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L'Égypte fait le choix du Rafale

Le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, s’est rendu au Caire du 16 au 17 février pour signer au nom de la France un contrat d’armement exceptionnel pour les industries de défense françaises, dont un premier contrat Rafale à l’export. Cette signature marque un tournant dans la relation bilatérale franco-égyptienne basée sur une confiance renouvelée. Elle témoigne aussi du renforcement d’un partenariat stratégique face à des menaces communes. Dès son arrivée au Caire, le ministre français, après avoir passé en revue un détachement de la garde d'honneur, s’est d’abord entretenu avec son homologue, le général Sedhi Sobhi, puis avec le président égyptien, le maréchal Abdel Fattah al-Sissi. La cérémonie de signature s’est déroulée en présence de nombreux officiels des deux pays, dont Patricia Adam, présidente de la commission de la Défense de l’Assemblée nationale, le général d’armée Pierre de Villiers, chef d’État-major des armées, et Laurent Collet-Billon, délégué général pour l’armement. Pour les industriels, étaient présents Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation, Hervé Guillou, PDG de DCNS, Antoine Bouvier, PDG de MBDA et Patrice Caine, DG de Thalès. La négociation d'un tel contrat réglée en l'espace de quelques mois, qui revêt une telle importance technologique et financière et portant à la fois sur une vente à la Marine et à l'armée de l'Air, est en tout cas du « jamais vu », contraire aux traditions et aux observations de ces trente dernières années. Paris/Le Caire, le 16 février 2015.©

Jean-Yves Le Drian avec son homologue égyptien le général Sedki Sobhi

par Joël-François Dumont.

L'Égypte a donc choisi le Rafale pour moderniser son armée de l'Air. Les raisons qui ont guidé ce choix sont nombreuses. Elles sont d'abord éminemment politiques. Elles sont ensuite d'ordre militaire et opérationnel. Elles sont enfin d'ordre économique et industriel. Imaginer un seul instant qu'elles se limiteraient à traduire la mauvaise humeur du Caire envers Washington suite au soutien apporté aux Frères musulmans dont une délégation a encore été reçue très récemment en grande pompe à Washington,[1] serait réducteur et sous-estimerait la nature même d'un choix « mûrement réfléchi ». Comme on peut s'en douter, cette dernière "invitation" a été ressentie comme une nouvelle trahison, mais entre Washington et Le Caire, « ce n'est ni la première, ni la dernière », comme me le faisait remarquer un diplomate égyptien la semaine dernière.

Les raisons politiques et militaires

Ces raisons ont évidemment primé : elles traduisent la volonté politique du pouvoir égyptien d'assumer son destin en faisant usage de la force armée, si nécessaire, pour ne pas laisser le pays sombrer dans une anarchie qui profiterait aux extrémistes radicaux. Le chef de l'État égyptien, le maréchal Abdel Fattah Saïd Hussein Khalil al-Sissi, est considéré en Égypte comme « l'homme qui a sauvé le pays d'une guerre civile » fratricide. Une écrasante majorité l'a élu avec, pour mandat, de sortir le pays du chaos pour le remettre sur les rails en éradiquant la menace terroriste islamique intérieure. Une fois de plus, les militaires ont donc constitué le « recours » d'un peuple qui aspirait à vivre et à prospérer sans pour autant renoncer à sa liberté.

Jean-Yves Le Drian, le maréchal Abdel Fattah al-Sissi et le général Sedki Sobhi

Comme la Grèce, l'Égypte est une des plus antiques civilisations du monde, mais dont les valeurs morales ont déserté les préoccupations de la classe politique. Qui peut, de mémoire, citer le nom d'un seul ou de plusieurs hommes politiques contemporains qui ont œuvré pour la collectivité et le bien public de ces pays depuis un siècle ? « La nature a horreur du vide », c'est bien connu... Un vide caractérisé trop souvent par l'incompétence et la corruption des élites politiques grecques et égyptiennes qui ont parfois atteint de sommets. Cette situation est hélas partagée par tant d'autres pays qui se parent pourtant de toutes les vertus démocratiques. Est-ce donc un hasard si le peuple égyptien a considéré à plusieurs reprises depuis cinquante ans qu'il valait mieux porter les militaires au pouvoir, « lorsque la goutte faisait déborder le vase », plutôt que de vivre sous la houlette des partis, ce qui ne les a pas empêché de se battre au quotidien pour réclamer plus de liberté et de bien-être ?

