Europe-États-Unis : la grande rupture

En un an Donald Trump a réussi là où les fédéralistes européens ont échoué pendant 70 ans : unifier l’Europe. Cette ironie de l’histoire résume à elle seule le climat glacial de ce mois de janvier 2026. La publication hier matin du sondage Eurobazooka/Cluster 17 ne fait que confirmer des « signaux faibles » devenus assourdissants. À Davos, les récentes allocutions de Mark Carney, d’Emmanuel Macron et de Volodymyr Zelensky ont déjà montré que la coupe était pleine : l’heure est venue de remettre les pendules à l’heure.

Nous assistons à un basculement historique qui consacre la rupture définitive du lien transatlantique.

par Joël-François Dumont — Paris, le 24 janvier 2026

Introduction

Cette colère de l’opinion européenne ne sort pas de nulle part. Elle est la réponse directe et rationnelle à la publication, la semaine dernière, de la nouvelle « National Defense Strategy » du Pentagone.

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Le temps de l’innocence est fini. Le temps de la puissance commence — Illustration © European-Security

Ce document doctrinal, qui acte les priorités de l’Amérique pour 2026-2030, a fait l’effet d’une douche froide dans les chancelleries : pour la première fois, l’Europe n’y est plus qualifiée de « partenaire vital », mais de « zone de compétition économique » et de « périphérie stratégique ».

En actant la sécurisation unilatérale des ressources (Groenland) comme priorité de sécurité nationale supérieure aux obligations de l’OTAN, Washington a déchiré le contrat de confiance. Le sondage d’aujourd’hui prouve que les peuples européens ont reçu le message cinq sur cinq : ils ne sont plus protégés, ils sont ciblés.

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Cette conviction d’être devenus une cible ne relève pas de la paranoïa collective. Elle est la lecture lucide de la nouvelle architecture de sécurité américaine. Pour comprendre la violence des chiffres du sondage Euro-bazooka, il faut les superposer à la National Defense Strategy (NDS 2026) publiée par le DoD qui a repris son nom historique de « Department of War ».[01]

Ce document militaire n’est pas une surprise : il est la traduction opérationnelle, brutale et sans filtre, de la « Directive de Sécurité Nationale » émise par la Maison-Blanche deux mois plus tôt.

Memorandum for Senior Pentagon Leadership (23 janvier 2026)

Si le document de la Maison-Blanche posait le cadre idéologique — définissant l’Europe non plus comme un allié inconditionnel mais comme un « concurrent économique systémique » abusant de la protection américaine — le rapport du Pentagone en tire les conséquences logistiques et tactiques.

2026 NDS Pete Hegseth & Donald Trump — US War Department Photo
Pete Hegseth & Donald Trump — US War Department Photo

Il acte trois ruptures majeures qui valident les pires craintes des Européens :

1 La doctrine de la « prédation nécessaire »

Le Pentagone établit noir sur blanc que l’accès aux « clés du terrain » (Key Terrain) comme le Groenland et le canal de Panama) est une priorité absolue. La sécurisation du Groenland par l’US Army n’est pas une option, mais un impératif pour garantir l’accès militaire et commercial américain.[02] Cela donne raison aux 66% d’Européens qui parlent de « recolonisation ».

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La sécurisation du Groenland par l’US Army n’est pas une option — Illustration © European-Security

2. La fin du « parapluie » pour l’Europe continentale

Faisant écho à la vision transactionnelle, le Pentagone annonce que les alliés doivent assumer la « responsabilité principale » de leur défense conventionnelle. Les troupes US ne sont plus là pour garantir la sécurité européenne inconditionnelle, mais pour fournir un soutien « critique mais limité », l’effort principal étant redirigé vers la Chine et la défense du territoire américain (Homeland Defense).[03]

3. L’Arctique comme nouveau centre de gravité

Le rapport intègre le « Trump Corollary » à la doctrine Monroe, affirmant la dominance militaire américaine sur l’hémisphère occidental, Groenland inclus, pour empêcher toute influence adverse.[04] En militarisant cette zone, Washington traite ces territoires comme une zone d’influence exclusive.

C’est cette double lecture — la vision politique de la Maison-Blanche couplée à la planification militaire du Pentagone — qui a provoqué l’électrochoc. Les Européens ont compris que le « Make America Great Again » passait désormais par un affaiblissement de leur propre position stratégique.

