Le 30 janvier 2026 restera la date où le « fait divers » est devenu une crise d’État généralisée. Avec la déclassification de 3 millions de pages par la justice américaine, la boîte de Pandore s’est ouverte, libérant une symphonie brutale et discordante. D’un côté, les cris : la chute fracassante de Lord Mandelson à Londres, la tourmente politique autour de Jack Lang à Paris et l’alarme sécuritaire qui résonne à Berlin. De l’autre, les silences : l’omertà diplomatique de Moscou, de Pékin et du Golfe, aussi lourde de sens que les révélations elles-mêmes. Voici l’anatomie d’une semaine où le monde occidental a découvert, avec effroi, l’étendue réelle du piège tendu par Jeffrey Epstein.
Symphonie discordante d’un scandale planétaire
Sommaire
par François de Vries avec nos divers correspondants — Bruxelles, le 6 février 2026.
Revue de Presse du 30 janvier au 6 février 2026
Le 30 janvier 2026, le Département de la Justice américain a publié plus de 3 millions de pages de documents relatifs à l’affaire Jeffrey Epstein, incluant 180 000 images et 2 000 vidéos.[01]
Cette publication massive fait suite à l’adoption, en novembre 2025, de l’Epstein Files Transparency Act, voté à une écrasante majorité bipartisane (427-1 à la Chambre, unanimité au Sénat) et signé par le président Donald Trump.[02]
Ces révélations ont déclenché une onde de choc internationale sans précédent, touchant simultanément plusieurs pays occidentaux.
La presse européenne et américaine a largement couvert les implications politiques, diplomatiques et sécuritaires de ces documents.
Couverture du Point du 6.2.2026

Cette revue de presse analyse les réactions dans les principaux pays concernés entre le 30 janvier et le 6 février 2026.
Royaume-Uni : Crise ouverte gouvernementale majeure
Le scandale Peter Mandelson
Le Royaume-Uni fait face à sa plus grave crise politique liée à l’affaire Epstein.[03] Peter Mandelson, ancien ambassadeur britannique à Washington nommé en décembre 2024 par le Premier ministre Keir Starmer, se retrouve au cœur d’un scandale qui menace la stabilité du gouvernement travailliste.
Les documents du 30 janvier révèlent que Mandelson a maintenu des relations étroites avec Epstein bien après la condamnation de ce dernier en 2008. Plus grave encore, les nouveaux éléments suggèrent que Mandelson aurait transmis des informations confidentielles sensibles à Epstein pendant la crise financière de 2008-2010, alors qu’il occupait le poste de ministre des Affaires (Business Secretary) dans le gouvernement de Gordon Brown.[04][05]
Les fuites les plus compromettantes incluent :
- Des emails de mai 2010 où Mandelson informe Epstein de l’annonce imminente d’un plan de sauvetage européen de 500 milliards d’euros, quelques heures avant sa publication officielle.[6]
- Des échanges de décembre 2009 concernant la taxe exceptionnelle sur les bonus des banquiers, où Mandelson suggère qu’Epstein fasse « mildement pression » (« mildly threaten ») sur le ministre des Finances Alistair Darling.[06]
- Un message de mai 2010 annonçant la démission du Premier ministre Gordon Brown avant son annonce officielle (« Finally got him to go today »).[07]
- Des preuves de paiements totalisant 75 000 dollars versés à Mandelson entre 2003 et 2004, ainsi que des transferts d’argent (10 000 à 13 000 dollars) à son compagnon (désormais époux) Reinaldo da Silva pour financer des cours d’ostéopathie.[08][09]
Conséquences politiques
La chronologie des événements témoigne de l’ampleur de la crise :
- 2 février : Mandelson démissionne du Parti travailliste.[10]
- 3 février : La Metropolitan Police ouvre une enquête criminelle pour « misconduct in public office » (faute dans l’exercice de fonctions publiques), passible d’une peine maximale de réclusion à perpétuité.[11]
- 4 février : Mandelson annonce son retrait de la Chambre des Lords, effectif le lendemain.[12]
- 4-5 février : Débats houleux aux Communes, où Starmer qualifie le comportement de Mandelson d’« inexcusable et antipatriotique » et reconnaît que Mandelson a « menti à plusieurs reprises à mon équipe » concernant sa relation avec Epstein.[13]
- 5 février : Starmer présente des excuses publiques aux victimes d’Epstein pour avoir nommé Mandelson ambassadeur.[14]
Dans son discours du 5 février à Hastings, Keir Starmer a déclaré : « Je suis désolé pour ce qui vous a été fait, je suis désolé que tant de personnes en position de pouvoir vous aient abandonnées. Je suis désolé d’avoir cru aux mensonges de Mandelson et de l’avoir nommé. »[14] Cette prise de position intervient alors que la position de Starmer lui-même est fragilisée, avec des rumeurs persistantes de contestation interne au sein du Parti travailliste.[03]
L’opposition conservatrice, menée par Kemi Badenoch, a exploité le scandale pour attaquer le jugement du Premier ministre, affirmant qu’il avait « injecté du poison » dans le gouvernement.[3] Reform UK, par la voix de son vice-président Richard Tice, a suggéré que Starmer serait « très chanceux » de survivre politiquement jusqu’en mai 2026.[03]