« Un tiers-mondiste et deux tiers mondain »

Après les farces des "printemps arabes" qu'on a pu vivre, au Caire comme ailleurs, quand le soufflé est retombé, il n'aura pas fallu deux ans pour que les Frères musulmans mettent l'Égypte en coupe réglée et à feu et à sang.[2] Ceux qui avaient dénoncé le régime de Moubarak étaient curieusement bien absents quand il s'agissait de dénoncer les crimes perpétrés par les Frères, dont les premières victimes étaient les Coptes et les Chrétiens d'Orient, organisant des massacres et incendiant les églises. Madame Ramada Yade - qui a été l'une des rares personnes à critiquer cette vente - est restée bien muette lorsque 21 coptes ont été arrêtés et massacrés en Libye par des Frères musulmans égyptiens, simplement parce qu'ils étaient coptes.[3] Après tout « qui, dans cinq ans, se souviendra encore de Ramada Yade ? » En politique aussi, il y a toujours eu « beaucoup d'appelés et peu d'élus » ...

Une décapitation collective

La sauvagerie avec laquelle ont été exécutés ces 21 égyptiens coptes est dans la lignée des actes terroristes commis par les Frères musulmans. Dans la dernière livrée de Valeurs Actuelles, François d'Orcival, raconte leur exécution telle qu'elle est apparue dans une vidéo mise en ligne : « Le long d’une plage de Tripoli défilent sur le sable 21 hommes en tenue orange, les mains liées dans le dos ; chacun d’eux est doublé par un homme cagoulé, dissimulé de la tête aux pieds par un uniforme noir, le poignard dans la ceinture. Les prisonniers en orange sont des pêcheurs chrétiens coptes venus d’Égypte et qui ont traversé la frontière libyenne à la recherche de travail. C’est là qu’ils ont été capturés par les jihadistes en noir qui portent désormais le label du califat islamique. Les pêcheurs égyptiens ont été ensuite transférés jusqu’à Tripoli pour montrer que la capitale libyenne — “libérée” en septembre 2011 par l’opération franco-britannique — était dorénavant aux mains de l’État islamique, dont les colonnes armées combattent en Irak et en Syrie, dans le Sinaï et maintenant sur les côtes libyennes. La démonstration ne suffit pas : les 21 chrétiens égyptiens doivent s’agenouiller ; dans leur dos se dressent leurs assassins. Les caméras vont filmer l’atroce décapitation collective. Quand la centrale jihadiste la met en ligne, celle-ci est accompagnée de ce sous-titre : « Ceci est un message de sang à la nation de la croix » et « aux fidèles de l’Église ennemie.»

Par miracle le musée du Caire a été épargné lorsque les Frères musulmans ont incendié le siège du PND

« Les printemps arabes »

Cette expression "printemps arabe" est censée faire référence au « Printemps des peuples » de 1848. Depuis la révolte de Sidi Bouzid, le 17 décembre 2010, la contagion s'est étendue de la Tunisie successivement à l'Égypte, à la Libye, à Bahreïn, au Yémen et enfin en Syrie. Contrairement à ce qui a pu être dit, ces contestations populaires, d'une ampleur et d'une intensité très variables, n'ont pas été le fait des "réseaux sociaux",[4] dans des pays où l'accès à Internet est réduit à une minorité de personnes "branchées" et où les moyens de blocage du Net sont très développés. Même si les aspirations de ces divers peuples visaient à chasser des dirigeants corrompus pour favoriser l’instauration d’une démocratie, les manifestants en reprenant le slogan « Dégage ! » (« Erhal ! » en arabe) entendaient réclamer un meilleur partage des richesses pour améliorer leurs conditions de vie, obtenir des emplois et retrouver une certaine dignité (« karama » en arabe). En fait, ces révoltes, révolutions ou encore « réveil arabe » ont en commun d'avoir été financées par le Qatar et d'autres monarchies du Golfe et d'avoir été encadrées par les Frères musulmans.[5]  

Pourquoi, aussi, ne pas évoquer ce silence pesant des responsables de l'Église catholique, à de rares exceptions près, lorsqu'il s'est agi de dénoncer le massacre de Chrétiens d'Orient ?[6] Il aura fallu que quelques journalistes soient décapités pour que l'Occident et quelques pays arables finissent enfin par réagir. Les trois premiers pays musulmans ont été : la Jordanie, les Émirats arables unis et bien sûr l'Égypte ! Les autres suivront, il en va de leur survie.

