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Intervention de Jean

Le Drian : Daech : une réponse à plusieurs niveaux

Intervention de Jean-Yves Le Drian, ministre français de la Défense, à la Brookings Institution. Washington, mercredi 20 juillet 2016 – Seul le prononcé fait foi – Source : DICoD.

Mesdames et Messieurs, chers amis,

Je voudrais d’abord vous remercier pour cette invitation. Je suis très heureux de venir m’exprimer ici à la Brookings Institution, dans cette maison qui vient de célébrer cette année son centième anniversaire. Un siècle d’existence, qui correspond aussi à un siècle troublé, dans lequel la réflexion, la capacité à prendre du recul sur les évènements parfois vertigineux que nous vivons, doit nous permettre d’améliorer l’acuité de nos analyses, et donc l’efficacité de notre action.

Jean-Yves le Drian et ses homologues affinent une stratégie commune anti-Daech

Vous le savez, la France vient d’être frappée une nouvelle fois, à Nice, le jour de la fête nationale, dans une action terroriste d’une violence inouïe. C’est la troisième fois en dix-huit mois seulement – sans évoquer les tentatives que nous avons déjouées. C’est la tragique confirmation d’une certitude que nous avions déjà : la France,son modèle de société, la qualité de sa vie démocratique, son art de vivre,sont insupportables aux yeux des barbares qui veulent nous frapper.

En tant qu’État, cette situation nous donne un certain nombre d’obligations. La première est d’assurer la sécurité de nos citoyens. Légitimement, les Français demandent donc une sécurité accrue, mais en même temps la préservation de leur mode de vie, y compris de leurs libertés, qui sont à la base de notre contrat social.

Quel est donc cet ennemi qui nous cible ? Je voudrais tenter avec vous de définir précisément les formes de la menace qui pèse sur nous, et les moyens d’y faire face le plus efficacement.

Il faut partir d’un constat simple. Aujourd’hui, une série de groupes terroristes, autour des pôles principaux que sont Daech et Al Qaïda, sont disposés à utiliser tous les moyens pour nous frapper, dans le but non de nous vaincre sur le plan militaire, car cette bataille est perdue, je vais en reparler, mais dans le but de nous plonger dans la stupeur, en espérant que nos institutions vacillent.

Et Daech en particulier, à cet égard, est un ennemi multiforme. Il se décline sous trois aspects, qui sont étroitement articulés :

- S’il n’est pas un État d’un point de vue juridique, il constitue, du point de vue stratégique, un « proto-État », qui tente d’exercer des pouvoirs régaliens.
- Ce proto-État s’accompagne d’un mouvement djihadiste transnational, qui s’inscrit, comme le fait par ailleurs Al-Qaeda, dans une nébuleuse de groupes qui opèrent par-delà les frontières et jusque sur nos sols nationaux. Ainsi, frapper Daech au Levant c’est du même coup, pour nous et pour d’autres, protéger nos territoires.
- Enfin, Daech est une idéologie particulièrement dangereuse, qui veut renouer avec un « Califat » et, ce faisant, façonner une société nouvelle. Je veux y insister, en disant qu’à mon sens, Daech est une entreprise totalitaire à part entière : elle est fondée sur un substrat idéologique profondément inégalitaire, hiérarchisant les humains en groupes supérieurs et inférieurs, au point d’avoir réintroduit l’esclavage dans sa forme la plus abjecte, l’esclavage sexuel des femmes yézidies ; elle est fondée sur une volonté éradicatrice de tous les groupes qui s’opposent au Califat ; elle est fondée sur la mobilisation de l’ensemble des ressources sociétales, financières et humaines, au service de la lutte permanente contre le reste du monde ; elle est enfin fondée sur un contrôle policier étroit des populations soumises à une violence extrême, comme en témoigne la multitude des exécutions en territoire dominé par Daech.

Pour nous, cette caractérisation protéiforme appelle une réponse à plusieurs niveaux :

- Au niveau militaire, nous devons détruire ce proto-État djihadiste.
- Au niveau policier et judiciaire, nous devons protéger nos concitoyens sur le territoire national – et les armées françaises y contribuent aujourd’hui en raison de la militarisation de l’adversaire.
- Au niveau économique, l’assèchement des recrutements djihadistes passera, dans la durée, par l’altération des ressources de l’EI.
- Enfin, au niveau politique et idéologique nous devons mettre en œuvre tous les moyens pour contrer l’influence de Daech. En particulier, nos efforts doivent se porter sur le domaine cyber pour contrer le « califat virtuel », qui risque d’être réinvesti à mesure que le califat physique est en recul en Syrie et en Irak.