La famille royale également éclaboussée
Les documents révèlent également de nouvelles informations compromettantes concernant l’ex-prince Andrew (désormais Andrew Mountbatten-Windsor) et son ex-épouse Sarah Ferguson. Des photos montrent Andrew dans ce qui semble être la résidence new-yorkaise d’Epstein, et des échanges suggèrent des tentatives d’Epstein pour présenter Andrew à une femme décrite comme « 26 ans, russe, intelligente, belle, digne de confiance ».[15]
Ferguson aurait reçu 150 000 dollars d’Epstein en 2001 pour l’aider à liquider des stock-options Weight Watchers.[15] Sa fondation caritative « Sarah’s Trust » a annoncé sa fermeture le 2 février « pour un avenir prévisible ».[15]
France : Jack Lang et la crise de l’Institut du Monde Arabe
Révélations sur Jack Lang
Le nom de Jack Lang apparaît 673 fois dans les documents publiés le 30 janvier.[16][17] L’ancien ministre de la Culture (1981-1986 et 1988-1993) sous François Mitterrand et actuel président de l’Institut du monde arabe (IMA) depuis 2013 est impliqué dans plusieurs types de relations avec Epstein :

Relations d’affaires :
- Utilisation régulière des avions et voitures d’Epstein (avril 2015, avril 2017, septembre 2017).[18]
- Transmission à Epstein en mars 2015 d’informations sur un riad à Marrakech (« Ksar Masa ») en vente pour 5,4 millions d’euros via une structure offshore.[18][19]
- Invitation d’Epstein à des événements culturels parisiens, incluant le colloque des 30 ans de la pyramide du Louvre en mars 2019 (trois mois avant l’arrestation finale d’Epstein).[18]
- Facilitation de contacts avec le cabinet d’Emmanuel Macron.[18]
Le cas Caroline Lang
La fille de Jack Lang, Caroline, est également mentionnée dans les documents pour des liens financiers directs avec Epstein :[20]
- Création en 2016 d’une société offshore, Prytanee LLC, domiciliée aux Îles Vierges américaines, dont Caroline Lang détenait 50% des parts et Epstein 100% du capital.[20]
- Comptes crédités de 1,4 million de dollars pour l’achat d’œuvres d’art.[20]
- Mention dans le testament d’Epstein (signé deux jours avant sa mort) pour un legs de 5 millions de dollars, dont Caroline Lang affirme ne jamais avoir eu connaissance.[20]
- Mise à disposition de la villa d’Epstein à Palm Beach en 2014 pour Caroline Lang et ses deux filles.[18]
Réactions et conséquences
2 février : Caroline Lang démissionne de son poste de déléguée générale du Syndicat de la production indépendante (SPI), qu’elle occupait depuis trois semaines seulement. Dans un communiqué, elle déclare ne souhaiter « en aucun cas que cette situation puisse fragiliser ou nuire au syndicat ».[21]
3-4 février : Jack Lang multiplie les interventions médiatiques (France 2, BFMTV, RTL) pour se défendre.[16][22] Il affirme avoir rencontré Epstein par l’intermédiaire de Woody Allen « il y a une quinzaine d’années » et déclare être « tombé de l’armoire » en découvrant ses crimes.[16] Il assure avoir « coupé court » toute relation « aussitôt » après avoir eu connaissance des faits reprochés à Epstein. Cependant, une photographie datée de mars 2019 le montre en compagnie d’Epstein aux abords du Louvre, contredisant cette affirmation.[22]
5 février : Les appels à la démission se multiplient, y compris au sein de sa propre famille politique. Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, déclare à franceinfo : « À ce stade, rien n’implique Jack Lang dans les scandales sexuels, mais il doit réfléchir à sa démission pour protéger l’institution qu’il préside. »[23] Ségolène Royal regrette que « Jack Lang ne soit pas plus indigné que cela d’avoir fréquenté un tel personnage ».[24]
6 février : Sous pression de l’Élysée et de Matignon, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot convoque Jack Lang au Quai d’Orsay pour le dimanche 8 février.[25] L’entourage d’Emmanuel Macron indique que Lang devrait « penser à l’institution » de l’IMA.[26] Néanmoins, Jack Lang refuse catégoriquement de démissionner de la présidence de l’Institut du monde arabe.[22]

Autres personnalités françaises mentionnées
Bruno Le Maire (ministre de l’Économie et des Finances 2017-2024) : Apparaît dans les emails via son ancien conseiller Olivier Colom. En septembre 2013, Colom présente Le Maire comme « futur candidat présidentielle 2017 » et sollicite l’aide d’Epstein pour une rencontre avec des banquiers d’affaires. Le Maire aurait rapidement quitté la résidence d’Epstein après avoir compris la nature de la rencontre.[18]
Cédric Villani (mathématicien, député de l’Essonne) : Reçoit en octobre 2017 un email d’« Jeffrey » se présentant comme expert en « argent, monnaies numériques », l’invitant à prendre un « café » avenue Foch. Villani se rend au rendez-vous sans savoir qu’il s’agissait d’Epstein.[18]