Jean-Yves Le Drian avec son homologue égyptien le général Sedki Sobhi

Et à cette occasion, comment ne pas rendre hommage au ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, qui côté français a su faire aboutir ce dossier en moins de huit mois. Plusieurs journaux l'ont fait, l'AFP, Le Figaro, Challenges, Valeurs Actuelles, et même... Mediapart à deux reprises ![7] Avec discrétion et ténacité, cet homme qui, comme parlementaire, s'est investi  pendant plus de 20 ans dans les questions de défense a refusé d'être ministre de la Défense de Nicolas Sarkozy. Depuis sa prise de fonction, sans ménager sa peine il a tissé des liens personnels avec de nombreux dirigeants politiques de premier plan. S'appuyant sur le vivier de nos attachés de défense à l'étranger et sur le bureau des relations internationales de l'État-major des Armées, il ne commet aucune "gaffe".[8]

S'adressant à son homologue égyptien, un jour de deuil national, il lui a dit d'emblée : « Monsieur le Ministre, cher Général Sedki Sobhi, je suis très heureux d’être là aujourd’hui mais je sais, monsieur le Ministre, que votre pays est en deuil et je voulais, après les avoir présentées au Président Sissi, dire ici les condoléances du président Hollande et du peuple français au peuple égyptien à la suite du lâche assassinat qui a eu lieu, qui a été rendu public hier. Vingt-et-un Égyptiens coptes chrétiens ont été exécutés et j’irai demain faire part de mon émotion au Pape Tawadros II dans sa cathédrale.»[9]

Jean-Yves le Drian s'entretient avec Tawadros II dans la cathédrale Saint-Marc du Caire

La France, un allié historique de l'Égypte :

La France a fourni au début des années 1970 des Mirage 5, des Alpha Jet et des Mirage 2 000 à l'Égypte qu'ils ont pu « utiliser librement », contrairement aux appareils américains, « bridés ».[10] Au delà de considérations politiques, la démonstration de la capacité de polyvalence du Rafale depuis 2007 en Libye, en Irak, en Afghanistan ou au Mali et les performances d'un avion devenu emblématique ont naturellement pesé dans le choix égyptien. Le soutien apporté par Washington aux Frères musulmans a amené Le Caire à revoir son alliance privilégiée avec Washington pour se tourner vers la France et vers la Russie.

Le F-16 égyptien : un contrat deux fois malmené pour un avion « bridé » [10]

Jean-Yves Le Drian n'a d'ailleurs pas manqué de le relever : « L’Égypte avait été le premier pays à acquérir le Mirage 2000, elle est aujourd’hui le premier à faire le choix du Rafale. Vingt-quatre avions vont ainsi rejoindre les forces armées égyptiennes au côté d’une frégate multi-missions et de missiles de courte et moyenne portée (air-air Mica et de croisière Scalp, produits par MBDA; air-sol 2ASM produits par SAGEM et le système de leurre du Rafale de Lacroix). C’est un tournant dans notre relation bilatérale et c’est le début d’une coopération renforcée au service de la sécurité régionale. C’est aussi le signe de la confiance très forte que l’Égypte fait à l’équipe France. A la France dans son rôle de partenaire politique, de partenaire militaire et de partenaire industriel.»[11]   

