattants Séléka occupent ce camp.

Logo de l’opération Sangaris

Le 7 décembre dernier, lors du sommet de l’Élysée pour la paix et la sécurité en Afrique, François Hollande lançait un appel pour la création d’une « Force africaine de réaction rapide » susceptible d’intervenir dans les « situations extrêmes ». Cette vieille idée - cent fois rebattue par l’ONU, l’Union africaine, la CEDEAO et d’autres organisations régionales -, ne pourra connaître le plus petit début de commencement sans s’appuyer par un bilan préalable du programme ReCAMP. En 1998, ce programme de « Renforcement des capacités africaines au maintien de la paix » a été présenté au sommet Afrique-France du Louvre.

Visite du ministre de la défense à Bossangoa (Nord de Bangui)

Pour répondre à la volonté des pays africains de gérer eux-mêmes la sécurité de leur continent, la France a réorienté sa coopération militaire en Afrique en 1997. Il s’agissait alors de participer à l’accroissement des capacités militaires des armées africaines dans les actions de maintien de la paix ; de respecter les principes de multilatéralisme, d’ouverture et de transparence des actions, et soucieuse de ne pas générer de déséquilibres régionaux ; et enfin d’associer contributeurs et donateurs aux efforts français de formation et d'entraînement des forces africaines aux techniques du maintien de la Paix, ainsi qu'à l'équipement lors d'engagement en maintien de la Paix.

A défaut d’adorer Bangui, où en est-on aujourd’hui ?

(*) Richard Labévière est rédacteur en chef d'Esprit@corsaire.

[1espritcors@ire, lancé le 18 juin 2012, est un réseau d’experts des questions de défense et de sécurité. Ils partagent les mêmes valeurs et les mêmes objectifs: déchiffrer, produire et diffuser de l’information sur ces sujets dans un cadre pluraliste, un esprit de liberté, une optique de débat.
[2] "La Chute du faucon noir " - Black Hawk Down - est un film américain réalisé par Ridley Scott et sorti en 2001. Il est tiré du livre Black Hawk Down: A Story of Modern War de Mark Bowden, documentaire relatant les combats de Mogadiscio des 3 et 4 octobre 1993 au cours desquels dix-neuf militaires américains et plusieurs centaines de Somaliens trouvèrent la mort.
[3] Ces opérations ont été des échecs cinglants. Après 160 morts dans les rangs de l’ONUSOM, et 29 dans ceux de l'armée américaine, les troupes internationales ont quitté le pays quelques jours plus tard.
[4] L’opération Sangaris est le nom d'une opération militaire de l’armée française conduite en République centrafricaine depuis le 5 décembre 2013.

Chroniques de Richard Labévière en 2014 


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