Michel Hazanavicius (réalisateur, The Artist) : Rencontre Epstein en mai 2012 via une introduction pour dîner avec Woody Allen. Epstein propose en juin 2012 de lui trouver « une fille très belle mais intelligente » pour l’accompagner à une première parisienne. Hazanavicius décline et prend ses distances.[18]
Frédéric Chaslin (chef d’orchestre) : Fréquente Epstein entre 2013 et 2019 avec son épouse, dans l’espoir de financer un opéra. Un email de septembre 2013 mentionne avoir « trouvé une fille formidable » de 21 ans comme traductrice, ce que Chaslin conteste fermement sur les réseaux sociaux.[18]
Allemagne : Préoccupations sécuritaires et appels à l’action
La réaction allemande se caractérise par une approche davantage sécuritaire que politique. Plusieurs parlementaires issus de différents partis ont appelé à une analyse systématique des documents sous l’angle de la sécurité nationale.[27][28]
Le scandale Deutsche Bank : perquisitions et révélations
Dans un timing troublant, le 28 janvier 2026 – soit deux jours avant la publication des fichiers Epstein par le DOJ – la police fédérale allemande a mené des perquisitions spectaculaires dans les locaux de Deutsche Bank à Francfort et Berlin.[41][42]

Environ 30 enquêteurs en civil ont investi le siège de la banque à Francfort peu après 9h00 GMT.[42]
Le parquet de Francfort enquête sur des « responsables non identifiés et employés de la Deutsche Bank pour des soupçons de blanchiment d’argent » concernant des transactions survenues entre 2013 et 2018.[41][42]
Selon plusieurs médias, dont la Süddeutsche Zeitung et Der Spiegel, l’enquête porte sur des relations d’affaires avec des sociétés liées à l’oligarque russe Roman Abramovich, désormais sous sanctions européennes.[42][43]
Couverture du Spiegel du 6.2.2026
Le lien Abramovich-Epstein-Deutsche Bank
Fortune révèle que la période 2013-2018 visée par les enquêteurs allemands « correspond précisément à la relation de Deutsche Bank avec Jeffrey Epstein, criminel sexuel condamné ».[43] Durant ces années, la banque a ouvert plus de 40 comptes pour Epstein et ses entités, traitant des millions de dollars de transactions suspectes.[44] Cette complaisance a coûté à Deutsche Bank :
- 75 millions de dollars de dédommagement aux victimes d’Epstein (2023)[44]
- 150 millions de dollars d’amende du régulateur new-yorkais [44]
- 26,25 millions de dollars dans le cadre d’une action collective d’actionnaires concernant à la fois Epstein et Abramovich [44]
L’article de Fortune du 30 janvier 2026 souligne l’ironie amère : alors que le PDG Christian Sewing annonçait le 29 janvier le profit annuel le plus élevé de la banque depuis près de vingt ans (8,5 milliards de dollars), le scandale des perquisitions éclipsait totalement cette performance.[43]
Appels à l’investigation
Konstantin von Notz (Les Verts, vice-président de la fraction parlementaire et membre du Comité de contrôle parlementaire des services de renseignement) a déclaré au Handelsblatt : « Les procureurs allemands devraient examiner attentivement les dossiers Epstein et, si nécessaire, demander des informations supplémentaires aux autorités américaines. »[27][28] Il exige du gouvernement fédéral des éclaircissements sur « dans quelle mesure les services de renseignement allemands et autres autorités de sécurité avaient connaissance » des actes d’Epstein et des « réseaux d’exploitation, criminels ou pédocriminels » associés.[28]
Marc Henrichmann (CDU, président du Comité de contrôle des services secrets) a souligné au Handelsblatt : « Des décideurs de haut niveau de la société, de l’économie et de la politique étaient apparemment impliqués dans les ignobles machinations d’Epstein. »[27][28] Il insiste sur le fait que ces révélations offrent « un potentiel de compromission et de chantage considérable » (« erhebliches Kompromittierungs- und Erpressungspotenzial »).[27] Il demande qu’on examine si ces connexions ont pu influencer des décisions « au détriment de la sécurité de l’Allemagne et de l’Europe ».[28]
Sebastian Fiedler (SPD, porte-parole pour les affaires intérieures) considère que des liens allemands sont possibles : « Compte tenu des nombreuses ramifications dans les cercles de pouvoir européens, il n’est nullement exclu que des ramifications puissent également exister vers l’Allemagne. »[28] Il évoque une possible « dimension de service de renseignement » et fait référence aux soupçons exprimés par le Premier ministre polonais Donald Tusk concernant une possible opération d’influence russe.[28]
Le cas Joscha Bach
Le chercheur allemand en intelligence artificielle Joscha Bach a admis le 4 février avoir reçu pendant des années des financements du Massachusetts Institute of Technology (MIT) provenant d’Epstein, destinés à sa recherche en IA.[29] Cette affaire illustre comment Epstein s’est acheté une proximité avec la recherche de pointe pour acquérir du prestige social et accéder aux élites intellectuelles.