Comment ne pas se rappeler les propos tenus maintes fois par Charles Edelstenne, longtemps PDG de Dassault Aviation quand on lui posait la question : « Pourquoi n'arrive t'on pas à exporter un avion qui soit une telle réussite technologique?» Sa réponse était invariable : Les seuls pays susceptibles d'acheter français sont soit des pays qui ne peuvent pas ou qui ne veulent pas acheter américain, soit des pays qui comprennent l'intérêt de ne pas mettre tous leurs oeufs dans un même panier... (Exemples, Singapour, Taiwan et bien d'autres pays).[12] Des propos repris par son successeur Éric Trappier au Caire lors de la signature pour qui « cette décision pérennise une coopération qui remonte aux années 70 et qui permet au Mirage 5, à l’Alpha Jet et au Mirage 2000 de voler sous les cocardes égyptiennes.»[11] Les États-Unis d'Amérique ont tout fait pour que le Rafale ne s'exporte pas, comme il l'avaient fait pour le Mirage, mais dès que la brèche a été ouverte, les résultats étaient au rendez-vous. « Au cours des soixante dernières années, Dassault Aviation a exporté 72 % de ses avions vers plus de 90 pays.»

Les raisons militaires et opérationnelles :

Citons en deux : l'armée de l'Air égyptienne a été largement financée depuis une vingtaine d'années par les États-Unis. Cet argent a bien sûr servi à "acheter américain", ce qui n'est pas choquant. Ce qui l'est, c'est que les avions vendus ont été "bridés"...  Quand on entend rester souverain dans ses décisions, cela est parfaitement inacceptable. La deuxième raison est que pour acheter un avion polyvalent, mieux vaut avoir des pilotes qui le soient aussi.[13] Et qui donc, mieux que la France peut former les pilotes égyptiens sur un avion  polyvalent comme l'est le Rafale ? Il ne faut pas perdre de vue également que ces contrats concernant vingt-quatre avions, une frégate multi-missions et des missiles de courte et moyenne portée ne constituent que « la première phase d'un véritable partenariat stratégique » comme l'a rappelé le ministre de la Défense français au Caire. Un "contrat d’armement majeur" d’un montant total de 5,2 milliards d’euros. Autant de considérations qui ont du poids. Il n'est donc pas difficile de comprendre pour quoi l'Égypte a, une fois de plus, fait preuve à la fois d'audace et de lucidité en "achetant français".

Rafale survolant les pyramides de Gizeh

Enfin, sur le plan industriel, l'Égypte connaît ses forces et ses faiblesses. Négocier pendant trois à quatre ans, voir plus, pour obtenir des transferts de technologies est une perte de temps. L'Égypte doit faire face, en ce moment même et depuis bientôt deux ans à deux menaces graves : sur son front ouest, en Libye, avec des milices armées à l'époque par les Frères musulmans au pouvoir, et sur son front est, dans le Sinaï, avec des groupes terroristes qui sont l'émanation de ces mêmes Frères musulmans. Et qui en France, hormis nos militaires, voit dans ces milices armées en Libye des menaces à très court terme planer sur la France et sur toute l'Europe : un certain Jean-Yves Le Drian. Inutile de dire que le maréchal Sissi a non seulement trouvé - enfin - en France un politique qui a compris la menace qui planait sur la France comme elle s'exerce déjà sur l'Égypte, mais qu'en plus, il sait qu'avec un partenariat stratégique avec Paris, Le Caire pourra bénéficier d'un savoir-faire français reconnu du monde entier en Afrique et particulièrement en Libye.

Jean-Yves Le Drian avec le général Sedki Sobhi

La signature ce lundi au Caire du premier contrat à l'export du rafale pourrait « débloquer trois ou quatre autres contrats » y compris celui de l'Inde, comme le rappellent des sources "proche du dossier". Ce serait donc la deuxième fois que l'Égypte aurait placé sa confiance dans la France, il faudra faire l'effort, cette fois, de s'en souvenir.

