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Le début d'un processus et non pas une rencontre isolée

Le début d'un processus et non pas une rencontre isolée

Entretien du ministre des Affaires Etrangères, M. Hubert Védrine avec TV5 le 26septembre 2001 à Paris. Source: Quai d'Orsay.

Q - Monsieur le Ministre, bonjour, vous rentrez d'un voyage en Israël et dans les Territoires palestiniens. Comment réagissez-vous à la rencontre Peres-Arafat qui vient de s'achever ?

R - C'est peut-être enfin le début que nous recherchions. Depuis des mois et des mois, le Proche-Orient s'enfonçait dans une spirale et une aggravation sans fin. Nous avons beaucoup travaillé pour que cette rencontre ait lieu, les Américains, les Européens.

Durant ces trois jours que j'ai passé en Israël et chez les Palestiniens, j'ai à mon tour fait tout ce que j'ai pu pour convaincre Ariel Sharon qu'il a raison de vouloir la sécurité pour le peuple d'Israël, mais qu'il faut chercher la sécurité par des moyens qui ne sont pas seulement militaires, sinon il n'y arrivera pas. Donc un processus politique.

J'ai tout fait pour encourager Shimon Pères, qui voulait cette rencontre mais qui en avait été empêché à plusieurs reprises, et j'ai également tout fait pour convaincre Yasser Arafat qu'il fallait cette fois-ci saisir l'occasion. L'effort que j'ai accompli venait après d'autres efforts européens, avant d'autres efforts.

Nous, Européens, sommes très présents, nous nous passons le relais. L'objectif, maintenant que cette rencontre a eu lieu et qu'Ariel Sharon, Shimon Peres et Yasser Arafat ont eu de façon différente le courage de la vouloir et de l'accepter, c'est que cette rencontre soit le début d'un processus et non pas une rencontre isolée. Je constate que déjà ils envisagent une autre rencontre pour la semaine prochaine, qu'ils se sont mis d'accord sur un calendrier, donc il faut repartir.

Q - Il a semblé à différents moments qu'Ariel Sharon était un peu incité, notamment par la diplomatie européenne ou américaine, à accepter ces rencontres. Vous avez discuté avec lui, est-il sincèrement désireux de reprendre les négociations ?

R - C'est un homme avec qui on peut parler en réalité. Ce qu'il veut, c'est la sécurité pour Israël. Et quand on lui dit : "Vous voyez bien que les moyens militaires, employés jusqu'ici, ne donnent pas la sécurité. N'opposez pas la sécurité par des moyens militaires et de répression à la recherche d'une solution politique.

Complétez les deux, associez les deux démarches.

Ce n'est pas sa ligne, ce n'est pas sa vision, ses convictions, mais c'est quelqu'un qui écoute. Ce que je constate, c'est qu'il a fini par accepter cette rencontre, qu'il ne voulait pas, à un moment donné. Je crois comprendre qu'il est déjà d'accord pour la deuxième rencontre. L'important, c'est qu'il ne parle pas que de sécurité. C'est très important la sécurité, pour les Israéliens comme pour les Palestiniens, mais il faut aussi parler des conditions de vie des Palestiniens dans les Territoires occupés, et elles sont insupportables, absolument insupportables. Et d'ailleurs indéfendables à aucun point de vue. Il faut que cela revienne à un processus politique.

Nous avons les instruments: la Commission Mitchell, il y a quelques mois, est parvenue à des conclusions acceptées par tout le monde et qui dessinent le cheminement pour que l'on puisse reprendre des discussions politiques. Un jour, je l'espère, j'en suis sûr même, on reviendra à des discussions comme celles qui avaient eu lieu à la fin de l'année 2000. On n'en est pas là, mais il faut aller dans ce sens et tout notre effort, désormais, doit aller dans ce sens pour consolider ce qui s'est passé entre Peres et Arafat, en réalité entre Sharon et Arafat.