Cette menace exercée par Daech est nouvelle par sa mesure, par sa démesure, mais pas forcément par sa nature : la prétention à la domination territoriale et à la formation d’un proto-État gérant une population existait déjà avec AQMI en 2012 au Mali, et l’utilisation de la terreur contre des civils, à Bagdad comme à Paris, à Istanbul comme à Bruxelles, avec la volonté de fragiliser les sociétés qui leur résistent n’est pas non plus nouvelle. Les Américains sont mieux placés que quiconque pour le savoir.

Notre action doit donc s’adapter à la continuité de la menace à laquelle nous faisons face, qui nous cible au plus loin de nos frontières comme au plus près de nos vies. Notre action doit donc être elle-même extérieure et intérieure ; elle doit faire appel à une variété d’instruments, depuis nos forces armées déployées au Levant ou dans le Sahel, jusqu’aux services de renseignement, de police et de justice, sans oublier l’ensemble des capacités de sécurité civile qui permettent à notre pays de faire face lorsqu’il est attaqué.

Puisque c’est le domaine dont j’ai plus particulièrement la charge, permettez-moi de centrer la suite de mon propos sur le volet militaire de l’action menée par la France contre les groupes armés terroristes qui la menace.

La France n’est pas un « pays va-t’en guerre ». Mais elle sait reconnaître que certaines guerres s’imposent à elle. Ce fut le cas en 2001 en Afghanistan, où nous sommes intervenus par solidarité avec nos alliés américains, et c’est le cas aujourd’hui. En 2003, nous avons eu le courage de dire que la guerre d’Irak n’avait pas à être menée, que d’autres voies existaient et que les risques étaient immenses. Je ne le dis pas pour souligner que nous avions raison, ce n’est pas ma démarche. Je fais simplement remarquer que si la France s’engage dans une guerre, c’est qu’elle a des raisons très fondées pour elle-même de le faire.

En Syrie et en Irak, nous menons une guerre contre des ennemis identifiés, qui ont mené des actes de guerre ou de déstabilisation jusqu’au cœur de notre territoire et avec lesquels aucune négociation n’est manifestement possible. Ces groupes doivent être détruits dès lors qu’ils représentent une menace pour nous. C’est ce que nous sommes en train de faire au Moyen-Orient.

Je veux redire ici combien l’idée selon laquelle nous pourrions en quelque sorte « acheter » notre tranquillité en n’intervenant pas contre Daech n’a aucun sens. Le programme de Daech est sans ambiguïté, c’est la domination mondiale du Califat : si nous venions à le laisser consolider son emprise sur le Moyen-Orient, il aurait encore plus de ressources, plus de combattants, encore plus de capacités de planification pour nous frapper, comme il l’a fait en novembre dernier lorsqu’un commando armé a été projeté au cœur de Paris selon un plan précis et selon un plan travaillé de longue date.

La contribution française à la campagne de la coalition, qui justifie ma présence à Washington ces jours-ci, est significative : nous formons à Bagdad les membres de l’unité d’élite contre-terroriste, nous formons des unités de l’armée de terre ; nous travaillons main dans la main avec les Peshmergas ; nos avions sont mobilisés depuis septembre 2014 et frappent régulièrement les cibles ennemies, quasiment tous les jours au sein de la coalition.

Ces actions nous ont permis d’obtenir, avec les États-Unis, des résultats extrêmement importants. Je pense à la libération de Falloudja, qui est un symbole majeur, s’agissant de la première ville importante contrôlée par l’EI. Je pense à la perte prochaine de Manbij, qui permettra de couper Daech de son dernier accès au monde extérieur. Je pense encore à la prise de Qayyarah, qui nous permet désormais de planifier concrètement notre avancée sur Mossoul, l’un des principaux centres de décision de l’organisation terroriste.