Joël-François Dumont

[1] En janvier 2015, une délégation représentant officiellement le Conseil de la Révolution égyptienne (ERC), un organe entièrement contrôlé par la Confrérie des Frères musulmans, s'est rendue dans 23 pays pour leur demander de cesser tout soutien au gouvernement d’Abdel Fattah al-Sissi. Aux États-Unis elle a été accueillie officiellement à Washington par le département d'État. Des documents déclassifiés récemment révèlent les liens étroits existant entre Washington et les Frères musulmans. Des milliers de pages de documents déclassifiés sur les relations entre le Département d'État américain et la Confrérie internationale des Frères musulmans révèleraient, selon un article de Gulf News, qu'Obama a commandé une étude sur la Confrérie en 2010. Cette étude aurait mené à la conclusion que les États-Unis devaient changer leur politique de soutien à des régimes laïques autoritaires au profit d’une politique consistant à soutenir les mouvements politiques islamiques «modérés»... En Libye, en Tunisie, en Turquie et en Égypte...
[2] « Le résultat ne s'est pas fait attendre : on en voit déjà les effets en Tunisie, en Libye et bientôt en Égypte. La question que l'on est en droit de se poser est : par quel miracle, les Européens ont-ils pu soutenir à ce point des mouvements qui vont à la fois à l'encontre des intérêts mêmes de ces populations et aussi des nôtres. Si la démocratisation de ces pays ne nous laisse pas indifférent, les voir retomber dans une nouvelle forme de soumission plus insidieuse n'augure rien de bon pour l'avenir. Depuis plus d'un an, ce printemps arabe n'en finit pas. La Syrie est le dernier pays à avoir été pris dans une tourmente qui a mis le pays à feu et à sang.» Voir "La Syrie dans la tourmente des « printemps arabes" : Analyse d'Alain Chouet, ancien chef du service de renseignement de sécurité de la DGSE, expert du monde arabo-musulman, devant l'Association Régionale Nice Côte d'Azur de l'IHEDN (AR29), in European-Security (29-02-2012).
[3] Le groupe État islamique (EI) a diffusé le 15 février une vidéo montrant la décapitation de « 21 hommes, Égyptiens de confession chrétienne copte » récemment kidnappés en Libye par les milices Fajr Libya qui contrôlent Tripoli. Avec ces exécutions revendiquées par sa branche libyenne, l'organisation jihadiste proche des Frères musulmans démontre qu'elle a exporté ses méthodes d'extrême brutalité en dehors de sa "base", dans les régions qu'elle contrôle en Syrie et en Irak et où elle a multiplié les atrocités. Au Caire, les autorités ont annoncé un deuil national de sept jours, et le président Abdel Fattah al-Sissi qui a convoqué d'urgence le Conseil national de la Défense, a ordonné un raid de représailles « pour punir ces assassins.» Une manière de "signe par le sang sa présence"... Il est bien évident que l'irruption de Daech dans le chaos libyen a modifié la donne de la guerre civile..
[4] « Contrairement au discours à la mode au moment du printemps arabe, ce ne sont pas forcément des forces jeunes, démocratiques et composés de Jeunes gens en T-shirts qui savent maîtriser les réseaux sociaux et amplifier leur pouvoir de contestation par la contagion. Entre les comptes des combattants, qui, très logiquement, se conduisent comme les gens de leur génération en tweetant ce qu'ils font et en cherchant le buzz, et celui des sympathisants enchantés de ces sources de documentation à recommander, les jihadistes réinventent une propagande et des actions psychologiques destinées à démoraliser l'adversaire, mais réadaptées aux possibilités du numérique et aux nouvelles lois de contagion au sein des réseaux sociaux.» Voir "Jihadistes irakiens, réseaux sociaux et images" de François-Bernard Huyghe, Chercheur en Sciences de l'Information et de la Communication et membre scientifique du Conseil Supérieur de la Formation et de la Recherche Stratégiques in European-Security (22-06-2014).
[5] "Les Frères musulmans : une idéologie sectaire, radicale et fascisante" in European-Security (25-02-2015). Après la chute du fascisme et l'échec du communisme, les Frères musulmans incarnent-ils la dernière idéologie universelle et totalitaire du XXe siècle ? C'est une vraie question à laquelle Éric Denécé et Alain Chouet tentent de répondre en introduisant le livre, à paraître la semaine prochaine, "Histoire secrète des Frères musulmans" publié aux Éditions Ellipses par Amir Chérif, jeune Égyptien copte, docteur en géopolitique du Moyen-Orient et spécialiste du monde arabe.