Q - Il vous semble qu'il y a une ligne homogène entre Peres et Sharon ? N'y a-t-il pas deux approches politiques contradictoires à l'intérieur de ce gouvernement ?

R - C'est un gouvernement de coalition. Ils ont des points de vue différents, tout le monde le sait. On en parle toute la journée, c'est évident. Sauf qu'ils se sont mis d'accord pour que cette rencontre ait lieu. Il faut regarder les faits : la rencontre a finalement eu lieu, un calendrier en sort.

Il faut tout faire pour que, pendant cette période et après la deuxième rencontre, il n'y ait pas d'événement qui fournisse des prétextes pour arrêter tout cela. Il n'y pas de véritable sécurité sans la recherche d'une solution politique, et la solution politique doit être recherchée. On ne peut pas laisser le Proche-Orient s'enfoncer dans cet abîme.

Q - Il y a eu une intense activité diplomatique de la France et de l'Europe au cours de ces derniers mois, il a semblé que les Américains étaient relativement absents. N'avez-vous pas eu cette impression dans vos contacts avec, notamment, Georges Bush ?

R - C'est un peu dépassé. Pendant un certain temps, les Etats-Unis ne voulaient pas se mêler des affaires du Proche-Orient, en première ligne. La nouvelle administration considérait que le président Clinton avait vraiment fait tout ce qu'il était possible de faire et que cela n'avait pas marché, ils étaient donc un peu plus attentistes.

Ils voyaient d'ailleurs d'un bon œil, contrairement à l'administration Clinton qui, sur ce point, était plus possessive, que les Européens s'engagent plus et, notamment, l'idée que nous avions lancée avant l'été d'un relais presque permanent de ministres européens qui vont sur place, parce que nous sommes très homogènes entre Européens, maintenant, sur cette question. Je note d'ailleurs que ces derniers jours, le président Bush et M. Powell ont manifesté un intérêt réel pour la recherche de la paix au Proche-Orient. Aujourd'hui, les efforts américains et européens sont très convergents, et le fait que cette rencontre ait pu finalement avoir lieu est lié à ce contexte.

Q - Au lendemain des attentats aux Etats-Unis, à New York et sur le Pentagone à Washington, on a senti une communauté internationale très soudée. Où en est-on aujourd'hui et les Américains ont-ils à présent demandé aux Européens une aide militaire, ou seulement des bases, ou bien en est-on simplement aux phases de l'information réciproque ?

R - Il faut distinguer l'action militaire américaine en représailles au titre de la légitime défense, en tout cas de l'article 51 de la Charte des Nations unies et d'autre part la coalition politique à long terme contre le terrorisme.

Il y a aujourd'hui une réunion à Bruxelles des ministres de la Défense de l'OTAN où le numéro deux du Pentagone a expliqué qu'il n'avait pas de demande à faire à ses alliés. Il les tient informés. Sur le plan militaire, on voit que les Etats-Unis ont été cruellement meurtris par ces attentats et ces milliers de morts, mais d'une part, profondément blessés dans leur fierté nationale, d'abord parce qu'ils se pensaient invulnérables, d'autre part parce qu'il s'agit de lieux très symboliques.

Les Etats-Unis veulent donc réagir par eux-mêmes et ils ne cherchent donc pas spécialement à bâtir une coalition militaire. Cela ne veut pas dire qu'ils ne demanderont pas à tel ou tel pays qui disposent de moyens militaires spécialisés ou placés à un endroit stratégique telle ou telle facilité ou appui, mais ils ne cherchent pas à faire une coalition militaire à proprement parler. Les autres pays n'ont donc pas à se poser la question sous cette forme.

