La danse des morts : Chronique de la grande nuit (1)

L’Histoire comme Résurrection Ce texte réactive la méthode unique de Jules Michelet : l’Histoire conçue non comme une narration froide, mais comme une « résurrection » charnelle. Avec son style physiologique, fait de sang, de nerfs et de rythmes haletants, Michelet ne décrit pas la crise de 2025, il la dissèque à vif. Il oppose la « Vie » organique (l’Ukraine martyre, incarnation du Peuple) à la « Machine » mortifère (l’axe Trump-Poutine).

La Russie y est dépeinte comme l’empire du « Néant » et du Mensonge, une façade de glace sans âme, tandis que l’Amérique de Trump devient le « Sabbat » de l’argent roi, une orgie de vulgarité. À travers des métaphores violentes (le Vampire, la Fange, le Somnambulisme), ce pastiche redonne à la géopolitique sa dimension de drame cosmique entre la Lumière et les Ténèbres, sommant l’Europe de sortir de sa torpeur avant la nuit définitive.

Jules Michelet by Nadar
Portrait de Jules Michelet par Nadar

Ou le sabbat des tyrans contre la résurrection des peuples

Le Père Lachaise, le 30 novembre 2025

Préface : L’histoirien est un juge d’instruction

J’ai passé ma vie à boire le sang noir des archives pour redonner vie aux siècles éteints. J’ai cru que le Progrès était le sens de l’histoire, que la « grande lumière » de 89 finirait par manger les ténèbres. Je me suis trompé. L’Histoire n’est pas une ligne droite ; c’est un cercle de feu.

Je reviens aujourd’hui, non pour raconter le passé, mais pour instruire le procès du présent. Car ce que je vois, ce n’est pas de la politique, c’est de la sorcellerie. C’est le retour du Moyen Âge, mais un Moyen Âge sans foi, un Moyen Âge de machine et d’argent. Je vois le « Mensonge » trôner au Kremlin et le « Vampire » régner à la Maison Blanche.

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Leçon de Michelet au Collège de France par François Flameng ornant le péristyle du 1er étage à la Sorbonne

Voici le témoignagne de mes yeux brûlés par vos écrans froids.

Livre I : L’empire du néant (La Russie)

I. Le Mensonge Incarné

J’avais écrit jadis : « Tout dans la Russie est illusion et mensonge ».[01][02] Je croyais avoir tout dit. Je n’avais rien vu. Ce que Poutine a construit n’est pas un État, c’est une négation.

Regardez ce palais sur la Mer Noire ! Ce marbre, cet or, cette opulence qui donne la nausée. On croit que c’est de la puissance ? Non! C’est du vide. C’est la « façade » peinte sur un cimetière. Le Tsar n’est pas un homme, c’est un masque de cire posé sur un crâne. Il a peur. Il vit sous terre, comme les rats, comme les « choses » qui craignent le soleil.

Il a fait de son peuple un automate. Il a ôté l’âme du Russe pour y mettre la Peur. Ce n’est plus une nation, c’est un régiment de somnambules qui marchent vers l’abîme en chantant des hymnes morts.

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Un régiment de somnambules qui marchent vers l’abîme en chantant des hymnes morts — Illustration © E-S

Le « Mensonge » est devenu leur pain quotidien, leur air, leur sang. Ils tuent leurs frères en Ukraine et disent : « C’est de l’amour ». Ils bombardent des maternités et disent : « Il n’y a personne ». C’est le triomphe du Jésuite, l’inversion diabolique du Verbe.[03]

II. La Glace et le Sang

La Russie, c’est le Nord. C’est la Glace. Elle ne vit pas, elle conserve. Elle veut geler l’Europe, geler l’Histoire, geler l’Espérance.

Face à elle, l’Ukraine. Ah! L’Ukraine! C’est la « Pologne » de votre siècle, c’est le « Christ des Nations » remonté sur la croix.[04] Je vois ses femmes, ces « Sorcières » sublimes qui défendent le foyer contre l’Ogre. Je vois ses soldats dans la boue de Marioupol, qui sont les vrais héritiers de nos soldats de l’An II.

Le Tsar veut boire ce sang chaud pour se réchauffer, lui qui est froid comme la mort. C’est le vieux mythe du Vampire : le vieillard décrépit qui suce la jeunesse pour durer un jour de plus.