Le dernier sondage Eurobazooka/Cluster 17 témoigne brutalement de la prise en compte par les Européens et leurs Alliés (Canada, Australie) d’une dynamique aussi nouvelle qu’inédite.

Voici la radiographie chiffrée de cette rupture, qui ne laisse place à aucune ambiguïté :

  • 51% des Européens qualifient désormais Donald Trump d’ennemi, et 44% de dictateur.
  • 81% assimileraient une intervention américaine au Groenland à un acte de guerre.
  • 63% soutiennent l’envoi de troupes européennes pour défendre l’île (une première historique).
  • 21% jugent une guerre directe avec les USA probable — un niveau de menace perçu supérieur à celui de la Chine (11%) ou de l’Iran (18%).
  • Près des 2/3 décrivent la politique étrangère américaine comme une entreprise de « recolonisation ».
  • 56% blâment la passivité de leurs dirigeants face au coup de force au Venezuela.
  • L’alignement s’effondre : l’opposition frontale (46%) dépasse désormais la volonté de compromis.

Dès lors, l’analyse détaillée de ces chiffres prend une dimension vertigineuse : ce n’est pas une saute d’humeur, c’est une entrée en résistance.

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Sondage Eurobazooka — Infographie © European-Security

I. L’électrochoc démocratique : Analyse des données

Les résultats de ce mois de janvier 2026 ne marquent pas une simple évolution, mais une rupture de digue. Le « surmoi » atlantiste, qui interdisait aux Européens de penser contre les États-Unis, a sauté.

1. La désacralisation totale de l’Allié

Le chiffre le plus lourd de conséquences est sans doute celui-ci : 51% des Européens qualifient désormais Donald Trump d’ennemi.

51% des Européens voeint un ennemi en Donald Trump — Illustration ¢ European-Security
51% des Européens qualifient désormais Donald Trump d’ennemi, et 44% de dictateur — Sondage Eurobazooka

Pour la première fois depuis 1944, l’Amérique n’est plus majoritairement perçue comme un protecteur, mais comme une menace existentielle. Ce basculement est moral autant que géopolitique.

En qualifiant le président américain de « dictateur » (44%) ou en lui attribuant des « tendances autoritaires » (44%), les citoyens européens délégitiment l’alliance. On ne s’allie pas avec ce que l’on réprouve. L’inversion des valeurs est totale : aux yeux de l’opinion, Washington est devenu une source d’instabilité.

2. Le Groenland : La ligne rouge du « patriotisme européen »

Le rapport du Pentagone sur la sécurisation des ressources a trouvé une réponse cinglante dans l’opinion. 63% des répondants se disent favorables à l’envoi de troupes au Groenland.

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81% considéreraient une intervention militaire US comme un « acte de guerre © European-Security

C’est un chiffre historique pour une Europe souvent qualifiée de « Vénus » pacifiste. Il signifie que les Européens considèrent désormais le territoire de l’Union (et celui de ses associés comme le Danemark) comme un sanctuaire inviolable. Plus grave encore pour l’avenir de l’OTAN : 81% considéreraient une intervention militaire américaine sur l’île comme un « acte de guerre ».

3. Le mécanisme de compensation : Du Venezuela à l’Arctique

Il existe un lien de causalité direct entre l’humiliation ressentie lors de l’affaire vénézuélienne et la fermeté affichée sur le Groenland. Avec 56% d’insatisfaits quant à la réaction molle des autorités européennes face à l’enlèvement de Maduro (jugé illégal par 63%), l’opinion a développé un complexe d’impuissance qu’elle refuse de revivre. Le durcissement sur le dossier groenlandais est un mécanisme de compensation : ce que l’Europe n’a pas osé faire à Caracas, elle exige de le faire à Nuuk.

4. L’effondrement du parti du « compromis »

Enfin, la dynamique politique interne est claire. La demande d’alignement sur Washington s’est effondrée.

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Entre la soumission et la rupture, les Européens sembent avoir fait leur choix— Illustration © European-Security

Si le pays semble divisé entre compromis (44%) et opposition (46%), la dynamique ne trompe pas : le « sens commun » glisse vers la confrontation. Les partisans de la négociation sont désormais perçus comme les naïfs d’hier, voire comme les complices de la prédation en cours.