Un email de 2017 révèle que Bach aurait écrit à un protégé qu’Epstein ne semblait pas particulièrement apprécier les femmes, mais était attiré par elles « tant qu’elles ne sont pas trop féminines » – une formulation qui a suscité l’indignation.[30]
Perspective de la presse allemande
Le Handelsblatt titre le 6 février : « Erhebliches Erpressungspotenzial – Neue Epstein-Enthüllungen alarmieren die deutsche Politik » (Potentiel de chantage considérable – Les nouvelles révélations Epstein alarment la politique allemande).[27] L’article souligne que l’affaire ne concerne pas seulement des contacts individuels, mais soulève la question fondamentale de savoir si le réseau d’Epstein a exercé une influence politique ou économique.
Watson.ch (média suisse germanophone) publie le 2 février un article intitulé « Was die neuen Epstein-Files enthüllen – und wie es nun weitergeht » (Ce que révèlent les nouveaux fichiers Epstein – et comment cela va continuer), soulignant qu’au moins 4 500 documents mentionnent Donald Trump et que des allégations extrêmes circulent, bien que non vérifiées.[31]
États-Unis : Polarisations et batailles narratives
Controverse autour de la publication

La publication des documents a été marquée par plusieurs controverses techniques et politiques :[01][32]
- Erreurs de caviardage : Le Department of Justice a accidentellement publié des dizaines de photos non censurées montrant de jeunes femmes, potentiellement mineures, avec leurs visages visibles. Ces images ont été largement retirées après que le New York Times a alerté le DOJ.[01]
- Exposition de noms de victimes : Au moins 43 noms complets de victimes ont été exposés, dont plus de deux douzaines étaient mineures au moment des abus. Certains noms apparaissent plus de 100 fois.[32]
Illustration AI sur X
- Les avocats Brad Edwards et Brittany Henderson ont fourni au DOJ le 4 décembre une liste de 350 victimes pour s’assurer que leurs noms soient caviardés. Ils affirment que le DOJ n’a pas effectué une simple recherche par mots-clés pour vérifier son processus de caviardage, résultant en « littéralement des milliers d’erreurs ».[32]
Personnalités américaines impliquées
Elon Musk : Les documents révèlent des échanges montrant qu’en janvier 2013, Musk a demandé à Epstein quand ils devraient se rendre sur son île (« When should we head to your island on the 2nd? »).[01] Musk a précédemment nié toute participation aux « soirées d’Epstein » et a tenté de lier ses adversaires politiques à Epstein. Le 31 janvier, il a attaqué Reid Hoffman sur X (Twitter) : « Grande différence : tu y es allé plusieurs fois. »[01]
Reid Hoffman (cofondateur de LinkedIn, ex-associé d’OpenAI) : Reconnaît avoir interagi avec Epstein après sa condamnation, déclarant « Je regrette profondément » et affirmant l’avoir connu uniquement comme « cadre pour la collecte de fonds du MIT ». Les documents montrent une visite prévue au ranch du Nouveau-Mexique, que Hoffman nie.[01]
Bill Gates : Des emails de 2013, prétendument non envoyés, contiennent des griefs troublants. Gates a répondu à Nine News : « L’email est faux, je ne sais pas ce qui lui est passé par la tête. Je regrette chaque minute, je m’excuse. Jamais allé sur l’île, jamais rencontré ces femmes. » Des photos dans le dossier le montrent chez Epstein à New York et à côté d’une jeune femme dans un lieu inconnu.[18]

Donald Trump : Au moins 4 500 documents mentionnent Trump.[31] Un mémo du FBI compile des allégations de citoyens concernant Trump et Epstein.[31] Une note d’interview du FBI de mi-2021 rapporte qu’une victime a déclaré que Ghislaine Maxwell l’avait « présentée » à Trump lors d’une fête, suggérant qu’elle était « disponible ». Selon le mémo, « rien ne s’est passé » entre elle et Trump.[01] Ni Trump ni Clinton n’ont jamais été inculpés en lien avec Epstein, et les autorités n’ont produit aucune preuve d’actes répréhensibles.[33]
Analyse médiatique américaine