[6] « Il y a quatre-vingts ans, en Allemagne, le régime nazi persécutait les Juifs, et la volonté d’Hitler était de les supprimer tous. Pourquoi ? Simplement parce qu’ils étaient juifs, et pour aucune autre raison. Il y a trois jours, le groupe Daech en Libye décapitait froidement 21 coptes égyptiens. Pourquoi ? Pas parce qu’ils étaient égyptiens, mais parce qu’ils étaient coptes, c’est-à-dire chrétiens, et pour aucune autre raison. Au cas où on en aurait douté, ceux qui ont vu la vidéo diffusée sur Internet pouvaient y lire que ces 21 malheureux étaient mis à mort parce qu’ils faisaient partie, je cite, « du peuple de la croix fidèle à l’Église égyptienne ennemie. » C’est pourquoi personne ne peut être fier du communiqué de l’Élysée condamnant, je cite, « avec la plus grande fermeté l’assassinat sauvage de 21 ressortissants égyptiens ». Non, personne ne peut être fier de ce communiqué, parce qu’il ne fait pas honneur à notre pays. Comme l’a rappelé Mgr Pascal Gollnisch, directeur de l’Œuvre d’Orient : « Quand on porte atteinte à des juifs danois ou français, il est bien sûr important de rappeler qu’ils sont danois ou français, mais il faut aussi souligner qu’ils ont été tués parce que juifs. En Libye, il est très clair que c’est contre des chrétiens que Daech a voulu agir, que leur foi était visée ». D’où vient le fait qu’il paraît impossible à certains de nos dirigeants de reconnaître qu’il y a des pays où les chrétiens sont persécutés ou même assassinés parce qu’ils sont chrétiens, et non parce qu’ils sont égyptiens ou libyens ? Reconnaître cela serait-ce attentatoire à la laïcité ? J’affirme aujourd’hui haut et fort que si – ce qu’à Dieu ne plaise – certaines personnes le pensent, même et surtout si elles ont de hautes responsabilités au sommet de l’État, ce n’est pas à leur honneur, ni à l’honneur de la France. Et la situation du monde est trop grave en ce moment pour que, chrétiens ou non, nous puissions nous résigner à avoir honte de notre pays.» † Jean-Pierre Batut, Évêque de Blois.
[7] « Dans ce sombre tableau, il serait injuste de ne pas reconnaître à Jean-Yves Le Drian, ministre, de tenir sa ligne, de maintenir le cap à son poste et de faire à la Défense honorablement le travail d'un excellent ministre républicain. Le sens de l'intérêt général du pays, en cette période difficile, n'est pas la vertu la plus commune au sommet comme à la base. Une bonne raison de le souligner.» Blog de Michel Kerninon, le 1 novembre 2013 et après la signature du contrat au Caire.
[8] Lorsque Jacques Chirac est passé à Singapour quelques heures avant de se rendre à Pékin pour revenir bredouille, après la publication par son service de presse d'un communiqué disant que l'entretien avait porté sur le Rafale, le Singapore Straits Time, le plus grand quotidien de singapourien titrait : "That's not the way to do business Mr President !" avec un article « sans concession », qui, au-delà d'un voyage mal préparé, critiquait davantage l'échec d'une visite à Singapour qu'à Pékin. Comment le président de la République française pouvait-il ignorer que quand on fait deux pays dans la même journée, ceux qui l'ont reçu en premier ressentent une sort de frustration qui est tout sauf propice aux signatures de contrats. De plus, le message passé au Premier ministre singapourien de soutenir le Rafale était incongru et contre-productif dans un pays très strict dés qu'une acquisition est en cours. En Afrique, comme en Asie, il y a un minimum ed savoir vivre à respecter. Michèle Alliot-Marie a bien essayé de rattraper ces gaffes dans la foulée, mais « les dés étaient jetés ».
[9] Déclaration de Jean-Yves Le Drian, ministre français de la Défense au Caire après la cérémonie de signature des contrats Rafale et FREMM avec le gouvernement de la République arabe d’Égypte. "J’aime cette France qui gagne et qui a confiance en elle" in European-Security (16-02-2015). Voir également : « Nous devons changer radicalement notre religion » : Discours du président égyptien devant les plus hauts responsables religieux à Al-Azhar, la plus prestigieuse institution de l’islam sunnite, pour appeler les Égyptiens à « lutter contre l'idéologie extrémiste ». Le maréchal Al Sissi est le premier président de la République égyptien à s'être rendu le 6 janvier dernier en la cathédrale Saint-Marc du Caire, au milieu des chrétiens coptes, pour y célébrer Noël avec leur communauté - qui représente 10 à 15% des 85 millions d'Égyptiens - in European-Security.com (07-01-2015).