II. Prospective : Vers la collision (Printemps 2026)

Si l’opinion publique européenne est en ébullition, c’est parce qu’elle a intuitivement saisi ce que les experts militaires ont lu dans la nouvelle National Defense Strategy (NDS 2026) : la mécanique d’une confrontation est désormais enclenchée. Ce n’est plus une hypothèse, c’est une certitude balistique.

En effet, deux doctrines inconciliables foncent l’une vers l’autre :

1. Côté américain : Le « Trump Corollary »

Le document du Pentagone — qui a symboliquement repris son nom historique de « Department of War » pour marquer la fin de l’idéalisme — ne laisse aucune marge d’interprétation. Il formalise le « Trump Corollary to the Monroe Doctrine ».[05]

Cette doctrine affirme que les États-Unis doivent « restaurer la domination militaire américaine dans l’hémisphère occidental » et cite explicitement le Groenland comme un « terrain clé » dont l’accès militaire et commercial doit être garanti par la force si nécessaire. Pour Washington, sécuriser Nuuk est une question de défense nationale, pas de politique étrangère, validée par une approche de « réalisme pur et dur » (hardnosed realism).[06]

2. Côté européen : La « ligne rouge » démocratique

Face à cette volonté d’annexion de facto, le sondage Eurobazooka agit comme un verrou. Avec 81% des Européens considérant une intervention US comme un acte de guerre, aucun dirigeant européen (français, allemand ou scandinave) ne pourra reculer sans commettre un suicide politique.

Les Scénarios des prochaines semaines :

  • L’incident de Nuuk (Février 2026) : En application de la NDS 2026, l’US Navy pourrait déployer des moyens pour « sécuriser l’accès » aux ports groenlandais. Ce déploiement, justifié par Washington comme une mesure de protection contre la Chine, sera perçu par l’Europe comme l’acte de « recolonisation » tant redouté.
  • La fin de l’OTAN (Mars 2026) : L’exigence américaine que les alliés dépensent désormais 5% de leur PIB pour la défense (dont 1,5% pour des dépenses de sécurité élargies,[07] perçues comme un tribut) finira de briser l’Alliance. Devant le refus européen de payer pour une protection devenue menace, l’OTAN entrera en état de mort cérébrale. Le Pentagone a d’ailleurs déjà acté ce désengagement en priorisant la défense du territoire américain (Homeland Defense) sur toute autre mission.
  • Le face-à-face (Avril 2026) : Si l’Europe envoie des troupes au Groenland (soutenue par 63% de la population), nous assisterons à une situation inédite depuis deux siècles : des forces européennes et américaines se faisant face, l’arme au pied, sur un théâtre glacé.

III Conclusion et proposition : Le nouveau récit

Il faut cesser de se raconter des histoires. La brutalité de la National Defense Strategy 2026 ne surgit pas du néant. Elle est la mise en œuvre explicite de ce qui a toujours été l’impensé de la puissance américaine.

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L’Amérique ne cherche pas des partenaires mais des vassaux ou des cibles — Illustration © European-Security

Rappelons-nous : il y a trente ans déjà, un ordre exécutif confidentiel signé par Bill Clinton affirmait qu’il était « exclu pour les États-Unis d’être dépendants » concernant 21 technologies critiques, précisant froidement que « tout devait être fait pour y remédier, y compris la guerre si nécessaire ». Ce qui était alors un secret d’État est aujourd’hui une doctrine publique. L’Amérique ne cherche pas des partenaires, elle cherche des vassaux ou des cibles.

Les Européens doivent acter cette réalité sans trembler. Il faut prendre des décisions courageuses, maintenant. Ce n’est plus une crise, c’est un divorce.

Et c’est ici, au cœur de cette tempête, qu’un chemin inattendu se dessine. Comme le disait quelqu’un jadis : « I had a dream last night ».

J’ai vu un Président Macron qui, bien que semblant n’incarner plus que symboliquement la magistrature suprême sur le plan intérieur, retrouvait soudainement en Europe la justesse de ton qui a fait l’Histoire. J’ai vu un homme redevenir audible pour les Français précisément parce qu’il cessait de leur parler de gestion pour leur parler de destin. Retrouvant un accent gaullien, le président Macron tirait à son tour les conclusions que le général de Gaulle et François Mitterrand avaient tirées avant lui.

