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Adapter Sangaris à son nouvel environnement

Adapter Sangaris à son nouvel environnement

Allocution à la force Sangaris du ministre français de la défense, Jean-Yves Le Drian. Bangui, le 24 juillet 2015 – Seul le prononcé fait foi – Source : DICoD.

Mon général,
Officiers, sous-officier, soldats, de la force Sangaris

Je suis heureux de vous retrouver aujourd’hui, ici à Bangui pour ma 8ème visite.

Voici plus de dix-huit mois que l’opération Sangaris a été lancée, à une époque de chaos, où la guerre civile menaçait de dégénérer en génocide, à une époque où le chemin de la réconciliation politique restait à tracer, à un moment aussi où la France a su, une fois de plus, prendre ses responsabilités.

Aujourd’hui, je suis venu mesurer le chemin parcouru depuis lors. Je le fais aujourd’hui à Bangui, je l’ai fait ce matin à Sibut et cet après-midi avec la Présidente, Chef de l’État de la Transition. La République Centrafricaine peut aujourd’hui entrevoir l’aboutissement de la période de transition entamée au début de l’année 2014.

Comme vous le savez, ceci nous a permis d’adapter Sangaris à son nouvel environnement. Vous êtes aujourd’hui près de 900 soldats français sur le sol centrafricain, soit moins de la moitié de ce que nous avions déployé au plus fort de la crise. La France s’honore lorsqu’elle intervient militairement pour une juste cause, comme ce fut le cas en Centrafrique. Elle doit également savoir adopter en permanence ses efforts, reconnus par tous, à la réalité des menaces et des circonstances de terrain. C’est ce que nous faisons, et c’est ce que nous continuerons de faire dans les mois qui viennent.

Je viens donc pour partager avec vous des motifs légitimes de satisfaction. J’en vois trois pour ce qui me concerne : d’abord, l’action décisive de Sangaris qui a permis d’éviter une crise humanitaire et de nombreux massacres dans le pays mais aussi le plein déploiement de la MINUSCA et enfin un engagement européen qui s’inscrit désormais dans la durée. Ces trois acteurs complémentaires ont contribué à créer l’environnement nécessaire à la mise en œuvre d’une feuille de route de transition telle que négociée dans le cadre de la médiation menée sous l’égide du Président Denis Sassou N’Guesso, à qui je rendrai visite demain. Ainsi, pour la première fois depuis des années, nous pouvons envisager une sortie de crise dans ce pays.

Je veux, en premier lieu, revenir sur votre action, sur celle de vos prédécesseurs. C’est bien votre engagement qui a fait la différence sur le terrain. D’abord parce que Sangaris s’est déployée rapidement, début décembre 2013, alors que Bangui était le théâtre de violences inouïes et de haines qui n’avait pas de précédent dans ce pays. Cette intervention, on ne le dit jamais assez, a permis d’arrêter cet engrenage terrible et d’éviter des massacres qui eussent été pire encore. Quatre des nôtres sont tombés sur cette terre centrafricaine ; ils ont été jusqu’au bout de leur engagement au service de la Paix. Nous ne les oublions pas, et leur exemple continue d’éclairer les justes combats que nous menons, ici comme ailleurs.

Cette projection s’est poursuivie en province : vers le Cameroun, pour sortir la Centrafrique de son isolement logistique et permettre ainsi aux humanitaires d’opérer. Mais elle s’est également dirigée vers les centres névralgiques, carrefours et villes comme Kaga Bandoro ou Bambari, où les groupes armés animés par un esprit de prédation, sévissaient contre les populations civiles locales, principales victimes de cette crise.

Effectivement, et vous en êtes parfois témoins, des tensions persistent. Des perturbateurs voyant leur pouvoir disparaitre, voyant aussi des ressources leur échapper, sont encore prêts à troubler l’ordre à Bangui comme en province. Je suis convaincu pour autant que la posture militaire que nous avons choisie avec vos chefs permettra de résoudre ces tensions.