CNN (3 février) analyse : « Le torrent de scandales déclenché par les fichiers Epstein pourrait au moins temporairement aider Trump, qui a fait l’objet d’un examen minutieux sur ce qu’il savait. Le président a toujours soutenu que l’Amérique était dirigée par une cabale corrompue d’élites sournoises dominant la politique, la finance et les arts. Plus les électeurs concluent que l’ensemble de l’establishment est corrompu, moins la propre conduite volatile et l’éthique douteuse de Trump semblent faire de lui une exception. »[34]
Le représentant démocrate Ro Khanna, qui a contribué à forcer la publication des fichiers, a déclaré à NBC’s Meet the Press : « Vous avez certains des individus les plus riches, des leaders technologiques, des leaders financiers, des politiciens, tous impliqués d’une manière ou d’une autre, lui ayant envoyé des emails, voulant aller sur l’île d’Epstein, sachant qu’Epstein était un pédophile. »[34]
Autres pays touché (touchés mais pas coulés)
Norvège
Thorbjørn Jagland (ancien Premier ministre de Norvège et ancien secrétaire général du Conseil de l’Europe) : Les documents montrent des preuves de rencontres et communications avec Epstein. Un message allègue que Jagland serait sur « l’île pour toute la semaine prochaine ».[35] Jagland a démissionné le 31 janvier de son poste de conseiller à la sécurité nationale du Premier ministre slovaque Robert Fico.[02]
Børge Brende (président du Forum économique mondial de Davos, ancien ministre norvégien) : Le WEF a annoncé le 4 février une « révision indépendante » de ses liens avec Epstein, incluant sa participation à « trois dîners d’affaires avec Jeffrey Epstein ainsi que les communications par email et SMS ultérieures ».[36]
Princesse héritière Mette-Marit de Norvège : Révélée avoir échangé pendant des années des emails privés avec le criminel sexuel condamné.[36]
Inde
Anil Ambani (milliardaire président de Reliance Group, proche du Premier ministre Narendra Modi) : Les documents révèlent une correspondance depuis 2012 concernant des sujets allant de l’évaluation de nouveaux ambassadeurs américains en Inde à l’organisation de rencontres pour Modi avec de hauts responsables américains.[37] Le 16 mars 2017, Ambani envoie un message à Epstein demandant de l’aide pour connecter le « Leadership » avec Jared Kushner et Steve Bannon.[37]
Le ministère des Affaires étrangères indien a rejeté les allusions concernant Modi comme « peu plus que des ruminations sordides d’un criminel condamné, qui méritent d’être rejetées avec le plus grand mépris ».[37]
Slovaquie
Miroslav Lajčák (conseiller à la sécurité nationale du Premier ministre Robert Fico, ancien président de l’Assemblée générale de l’ONU) : A démissionné le 31 janvier 2026 suite à une déclaration conjointe de politiciens de l’opposition et à une pression médiatique croissante.[02]
Les silences révélateurs : Qui ne dit mot…
Alors que les révélations déferlent sur l’Europe et les États-Unis, plusieurs zones géographiques et politiques demeurent remarquablement silencieuses. Ces absences de réaction, dans des pays pourtant directement concernés par les réseaux d’Epstein, constituent en elles-mêmes une information significative.
Israël : un silence assourdissant
Aucune couverture médiatique significative ni réaction officielle n’a été identifiée en Israël, malgré les allégations persistantes concernant les liens d’Epstein avec le Mossad.[45] Les documents publiés mentionnent pourtant :
- Les relations documentées entre Epstein et Ehud Barak, ancien Premier ministre israélien (2008-2009) et ancien chef d’état-major de Tsahal. Des photos montrent Barak entrant dans la résidence new-yorkaise d’Epstein en 2016.[45]
- Les connexions avec Ghislaine Maxwell, dont le père Robert Maxwell était un agent présumé du Mossad selon plusieurs sources historiques.[45]
- Les interrogations sur le rôle possible d’Epstein comme « actif » pour les services de renseignement israéliens, hypothèse évoquée dans votre synthèse Epstein-Russie.
Cette absence totale de débat public contraste fortement avec le traitement médiatique et politique dans d’autres démocraties occidentales.
