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Au-delà de la mission Bois Belleau : Océan Indien, deuxième Méditerranée !

par Richard Labévière

Source : Esprit@corsaire.com.[1] Paris, le 30 avril 2014.

Partis de Toulon le 20 novembre 2013, les marins de la Task Force 473 ont participé à un entraînement en Méditerranée d’une dizaine de jours, avant de mettre le cap à l’Est pour rejoindre le nord de l’océan Indien et le golfe arabo-persique. Le 6 décembre, en début d’après-midi, le groupe aéronaval français - composé du porte-avions Charles de Gaulle, de la frégate de défense aérienne (FDA) Forbin, du bâtiment de commandement et de ravitaillement (BCR) Meuse, de la frégate anti sous-marine (FASM) Jean de Vienne et d’un sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) -, a franchi le canal de Suez et mis le cap sur l’océan Indien pour nouvelle mission opérationnelle baptisée "Bois Belleau".[2] Bien qu’il s’agisse de son sixième déploiement dans l’océan Indien depuis 2001, le groupe n’avait pas franchi le canal de Suez depuis 2011 et son retour de la mission Agapanthe.

Troisième océan par sa superficie (avec les mers adjacentes), l'océan Indien est l'un des espaces maritimes les plus anciennement connus et parcourus. Son rôle historique s'apparente à celui joué par la Méditerranée pour la civilisation occidentale en opposition aux océans Atlantique et Pacifique, qui ont longtemps été des obstacles aux échanges humains. L'Atlantique et le Pacifique ont commencé à être parcourus il y a environ cinq siècles, tandis que l'océan Indien prolonge les routes commerciales des vallées de l'Indus et de l'Euphrate depuis au moins 3000 ans avant Jésus-Christ.

Dans une globalisation économique continue et son corollaire de « maritimisation » qui se caractérise doublement par une augmentation exponentielle du trafic maritime et l’exploitation des richesses marines , l’océan Indien est véritablement un centre névralgique mondial. Les routes maritimes qui le traversent touchent pratiquement tous les pays de la planète. Il est gardé par quelques-unes des portes d’entrée les plus fréquentées du monde : détroits de Malacca, de Lombok, d’Ormuz, de Bab-El-Mandeb et cap de bonne Espérance. Cet immense espace maritime où opèrent régulièrement de nombreux navires de guerres et sous-marins concentre nombre d’enjeux et rivalités. La richesse de la zone en matières premières et les stratégies maritimes adoptées par les puissances montantes de la région font de l’océan Indien l’une des zones stratégiques mondiales les plus denses. L’Inde intensifie sa présence dans cet océan qu’elle considère comme sa zone naturelle d’influence. La stabilité de cet espace et la préservation de la libre circulation des navires sont essentielles pour l’économie mondiale, pour la prospérité de la France et des pays européens.

Interaction franco-américaine en océan Indien

Présence territoriale française

L’océan Indien borde plusieurs « États faillis » et régions instables. Il constitue une porte d’accès à des théâtres de crises avérées ou potentielles dans le golfe arabo-persique, en Afrique et en Asie. La lutte contre la piraterie en océan Indien en est l’illustration la plus spectaculaire. Elle a vu l’implication de nombreuses marines occidentales, sous les pavillons de l’Union européenne et de l’OTAN, mais elle a servi aussi été l’occasion pour de nombreux états asiatiques d’intervenir sur ce théâtre et, incidemment, acquérir des savoir-faire de marine de guerre hauturière, y renforçant leurs capacités opérationnelles. C’est tout particulièrement le cas de la marine chinoise dont le dynamisme est patent. Dans la décennie écoulée, les opérations de lutte contre le terrorisme, de connaissance-anticipation et de prévention, en particulier dans le golfe arabo-persique, ont mobilisé et continuent à mobiliser d’importants moyens français, en coordination étroite avec les forces navales américaines.

Grâce à la Réunion, à Mayotte et aux Îles Éparses et aux Terres Australes Françaises, la France est riveraine de cet océan et proche des flux reliant les principales économies mondiales. Par ailleurs la France entretient une base permanente à Djibouti depuis des décennies. Ces positions sont stratégiques, à proximité des entrées occidentales de cet océan, au Nord comme au Sud. Membre de la Commission de l’océan Indien (COI), de l’Indian Ocean Naval Symposium (IONS), la France développe également des actions multinationales en soutien de la Communauté pour le développement de l’Afrique Australe (SADC). Ces ancrages lui permettent d’entretenir aussi des coopérations privilégiées avec l’Afrique du Sud, l’Inde et l’Australie.

20 ans au service de la paix

Depuis plus de vingt ans, les forces navales françaises accomplissent de multiples missions en océan Indien. Au début des années quatre-vingt, des bâtiments français ont été déployés dans le Golfe pour dissuader toute action de l'Iran ou de l'Irak sur le trafic pétrolier (opération Promethée). A de nombreuses reprises, des chasseurs de mines français ont assuré la sécurité des rails de navigation commerciale et des détroits.