[10] Le 24 décembre 2009, l'Égypte a passé commande de 24 avions de combat F-16 à l'entreprise américaine Lockheed  Martin pour un montant de 3.2 milliards de dollars en vue du renouvellement de sa flotte de F-16. La livraison du premier appareil était prévue pour le début de l'année 2012. Depuis les années 1970, l'Égypte avait décidé d'acheter "américain" après des décennies d'achat "soviétique". Depuis 1982, son armée de l'Air comptait 220 F-16. Équipés par SOFEMA de pneus Michelin... Le contrat avait été gelé une première fois par l'administration Bush qui y voyait une manière de protester contre « les atteintes aux droit de l'homme et à la démocratie en Égypte » et, sans doute aussi pour permettre à Israël de conserver un avantage militaire... Curieusement l'administration Obama n'avait rien trouvé à redire lors des exactions commises sous le régime Morsi et après son départ réclamé dans la rue par le peuple égyptien, Washington a suspendu en juillet 2013 la livraison des F-16 prévue dans le contrat de renouvellement. Bis repetita !
[11] « Je remercie les plus hautes autorités égyptiennes pour ce partenariat stratégique et historique ; Dassault Aviation sera au rendez-vous de la confiance qu’elles viennent une nouvelle fois de nous témoigner, déclare Éric Trappier, le PDG de Dassault Aviation. Je remercie également les autorités françaises, qui sont à l’origine du programme Rafale et qui lui ont apporté le soutien politique sans lequel il ne peut y avoir d’exportation militaire. Je salue la compétence des 7000 salariés qui travaillent sur le Rafale chez Dassault Aviation, Thales, Safran et dans les 500 entreprises sous-traitantes ».
Premier chasseur complètement polyvalent, capable d’effectuer toutes les missions assignées à l’aviation de combat (air-air, air-sol, air-mer), le Rafale est entré en service dans la Marine nationale et l’armée de l’Air française en 2004-2006 pour remplacer progressivement 7 types d’avions de précédentes générations. Il a été déployé en Afghanistan (2007-2012), en Libye (2011), dans la bande sahélo-saharienne (depuis 2013) et en Irak (depuis septembre 2014). Il a remporté l’appel d’offres destiné à équiper l’armée indienne avec 126 appareils. Il fait actuellement l’objet de négociations avec plusieurs gouvernements.
Société duale, Dassault Aviation produit des avions militaires (Rafale, drones) et des avions d’affaires (les Falcon) à partir du même bureau d’études et des mêmes usines. Les hautes technologies issues des activités défense bénéficient aux activités civiles qui apportent en retour un développement industriel international. Le contrat égyptien vient conforter ce modèle d’entreprise sans équivalent dans le monde aéronautique. Sur les cinquante dernières années, Dassault Aviation a exporté 72% de ses avions vers plus de 90 pays.» Source : Extrait du Communiqué du PDG de Dassault Aviation après la signature du contrat avec l'Égypte (12 février 2015).
[12]  Voir également : « Le Rafale représente une alternative crédible pour les pays qui ne souhaitent pas acheter américain ou qui veulent une double source d'approvisionnement » "Dassault et le Salon du Bourget 2005" : Conférence de presse de Charles Edelstenne, PDG de Dassault Aviation in European-Security (10-06-2005).
[13] « Avoir des avions polyvalents et des équipages qui ne le sont pas, cela ne sert à rien » : Voir "Cohérence et réactivité : les cœurs de métier de l’armée de l’Air" : Entretien du général d'armée aérienne Denis Mercier avec les journalistes de défense de l'AJD au Bourget in European-Security (19-06-2013).

Voir également :

"Le Rafale : un chasseur français emblématique" : Dossier de presse de Dassault Aviation in European-Security (16-02-2015).
« J’aime cette France qui gagne et qui a confiance en elle » : Déclaration de Jean-Yves Le Drian après la signature du premier contrat Rafale au Caire in European-Security (16-02-2015).



 


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