Pays arabes : omertà diplomatique
Les pays du Golfe, pourtant mentionnés indirectement dans les documents via les connexions Kushner-Epstein et les flux financiers suspects, n’ont produit aucune réaction officielle. Plusieurs observations :[45]
- Les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite et le Qatar, qui ont investi massivement dans Affinity Partners (le fonds de Jared Kushner) après 2021, restent muets malgré les questions soulevées par les documents sur les liens Kushner-Epstein.
- Aucune enquête publique n’a été annoncée concernant d’éventuels ressortissants arabes mentionnés dans les fichiers.
- Les médias contrôlés par l’État dans ces pays ont largement ignoré l’affaire, à l’exception de brèves dépêches d’agences internationales.
Cette discrétion s’explique probablement par la sensibilité diplomatique du sujet et le désir d’éviter toute association publique avec le scandale.
Russie : silence stratégique
Moscou n’a émis aucun commentaire officiel sur les révélations, malgré les nombreuses mentions de connexions russes dans les documents :[45]
- Les 1 056 références à Vladimir Poutine et 9 629 mentions de Moscou dans les fichiers.[45]
- Les allégations concernant Sergei Belyakov (diplômé de l’Académie du FSB, ancien vice-ministre du Développement économique).[45]
- Les soupçons d’opération de « piège à miel » orchestrée par le KGB/FSB évoqués par plusieurs médias européens.[39]
Cette absence de réaction officielle pourrait refléter soit une stratégie de déni, soit une volonté de ne pas attirer l’attention sur des opérations sensibles.
Chine : inexistence médiatique
Aucune couverture identifiée dans les médias chinois, malgré les intérêts économiques et les réseaux d’influence internationaux potentiellement affectés. Le contrôle strict de l’information par Pékin explique vraisemblablement ce black-out total.[45]
7. Thèmes transversaux et analyse
La question du chantage et de l’espionnage
Un thème récurrent dans la couverture médiatique internationale concerne le potentiel d’espionnage et de chantage associé au réseau d’Epstein. Plusieurs médias européens ont repris l’hypothèse d’une opération de renseignement :
- Le Daily Mail britannique (1er février), citant des « sources du renseignement américain et alliées », évoque une opération classique de « piège à miel » (honeytrap).[38]
- L’article de Françoise Thom (juillet 2025) « Le cloaque et le chaos: connexion russe affaire Epstein » pose la question : le FSB détient-il une « liste » de clients d’Epstein ?
- Heute.at (Autriche, 2 février) titre : « ‘Weltweit größte Honigfalle’ – Neue Enthüllungen: Handelte Epstein im Auftrag des KGB? » (« Le plus grand piège à miel du monde » – Nouvelles révélations : Epstein agissait-il sur ordre du KGB ?).[39]
- Plusieurs parlementaires allemands évoquent un « erhebliches Kompromittierungs- und Erpressungspotenzial » (potentiel considérable de compromission et de chantage).[27][28]
Cependant, il convient de noter qu’un mémo du DOJ de juillet 2025 affirmait qu’une « liste de clients » n’existait pas et qu’il n’y avait « aucune preuve crédible de chantage par Epstein ».[38] Cette position contraste avec les révélations ultérieures et les interrogations persistantes.
Volume et complexité des données
Les médias internationaux soulignent l’ampleur sans précédent de cette publication :[1]
- Plus de 3 millions de pages de documents
- 180 000 images
- 2 000 vidéos
- Environ 200 000 pages ont été caviardées ou retenues sur la base de divers privilèges (privilège avocat-client, privilège délibératif).[01]
Selon une lettre du DOJ au juge Paul A. Engelmayer début janvier 2026, moins de 1% des fichiers avaient été rendus publics à cette date. Le DOJ reconnaît qu’un total de 6 millions de pages pourrait éventuellement être qualifié de fichiers devant être publiés.[02]
Protection insuffisante des victimes
Un thème majeur de critique dans la presse internationale concerne la gestion désastreuse de la protection des victimes :[32]
- Wall Street Journal : Au moins 43 noms complets de victimes exposés, dont plus de deux douzaines mineures au moment des abus.[32]
- Certains noms apparaissent plus de 100 fois.
- Des adresses personnelles visibles dans les recherches par mots-clés.