Tout cela nous permet d’entrevoir le moment, que j’espère prochain, où Daech aura perdu son emprise territoriale au Levant. Cela réduira sa capacité d’action contre nous, et notamment sa capacité à planifier des attaques complexes sur une période longue. Nous savons ainsi – j’y ai déjà fait allusion – que les attaques de novembre 2015 ont été conçues et préparées depuis la Syrie, notamment depuis Manbij et Raqqah, avec la projection de commandos en France, via les flux migratoires, et le transfert de ressources depuis le Moyen-Orient vers l’Europe. Mais cela doit également nous permettre de porter des coups à la machine de propagande de Daech, cet incubateur qui permet de mobiliser des déséquilibrés ou des fanatiques, incités comme dans le cas de Nice à prendre seuls l’initiative d’actions terroristes.

Je précise ici que l’utilisation de véhicules comme arme, de manière rudimentaire et violente, dans le but de tuer, est un mode opératoire proposé déjà par Al Qaïda depuis 2010 et par Daech en 2014. Ce qui compte, c’est de terroriser, même de manière désordonnée, et de frapper des symboles : la République française et la notion de liberté, intimement liées à la fête nationale du 14 juillet, les Juifs dont l’intégration à la République française a été la plus précoce du monde occidental, dès 1789, la jeunesse au Bataclan, ou encore les journalistes et les dessinateurs de presse comme dans le cas avec l’attentat contre Charlie Hebdo.

Nous devons donc détruire l’emprise territoriale de Daech car c’est le cœur, et nous sommes en train d’y parvenir dans le cadre de la coalition : l’organisation terroriste a perdu environ quarante pour cent de son territoire en Irak et vingt pour cent en Syrie, ses ressources sont désormais bien moins importantes, notamment pour ce qui est des hydrocarbures, et le flux de combattants qui la soutiennent se réduit progressivement. Dans le même temps, notre action sur le terrain nous permet le recueil de renseignements en quantité considérable sur Daech. Le recul de Daech, par exemple à Manbij, où de nombreux français ont transité, nous permet de saisir des informations qui nous seront utiles pour protéger le territoire national, de la menace que font peser les combattants français ou étrangers présents sur place. Aujourd’hui 680 Français sont présents dans les rangs de Daech au Levant, 187 sont présumés morts sur place et environ 200 sont revenus en France. Et ces chiffres sont désormais relativement stables.

Pendant qu’il recule, Daech cherchera donc à continuer à nous frapper, en France, en Belgique, aux États-Unis ou ailleurs, et il est donc de notre devoir de réduire le plus rapidement possible la phase de son recul pour lui porter des coups décisifs afin de le désorganiser d’une manière définitive. C’est la raison pour laquelle dans la phase actuelle des opérations au Levant, le Président de la République a annoncé un accroissement de notre contribution militaire qui se traduire par un nouveau déploiement du porte-avions Charles de Gaulle. Et aussi par un accroissement du rôle de notre armée de terre comme soutien des forces irakiennes et de la coalition.

Face à l’ampleur du défi auquel nous faisons face, notre réponse doit être commune, et les États-Unis sont dans cette perspective plus que jamais indispensables.

Les États-Unis et la France sont les deux principales cibles désignées par la propagande des groupes terroristes djihadistes. Le type de menace qui pèse sur nous demeure très proche, depuis l’individu perpétrant un massacre de masse comme à Nice ou Orlando, jusqu’aux foreign fighters qui constituent un enjeu extrêmement lourd.

Jean-Yves le Drian avec son homologue américain Ash Carter sur la base d'Andrews (Maryland)

La lutte contre Daech, contre ses métastases et, de manière générale, contre les groupes terroristes islamistes, est donc un combat que la France et les États-Unis, mènent ensemble, avec leurs Alliés, et cela sur tous les théâtres.

C’est vrai en Syrie et en Irak, où je dois dire que la très grande qualité de la relation de travail développée avec Ashton Carter au cours des derniers mois, à des moments particulièrement difficiles pour la France, nous a permis d’avoir une stratégie partagée au Levant.

C’est vrai aussi en Afrique, où la France mène aujourd’hui la lutte contre Al-Qaeda au Maghreb Islamique et contre d’autres groupes djihadistes, avec l’aide des États-Unis, notamment en matière de renseignement, de transport et de ravitaillement. Ces éléments précieux constituent aussi les conditions de notre succès. La France bénéficie ainsi du soutien des États-Unis grâce au vote d’une disposition spéciale de votre loi de finance, la section 1207 de la National Defence Authorization Act pour 2016, qui permet à votre pays d'apporter une aide opérationnelle et financière aux États qui luttent contre le terrorisme et poursuivent les mêmes objectifs stratégiques. Je vois dans le soutien bipartisan dont a fait l’objet cette section la reconnaissance de l’efficacité des forces françaises et un autre signe de l’étroitesse de nos liens.