Voici le discours qu’il prononçait, et qui changeait tout :

Allocution du président de la République : « Nous ne sommes pas une périphérie »

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J’ai entendu, surtout, votre colère exprimée par ce sondage historique — Illustration IA © European-Security

« Françaises, Français, Mes chers Européens,

J’ai lu, comme vous, le document publié par ce qui se nomme désormais le « Département de la Guerre » à Washington.[08] Les mots ont un sens. On ne fait pas la « défense » avec des amis, on fait la « guerre » à des ennemis.

J’ai entendu, surtout, votre colère exprimée ce matin par ce sondage historique.

L’Amérique de Donald Trump a décidé unilatéralement de changer les règles. Elle a décidé que le Groenland, terre européenne associée, n’était qu’un « terrain clé » à sécuriser pour ses propres intérêts. Elle a décidé que nos alliances ne valaient que si nous versions un tribut exorbitant de 5% de nos richesses. Elle a décidé que l’Europe était une proie.

Elle nous demande de choisir entre la soumission et la rupture. Je vous le dis ce soir, avec la gravité des moments décisifs : l’Europe ne se soumettra pas.

Nous ne sommes pas la « périphérie stratégique » de qui que ce soit. Nous ne sommes pas une zone tampon entre les empires. Nous sommes une puissance libre.

Il y a trente ans, l’Amérique écrivait déjà en secret qu’elle ferait la guerre pour ne jamais être dépendante. Aujourd’hui, l’Europe répond publiquement qu’elle est prête à se défendre pour rester indépendante.

Puisque Washington invoque sa doctrine Monroe pour s’arroger des droits sur notre voisinage, nous invoquons notre droit inaliénable à défendre notre propre sol. En réponse à votre demande légitime de fermeté, j’annonce le déploiement immédiat d’une Force Navale Européenne de Protection dans les eaux du Grand Nord.

Cette force n’est dirigée contre personne. Elle est là pour dire une chose simple : l’Europe se protège elle-même.

Le temps de l’innocence est fini. Le temps de la puissance commence. Vive la République, et vive l’Europe souveraine.»

Joël-François Dumont

Notes

[01] Le Département de la Défense (DoD) est renommé « Department of War » dans l’en-tête officiel du document.

[02] 2026 National Defense Strategy, Line of Effort 1, p. 16 : « Secure Key Terrain in the Western Hemisphere… especially Greenland ».

[03] 2026 National Defense Strategy, Line of Effort 3, p. 18-19 : « Allies will take the lead against threats that are less severe for us but more so for them, with critical but more limited support from the United States ».

[04] 2026 National Defense Strategy, p. 17 : « Trump Corollary to the Monroe Doctrine ».

[05] Ibid, p. 17.

[06] 2026 National Defense Strategy, p. 5 : « Out with utopian idealism; in with hardnosed realism ».

[07] 2026 National Defense Strategy, p. 13 : « 3.5% of GDP on core military spending and an additional 1.5% on security-related spending, for a total of 5% of GDP ».

[08] 2026 National Defense Strategy, page de garde et en-têtes officiels.

[09] 2026 National Defense Strategy, page 1.

[10] 2026 National Defense Strategy, page 24.

[11] 2026 National Defense Strategy, page 12.

Voir également :

Décryptage : La grande rupture (Janvier 2026)

Ce mois de janvier 2026 acte la mort clinique de l’Alliance Atlantique. La publication de la National Defense Strategy 2026 par le Pentagone (renommé « Department of War ») constitue une rupture doctrinale majeure : Washington définit désormais l’Europe non plus comme un partenaire vital, mais comme une périphérie dont les ressources (notamment au Groenland) doivent être sécurisées unilatéralement.

Face à cette prédation assumée et à l’exigence d’un tribut militaire de 5% du PIB, l’opinion publique européenne opère une bascule historique. Le sondage Eurobazooka révèle que 51% des Européens voient désormais Donald Trump comme un ennemi et que 63% soutiennent l’envoi de troupes pour défendre la souveraineté européenne dans le Grand Nord.

Ce n’est plus une crise, c’est un divorce. L’Europe doit immédiatement adopter une posture de « Réalisme Souverain » : déploiement d’une force navale de protection et rejet officiel de la vassalisation, comme l’incarne le nouveau récit présidentiel proposé en conclusion.[09][10][11]