- Les avocats des victimes dénoncent « littéralement des milliers d’erreurs » dans le processus de caviardage.[32]
Le Deputy Attorney General Todd Blanche a reconnu lors d’une conférence de presse le 30 janvier que « les erreurs sont inévitables » et a encouragé quiconque repérant des problèmes à contacter une adresse email dédiée du DOJ.[01]
Absence de nouvelles poursuites
Le DOJ américain a clairement indiqué qu’aucune nouvelle accusation ne serait portée sur la base des fichiers Epstein.[40] Cette décision a été critiquée par plusieurs observateurs qui estiment que la simple publication de documents sans enquête active revient à abandonner les victimes. Seule Ghislaine Maxwell a été poursuivie et condamnée (en 2021) pour son rôle de complice dans le trafic sexuel d’Epstein.[33]
Conclusion
La publication des fichiers Epstein du 30 janvier 2026 a déclenché une crise politique majeure au Royaume-Uni, une controverse significative en France, et des appels à l’action sécuritaire en Allemagne. Plusieurs tendances émergent de cette revue de presse internationale :
- Asymétrie des conséquences : Alors que le Royaume-Uni connaît une crise gouvernementale avec démissions et enquêtes criminelles, et que la France voit une pression croissante sur des figures politiques historiques, les États-Unis n’ont connu aucune conséquence politique ou judiciaire majeure malgré l’implication de nombreuses personnalités américaines.
- Dimension sécuritaire émergente : L’Allemagne et plusieurs autres pays européens traitent désormais l’affaire Epstein non seulement comme un scandale de mœurs, mais comme une potentielle question de sécurité nationale, avec des interrogations sur d’éventuelles opérations d’espionnage et de chantage.
- Échec de la protection des victimes : La gestion catastrophique du caviardage par le DOJ américain a exposé des dizaines de victimes, dont des mineures, révélant un mépris institutionnel pour leur protection.
- Polarisation narrative : Aux États-Unis, l’affaire est instrumentalisée politiquement par les deux camps, chacun cherchant à démontrer la corruption de l’autre bord plutôt qu’à établir la vérité factuelle.
- Géographie du silence : Les absences de réaction (Israël, pays arabes, Russie, Chine) sont aussi révélatrices que les scandales éclatant en Europe occidentale. Ces silences suggèrent soit des implications trop sensibles pour être reconnues, soit un contrôle de l’information empêchant tout débat public.
- Questions non résolues : Malgré 3 millions de pages publiées, les questions fondamentales demeurent : Epstein travaillait-il pour des services de renseignement ? Qui contrôlait réellement ses opérations ? Où se trouvent les matériaux de chantage ? Qui d’autre était impliqué dans les abus ?
L’onde de choc de ces révélations continue de se propager à travers le monde occidental, avec des conséquences politiques, diplomatiques et sécuritaires qui ne font que commencer à se manifester. La période du 30 janvier au 6 février 2026 marque un tournant dans la perception publique de l’ampleur et de la gravité de cette affaire.
François de Vries
Sources
[01] CNN Politics, « January 30, 2026 — DOJ releases millions of pages of documents in Epstein investigation », 30 janvier 2026.
[02] Wikipedia, « Epstein files », dernière mise à jour 6 février 2026.
[03] Wikipedia, « Relationship of Peter Mandelson and Jeffrey Epstein », dernière mise à jour 6 février 2026.
[04] CNN, « Who is Peter Mandelson, and why have his Epstein ties shaken the British establishment? », 3 février 2026.
[05] Al Jazeera, « How Epstein-Mandelson files rocked the UK government », 5 février 2026.
[06] CNN, « The Epstein files are rocking Britain from the palace to Parliament », 2 février 2026.
[07] UK Parliament Hansard, « US Department of Justice Release of Files », 2 février 2026.
[08] NPR, « Epstein files fallout snags ex-U.K. ambassador to U.S. Mandelson », 3 février 2026.
[09] RTE, « Mandelson quits UK’s House of Lords over Epstein scandal », 3 février 2026.
[10] The Washington Post, « Lord Mandelson, ex-ambassador to U.S., resigns from Labour over Epstein », 2 février 2026.
[11] NPR, op. cit., note 8.
[12] RTE, op. cit., note 9.
[13] UK Parliament Hansard, « Lord Mandelson », 4 février 2026.
[14] Al Jazeera, « UK PM Starmer apologises to Epstein victims for appointing Mandelson », 5 février 2026.
[15] CNN, op. cit., note 6.
[16] Franceinfo, « Jack Lang dit être « tombé de l’armoire » quand il a « appris les crimes abominables » de Jeffrey Epstein », 3 février 2026.
[17] Actu Orange, ange, « Epstein: Lang convoqué au Quai d’Orsay, l’Elysée lui demande de protéger l’Institut du monde arabe », 6 février 2026.
[18] Le Monde, « Affaire Epstein », pages 2-3 et 8-9, daté du 6 février 2026.
[19] France 24, « L’affaire Epstein éclabousse Jack Lang, sa fille Caroline Lang démissionne d’un syndicat de producteurs de cinéma », 2 février 2026.