Par contre, ils voudraient vraiment qu'il y ait une coalition politique mondiale contre le terrorisme, mais cela ils ne sont pas les seuls à le vouloir ; tout le monde le veut. Mais cela suppose évidemment que l'on prenne des mesures drastiques, parce que réagir militairement est une chose, briser des réseaux en est une autre, asphyxier financièrement le terrorisme est encore plus ample, ce qui veut dire qu'il faut être beaucoup plus percutant dans la lutte contre le blanchiment. C'est à dire qu'il y a certains aspects du système financier international, des mouvements de capitaux qu'il faut mieux contrôler. Il faut lutter contre tout ce qui alimente le terrorisme, ce ne sont pas que des idéologies démentes : il y a des situations de désespoir, d'humiliation nationale, de pauvreté infinie, de sentiments de rejet. Tout cela ne crée pas l'idéologie extrémiste, mais l'alimente en permanence.

C'est donc un travail pour des années et vous voyez bien que cela ramène à des problèmes du monde que nous avions parfaitement en tête avant le 11 septembre. La France est l'un des pays les plus engagés sur ces questions Nord-Sud, du développement, des crises régionales, au Proche-Orient et ailleurs. Nous sommes dans une situation où il ne faut pas seulement lutter contre le terrorisme, mais aussi contre tous les problèmes graves qui affectent ce monde.

Q - Vous n'êtes pas surpris justement par la gestion de cette crise par les Etats-Unis - il ne s'est rien passé en tant que tel au plan militaire ?

R - Je trouve qu'ils gèrent cette situation avec beaucoup de sang-froid, un grand sens des responsabilités. Le président Bush et M. Powell ont dit, tout de suite, qu'il n'était pas question de réagir précipitamment et à l'aveugle. Tout de suite, ils ont souligné qu'il s'agissait de détruire des réseaux terroristes et évidemment pas de se lancer dans des opérations contre le monde arabe et musulman. Ils ont, tout de suite, vu le danger de l'amalgame, ils ont, tout de suite, vu que c'était un calcul pervers des auteurs des attentats, jusqu'ici ils ont très bien réagi.

Q - Le monde entier est concerné par cette stratégie, on peut penser à des pays modérés comme l'Egypte qui s'interrogent sur la participation à une telle coalition. Il y a une mobilisation mondiale derrière cette stratégie selon vous ?

R - Je constate qu'il y a une mobilisation quasiment mondiale pour la lutte contre le terrorisme. Ensuite les pays discutent en fonction de leur expérience en disant "je pense que pour lutter efficacement il faut faire ceci ou cela". Les pays ont différentes conceptions sur la façon d'extirper, d'éradiquer les racines du terrorisme.

C'est normal et si l'on bâtit des coalitions, ce sont des coalitions entre alliés ; donc on discute, mais l'objectif me paraît mondialement clair. Mais, encore une fois, cela ne se substitue pas au travail que nous devons faire dans le monde tel qu'il est pour réduire l'écart entre les pauvres et les riches, pour que les institutions mondiales soient plus consensuelles et plus efficaces, pour que tout sorte de crises terribles et non résolues trouvent des solutions. Cela doit se combiner.

Q - Monsieur le Ministre, si l'on conclut sur la France, toujours en situation exceptionnelle de cohabitation. Pour gérer une telle crise, est-ce que cela vous pose le moindre problème ?

R - Non pas du tout, les rôles constitutionnels et politiques du président de la République et du Premier ministre sont tout à fait clairs, chacun est dans son rôle, assume ses responsabilités, et quand on voit le président de la République s'exprimer ou faire des voyages très importants comme celui qu'il a fait à Washington et à New York, c'est précédé de concertations. Il en parle au Premier ministre, au ministre concerné. Le gouvernement exerce toutes ses responsabilités en ce qui concerne la sécurité des Français : le plan Vigipirate renforcé, et tout ce qui en découle, et d'autre part en ce qui concerne l'activité économique. Et vous n'avez pu noter aucune contradiction sur ces différents points. La France se montre à la hauteur de ce type de circonstances et elle se montre forte./.

 

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