Cette proximité, je le dis ici, a permis de porter notre relation militaire à un niveau sans précédent dans notre histoire récente – et je m’en réjouis.

Le fait que le porte-avions Charles de Gaulle ait pris au début de l’année 2016 la tête de la Task Force 50 est également un signe très fort, tant du haut degré d’interopérabilité des forces françaises et américaines que de la confiance qui règne entre nous.C’est en effet la première fois qu’un amiral étranger a commandé une taskforce comprenant des navires américains.

Dans le même ordre d’idée, au matin de ce 14 juillet tragique, le survol des Champs Élysées par un avion américain Hercules C130-J suivi de deux hélicoptères Caracal était important pour moi, car il est venu symboliser une coopération opérationnelle très efficace au Sahel.

Notre coopération est également forte en matière d’échange de renseignement opérationnel, dans le cadre des special instructions données par Ashton Carter aux agences de renseignement placées sous sa responsabilité, et qui se sont traduites par des instructions réciproques que j’ai données à mes propres services et aux commandements militaires français.

Cette proximité maintes fois vérifiée nous permet de travailler sur de nouveaux dossiers sensibles, main dans la main. En Libye, le recul de Daech, notamment à Syrte, est un signal positif. Nous soutenons le gouvernement d’entente nationale, qui doit être à la tête d’un appareil de sécurité inclusif. Cet effort doit reposer sur la constitution d’une vraie armée libyenne – une armée qui ne soit pas la simple agrégation de milices, mais bien représentative de la diversité du pays. Cet effort doit être conforté par la mise en œuvre effective de l’embargo sur les armes à destination de Daech et Al-Qaeda en Libye, que le conseil de sécurité vient d’autoriser avec un mandat particulièrement robuste donné à la mission européenne Sophia. La France contribue à cette mission en déployant des moyens navals en vue d’assurer le contrôle des navires suspects qui alimentent les groupes terroristes libyens en armes.

Au-delà de notre lutte contre les groupes terroristes djihadistes, ce lien étroit entre la France et les États-Unis doit aussi permettre de faire face aux menaces de la force et aux autres défis de sécurité émergents.

Je pense notamment à la posture que nous devons adopter face à la Russie. Comme l’a dit le Président de la République à Varsovie, la France, et l’OTAN, sont dans une attitude strictement défensive. Nous ne menaçons personne. Pour autant, nous devons garantir la sécurité des pays membres de l’Alliance les plus fragiles, et c’est la raison pour laquelle la France participera dès 2017 à la présence avancée de troupes alliées à l’Est, spécifiquement en Estonie.

Mais dans ce défi de sécurité, je pense également à la mer de Chine méridionale où nous affirmons la nécessité que chacun contribue à réduire les tensions existantes, avec comme seul guide le droit international, qui assure notamment la liberté de circulation dans les espaces maritimes, et constitue le principal élément stabilisateur de l’ordre international. Si nous laissons le droit être contesté en un lieu, il le sera partout.

Je pense enfin aux défis d’un autre aspect, de nature plus politique – tels que la manière dont nous devrons accompagner le « Brexit » dans le domaine de la Défense.

Il ne m’appartient pas, en tant que ministre de la défense, de me prononcer sur la volonté du peuple britannique, de commenter des décisions politiques internes ou d’émettre des conjectures sur les mécanismes diplomatiques à mettre en œuvre. En revanche, je ne peux me désintéresser des impacts géostratégiques de cette décision majeure sur nos grands équilibres stratégiques et sur l’avenir de l’Europe. Je souhaite que nous puissions trouver des modalités de séparation qui préservent la stabilité du continent européen.

Il y a à ce sujet des inquiétudes que nous devons regarder clairement. Elles sont à mon sens de trois ordres.