[20] Actu Orange, « L’affaire Epstein éclabousse Jack Lang et sa fille », 2 février 2026.
[21] France 24, op. cit., note 19.
[22] La Gazette France, « Affaire Epstein: Jack Lang défend son intégrité et son poste », 4 février 2026.
URL : https://www.lagazettefrance.fr/article/affaire-epstein-jack-lang-defend-son-integrite-et-son-poste
[23] Franceinfo, « Affaire Epstein : « Jack Lang doit réfléchir à sa démission pour protéger » l’Institut du monde arabe qu’il préside, estime le socialiste Olivier Faure », 5 février 2026.
[24] Public Sénat, « Affaire Epstein : convoqué dimanche au Quai d’Orsay par l’Elysée, Jack Lang va-t-il démissionner de l’Institut du Monde Arabe ? », 6 février 2026.
[25] France 24, « Affaire Epstein : Jack Lang convoqué dimanche au Quai d’Orsay », 6 février 2026.
[26] Actu Orange, op. cit., note 17.
[27] Handelsblatt, « Neue Epstein-Enthüllungen alarmieren die deutsche Politik », 6 février 2026.
[28] T-Online, « », 6 février 2026.
[29] ZDF Heute, « Update am Abend: Epstein, ICE-Jagd und ein getöteter Zugbegleiter », 4 février 2026.
[30] Kettner Edelmetalle, « Die Epstein-Akten: Ein Blick in den moralischen Abgrund der globalen Elite », 5 février 2026.
[31] Watson.ch, « Was die neuen Epstein-Files enthüllen – und wie es nun weitergeht », 2 février 2026.
[32] Anchorage Daily News, « In the latest Epstein files are famous names and new details about an earlier investigation », 31 janvier 2026.
[33] Wikipedia, op. cit., note 2.
[34] CNN Politics, « Analysis: New files deepen a critical mystery about those who partied with Jeffrey Epstein », 3 février 2026.
[35] Euronews, « Europe in the Epstein files: How far is the continent’s political elite implicated? », 4 février 2026.
[36] TAZ, « Wen kannte Epstein in Europa?: Deutsche Ermittlungen gefordert », 6 février 2026.
[37] Al Jazeera, « Modi to Kevin Rudd: How Epstein files set off a storm far beyond the US », 2 février 2026.
[38] Synthèse Epstein-Russie (document utilisateur), basé sur le Daily Mail du 1er février 2026 et le mémo DOJ de juillet 2025.
[39] Heute.at, « « Weltweit größte Honigfalle » – Neue Enthüllungen: Handelte Epstein im Auftrag des KGB? », 2 février 2026.
[40] T-Online, op. cit., note 28.
[41] Euronews, « Deutsche Bank offices searched in money laundering probe », 28 janvier 2026.
[42] L’essentiel (Luxembourg), « Deutsche Bank: soupçons de blanchiment d’argent et perquisitions », 28 janvier 2026.:
[43] Fortune, « Raid on Deutsche Bank hurts the lender’s attempts to leave its long history of scandals in the past », 30 janvier 2026.
[44] Fortune, « Deutsche Bank and Jeffrey Epstein’s ghost », 8 octobre 2025.
[45] Voir « Affaire Epstein : La main du Kremlin dans le « pot de miel » » — (2026-0204)
Décryptage : L’effet domino institutionnel
Comme cette semaine vient de le démontrer, l’échiquier politique occidental a été renversé. Ce que nous observons n’est plus une simple accumulation de vices privés, mais une déflagration institutionnelle systémique. Du 10 Downing Street, désormais fragilisé, aux couloirs du Quai d’Orsay, en passant par les sièges sociaux de la finance francfortoise, l’onde de choc a ignoré les frontières. La « revue de presse » de cette semaine prouve que l’exposition des réseaux d’Epstein agit comme un acide sur la crédibilité des élites : elle ne dissout pas seulement des réputations individuelles, elle attaque la confiance dans la gouvernance même des États.
La mutation sécuritaire : Au-delà du fracas politique, une réalité plus sombre s’impose pour les semaines à venir : l’affaire a définitivement muté. Elle a quitté la rubrique des faits divers pour s’installer au cœur des enjeux de sécurité nationale. La question n’est plus seulement de savoir qui participait aux soirées, mais qui tenait la caméra et qui détient aujourd’hui les archives.
Entre la panique visible des capitales occidentales et le silence stratégique de Moscou ou Pékin, le contraste est saisissant. Si les tribunaux américains semblent avoir clos le volet judiciaire, la guerre du renseignement, elle, ne fait que commencer. La compromission massive des décideurs d’hier et d’aujourd’hui est devenue une arme à retardement, et il est fort probable que les 3 millions de pages du 30 janvier ne soient que la première salve d’une longue guerre d’influence.