Désormais articulés autour d’un groupement tactique interarmes, le GTIA Centurion, avec ses appuis et ses soutiens, vous êtes en mesure d’anticiper, de frapper précisément et, s’il le faut, de réagir fermement.

Individuellement, cela vous commande d’être attentifs pour percevoir les signes de détérioration. Il faut être réactifs pour faire face aux changements sécuritaires, endurants, pour ne pas baisser la garde alors que votre présence rassure, dissuade et parfois, désamorce des pics de violence.

Collectivement, j’attends de vous que Sangaris s’insère encore davantage dans une logique de force de réaction au profit de la MINUSCA, ce qui exige une fine connaissance de la situation et une planification partagée avec les forces de l’ONU.

Fort de notre expérience au Liban, au Mali ou sur d’autres théâtres, je suis convaincu que l’articulation de nos opérations avec celles des casques bleus est adéquate, et qu’elle continuera de donner la preuve de son efficacité. Je l’ai vu pratiquer ce matin.

L’ONU, fidèle à ses valeurs et à ses principes, a été une nouvelle fois au rendez-vous. Cette conviction est mon deuxième motif de satisfaction. Il est d’autant plus fort, que je mesure le chemin parcouru depuis notre arrivée en RCA. En décembre 2013, nous comptions sur quelques 4.500 militaires de la MISCA alors qu’aujourd’hui ce sont 9000 militaires et plus de 1400 policiers de la MINUSCA qui sont déployés dans ce pays. Ils sont en première ligne parce que vous leur avez préparé le terrain, et que vous leur avez livré une situation sécuritaire favorable à leur déploiement. Au-delà du nombre, c’est véritablement leur valeur opérationnelle qui nous permet de réduire notre présence et de nous concentrer, en bonne intelligence avec la MINUSCA, sur les dernières tensions et menaces auxquelles nous faisons encore face.

Il s’agit donc bien d’une réussite militaire qui peut être naturellement mise à votre crédit comme à celui de la MINUSCA. Elle ne doit pas nous faire oublier que d’autres partenaires sont venus épauler la RCA, ce qui est, pour moi, le troisième motif de satisfaction. Je pense ici à l’Union Européenne. Lancée en avril 2014, la mission EUFOR RCA a indéniablement accru notre liberté d’action en province ; elle a également permis d’atteindre le plein déploiement de la MINUSCA. Son action dans Bangui a été saluée par tous et a démontré, une fois encore, le savoir-faire des armées européennes. Fort de ce succès, l’Europe continue d’accompagner la Centrafrique sous une autre forme, celle du conseil qui accompagne la renaissance des forces de sécurité centrafricaines, en leur faisant bénéficier de l’expertise de nos armées. Début septembre, je proposerai à mes homologues ministres européens de la défense de réfléchir aux moyens d’appuyer la mise en œuvre, par les autorités centrafricaines, de la réforme prévue pour la FACA, pour laquelle l’Union Européenne a toute l’expertise requise.

L’ensemble de ces avancées, en se complétant naturellement, constituent la base d’un succès politique que nous voyons se présenter. Aujourd’hui, je veux le souligner, nous parlons d’élections après la réussite du Forum de Bangui, alors qu’il y encore un an, nous évoquions sans assurance de réussite la rédaction d’une feuille de route de transition, fruit du forum de Brazzaville.

Sans refaire l’histoire récente, je constate que malgré plusieurs soubresauts, qui sont inévitables dans toute crise, nous avons pu mettre en œuvre une méthode alliant respect de la souveraineté de la RCA, mise en responsabilité des acteurs centrafricains, et surtout accompagnement attentif de la France, de l’Europe et de l’ensemble de la communauté internationale.

Ce bilan de l’action de la France, c’est vous aussi qui l’incarnez. Il implique que chacun d’entre vous se sente responsable et serve avec dévouement et sens des valeurs. Je l’ai constaté à chacune de mes visites.

Je vous sais pleinement investis dans votre mission et vous avez toute ma confiance.

Je vous remercie.

Vive la République,
Vive la France
 


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