En premier lieu, nous devons éviter un repli stratégique du Royaume-Uni, qui risquerait d’être absorbé par les négociations de la séparation. Nous pensons qu’il ne serait pas dans l’intérêt des Britanniques, avec qui nous entretenons des relations denses en matière de défense, de tourner le dos à l’Europe ou au monde. C’est ce que nous leur avons dit, et même écrit dans la presse britannique pour ce qui me concerne, et c’est ce que nous continuerons à leur dire. De la même manière, nous pensons qu’il n’est pas davantage dans l’intérêt de l’Europe d’aborder la séparation dans un esprit de revanche.

En second lieu, nous devons éviter la désunion des Européens au sein de l’Union européenne, car celle-ci aurait nécessairement un impact négatif sur la cohésion et l’unité de l’OTAN, que nous venons de réaffirmer à Varsovie.

En troisième lieu, nous devons éviter que l’Europe ne perde sa place d’acteur majeur de la sécurité, qui est complémentaire de la puissance américaine. Outre les aspects budgétaires qui semblent évidents, le retrait de l’UE de la seule autre puissance nucléaire et expéditionnaire pourrait renforcer la position de certains pays européens peu désireux de voir les Européens prendre en charge leur propre sécurité. C’est pour moi un sujet de préoccupation personnelle fort.

A cet égard, l’évolution de l’état d’esprit à Berlin, dont témoigne le dernier livre blanc allemand, est une bonne chose, et je continuerai à travailler étroitement avec Ursula von der Leyen pour proposer aux Européens des modalités de renforcement de l’Europe de la défense, dans l’intérêt également des Américains qui appellent régulièrement à un meilleur partage du fardeau entre les deux rives de l’Atlantique.

Pour autant, je reste confiant.

J’ai confiance, car nous voyons toujours les signes d’une volonté britannique de travailler avec le reste de l’Europe et de maintenir une présence forte sur la scène internationale. Mais j’ai confiance car je vois la capacité de mobilisation de la France et des Européens.

Tout d’abord, de manière bilatérale,la France continuera à entretenir avec le Royaume-Uni une relation de défense très riche. Le contexte international exige du pragmatisme. Le Royaume-Uni reste le partenaire en Europe qui dispose à la fois de la volonté et des capacités pour intervenir dans le monde. Il reste une puissance nucléaire dans un monde incertain. La force de notre relation de défense, marquée par les traités de Lancaster House, et la force de nos liens permettra de peser contre toute tentation d’un repli stratégique. Paris et Londres ont d’ailleurs récemment validé le concept de force expéditionnaire franco-britannique (CJEF),qui nous permettra d’intervenir en premier s’il y avait éventuellement des situations très exigeantes.

En outre, nous travaillons à ce que la relance du projet européen s’accompagne aussi d’une redéfinition la politique de sécurité et de défense commune – la PSDC. Le Brexit est un symptôme, il faut en analyser les causes et donner un sens au projet européen pour nos citoyens. Or, la sécurité est une préoccupation de nos sociétés et l’Europe sera un acteur majeur de leur sécurité, ou bien elle échouera.

Mesdames et Messieurs, chers amis,

Dans un contexte stratégique et politique troublé, j’ai donc la conviction que l’amitié franco-américaine est plus dense et importante que jamais. Elle s’illustre dans le combat que nous menons ensemble, en ce moment même, contre les groupes terroristes djihadistes qui nous menacent. Elle nous confère également une responsabilité particulière pour accompagner le changement géopolitique que constitue le Brexit.

Au-delà des intérêts que nous partageons au présent, la relation franco-américaine est donc profonde car elle peut s’enraciner dans le passé, dans plus de deux siècles de solidarité indéfectible, et alors que nous nous apprêtons à commémorer en particulier le centenaire de l’entrée en guerre de votre nation dans la Première Guerre mondiale, aux côtés de la nôtre. Cette amitié, c’est donc une histoire et une vraie communauté de valeurs. A l’heure où, des deux côtés de l’Atlantique, se font entendre des voix pour prôner le repli, c’est un élément que nous ne devrions pas oublier.

Pour toutes ces raisons, en cette année électorale pour nos deux pays, je souhaite que l’amitié franco-américaine grandisse encore et que notre relation de défense continue de s’approfondir. Nous avons tous, vous aussi, un rôle à jouer dans cette perspective.

Je vous remercie.

Voir également :

Carter: Defense Ministers Agree on Next Steps in Counter-ISIL Fight
Carter Convenes Counter-ISIL Coalition Meeting at Andrews

 


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