Campagne européenne anti-piraterie : Mission Eunavfor Atalanta

En 1990-1991, la Marine nationale a participé à la guerre du Golfe après l'invasion du Koweït par l'Irak puis a pris part aux opérations de contrôle de l'embargo et au déminage des eaux du Koweït. A deux reprises - en 1987 et 1994 -, elle a procédé à l'évacuation des ressortissants étrangers d'Aden. Elle fut aussi engagée dans les opérations ONUSOM I et II, destinées à soulager la population somalienne confrontée à une guerre civile récurrente depuis 1991. De juin 1996 à décembre 1998, les forces navales françaises ont participé à l'opération de surveillance (Condor) des îles Hanish dans le cadre de la médiation entre le Yémen et l'Érythrée qui fut confiée à la France par les Nations unies. De décembre 1998 à mars 2001, des moyens navals et aériens français ont été mis en œuvre pour assurer la protection des atterrages de Djibouti en raison du conflit qui opposait l'Érythrée à l'Éthiopie. Ce fut l'opération Khor Angar. Enfin, depuis octobre 2001, la France reste engagée dans la lutte contre le terrorisme dans le cadre de l'opération Héraclès. Par ailleurs la France est en pointe dans la lutte contre la piraterie [3] dans le cadre de la mission européenne Atalanta.[4]

Indispensables moyens d’action…

Dans un contexte de tensions régionales accrues et de montée en puissance militaire des pays riverains, la voix de la France ne serait pas audible en océan Indien si elle ne s’appuyait pas sur des forces armées respectées, capables d’y agir en toutes circonstances, ce que peu de pays européens sont capables de faire. En océan Indien, les marines européennes sont désormais moins nombreuses que celles d’Extrême-Orient. Et cette évolution préoccupante va se confirmer dans les années à venir.[5]

Avion Merlin de la PATMAR luxembourgeoise détaché aux Seychelles - Photo © EuNavFor.

La liberté de déploiement des moyens aéronavals et leur capacité à durer permettent, lorsqu’ils sont en océan Indien, de basculer en quelques jours d’une zone d’action à une autre. Ainsi, il faut quatre jours à une frégate engagée dans la lutte contre la piraterie (en face de la Corne de l’Afrique), pour rallier le golfe arabo-persique et agir en appui de nos accords de défense. Avec notre Méditerranée occidentale de proximité, la Méditerranée orientale et ses débouchés de la mer Noire ; avec la vaste zone maritime de l’opération Corymbe (de Dakar à Libreville), l’océan Indien constitue assurément notre deuxième Méditerranée, vitale pour les intérêts de la France et des pays européens. Notre pays doit impérativement y maintenir et y consolider ses bases, ses moyens navals et aéronavals.

(*) Richard Labévière est rédacteur en chef d'Esprit@corsaire.

[1] espritcors@ire, lancé le 18 juin 2012, est un réseau d’experts des questions de défense et de sécurité. Ils partagent les mêmes valeurs et les mêmes objectifs: déchiffrer, produire et diffuser de l’information sur ces sujets dans un cadre pluraliste, un esprit de liberté, une optique de débat.
[2] Voir : "Opération Bois Belleau : Interaction franco-américaine en océan Indien" : En pleine opération Bois Belleau, le porte-avions Charles de Gaulle et l'ensemble du Groupe aéronaval (GAN) français ont interagi avec les forces navales américaines, en océan Indien. Les activités se sont déroulées dans le golfe arabo-persique. Ce fut l'occasion pour un Rafale Marine d’être catapulté depuis le pont d’envol du porte-avions américain Harry S. Truman. Un F18 américain a quant à lui été mis en œuvre par les équipes de pont d’envol du porte-avions Charles de Gaulle. (Source : Marine Nationale).
[3] Voir "Opération Atalante" : La piraterie maritime, mentionnée dans le rapport de mise en œuvre de la Stratégie européenne de sécurité, est une des priorités dont l'Europe s'est pleinement saisie. EU-NAVFOR ATALANTA (EuroNavFor Somalia) lancée en novembre 2008 est la première opération maritime de la politique européenne de sécurité et de défense (PESD). S’appuyant sur les résolutions 1814, 1816, 1838 et 1846 du conseil de sécurité de l’ONU, Atalante est également la première opération navale européenne (Source : Marine Nationale).
[4] La mission Atalanta est une mission militaire et diplomatique mise en œuvre par l'Union européenne, dans le cadre de la force navale européenne (EUNAVFOR) et de la PSDC, dans le but de lutter contre l'insécurité dans le golfe d'Aden et l'océan Indien, une zone maritime mise à sac par des pirates qui lancent leurs attaques depuis les côtes somaliennes. La mission s'est déployée à partir du 8 décembre 2008 pour remplacer les accompagnements nationaux. Elle a à sa disposition, selon les moments, entre quatre et treize bâtiments appuyés par des avions de patrouille maritime avec comme point d'appui Djibouti et des commandos embarqués à bord des navires du Programme alimentaire mondial ravitaillant la Somalie ou navires de commerce traversant la zone (Source : Wikipedia).
[5] En vertu de l’action commune du Conseil de l’UE, qui est fondée sur des résolutions des Nations unies, le mandat de l’EU NAVFOR est le suivant:
• assurer la protection des navires du Programme Alimentaire Mondial (PAM) qui acheminent l’aide alimentaire aux populations déplacées de Somalie, ainsi que l’escorte des navires de la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM);
• assurer la dissuasion, la prévention et la répression des actes de piraterie et des vols à main armée au large des côtes de la Somalie;
• assurer la protection au cas par cas des navires vulnérables naviguant au large des côtes de la Somalie;
• et contribuer à la surveillance des activités de pêche au large des côtes de la Somalie. Le 23 mars 2012, le Conseil de l’UE a prorogé le mandat de l’opération Atalanta jusqu’en décembre 2014. (Source : Site : eunavfor.eu).

Chroniques de Richard Labévière en 2014 



 


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