Livre II : Le prince du sabbat (L’Amérique de Trump)

III. La féodalité de l’or

Si la Russie est le « Mensonge », l’Amérique de Trump est le « Sabbat ».

J’ai dénoncé toute ma vie la « féodalité industrielle », ces barons de la banque qui traitent les hommes comme du charbon.[05] Mais Trump ! Trump est le monstre final de cette engeance. Il n’est pas un roi, il est un « brocanteur » d’âmes. Il a transformé la République en un casino dont les dés sont pipés.

Regardez-le à Mar-a-Lago. C’est la « messe noire » de l’argent. On y voit le vice bras dessus bras dessous avec la bible. On y voit des milliardaires obèses et des fanatiques maigres danser autour du veau d’or. Trump est le sorcier de cette foire. Il vend tout : la loi, la femme, l’allié, le secret d’État. Il a pris la statue de la Liberté et l’a mise en vente aux enchères : « Qui m’offre le plus ? Poutine ? Les Saoudiens ? Adjugé ! »

IV. L’accouplement contre-nature

Le plus effrayant, c’est l’alliance. L’accouplement de la glace (Poutine) et de la fange (Trump). Le tyran et le vendeur. Ils se comprennent. Ils ont la même haine de la « vie » — c’est-à-dire de la liberté, de la nature, de la vérité.

Ils veulent un monde « mécanique ». Un monde où l’on n’est plus citoyen, mais esclave ou consommateur. Un monde sans « Droit », où la seule loi est celle du plus fort ou du plus riche. C’est le retour à la barbarie, mais une barbarie technologique, une barbarie climatisée.[06]

Livre III : La passion de l’Europe (Le somnambulisme)

V. Les âmes mortes de l’Occident

Et l’Europe? Ma pauvre Europe? Elle dort.

Elle est atteinte de cette maladie que j’appelais « l’affadissement ». Elle a peur de souffrir, alors elle préfère ne plus vivre. Elle regarde le massacre de l’Ukraine comme un spectateur regarde une pièce de théâtre, en mangeant.

Vos dirigeants? Des ombres. Ils vont à Washington se faire humilier, ils vont « baiser la mule » du nouveau pape de la haine. Ils tremblent pour leur gaz, pour leurs voitures, pour leur confort. Ils ont oublié que la Liberté se paie avec du fer, pas avec des chèques.

La « lâcheté »! Voilà le grand mal. On laisse mourir le Juste à nos portes. On discute, on pèse, on calcule. Mais le sang, lui, ne calcule pas ! Il coule ! Il accuse !

Chaque goutte de sang ukrainien qui tombe est une tache sur le visage de l’Europe. Vous croyez acheter la paix en livrant la victime? Vous n’aurez ni la paix, ni l’honneur. Vous aurez le mépris du tyran et la malédiction de l’Histoire.[07]

Conclusion : La résurrection ou la mort

Je finis par un cri.

L’Histoire n’est pas finie. Elle ne fait que commencer. Le duel est engagé entre la « machine » (Poutine, Trump, l’argent) et la « vie » (les peuples, la Justice, la nature).

Ne croyez pas que le mal soit fort. Le mal est creux. Poutine est un fantôme ; Trump est une bulle de savon dorée. Une seule chose peut les briser : le réveil.

Si le Peuple se lève, si la conscience reprend ses droits, si l’on ose dire « Non » au mensonge, alors la machine se grippera.

Mais si vous restez couchés, si vous acceptez que la Vérité soit une opinion et que la Justice soit une marchandise, alors préparez vos linceuls. La Nuit sera longue, et il n’y aura plus personne pour écrire votre histoire.

Jules Michelet, Du fond de l’Histoire, ce 28 novembre 2025 © European-Security

Sources

[01] Jules Michelet : Légendes Démocratiques du Nord (Citation sur l’illusion russe).

[02] Brill : Michelet et la périphérie européenne (Analyse de sa vision de la Russie).

[03] OpenEdition : Michelet et la Pologne (Le « Christ des Nations »).

[04] Larousse : La Pologne Christ des nations (Contexte historique)

[05] Gallica : Le Peuple (Critique de la féodalité industrielle).

[06] The Guardian : Trump’s peace plan and betrayal of Ukraine.

[07] Chatham House : Trump threatens NATO: Is it time for Europe to get its act together?

[08] Le Monde du 24.11.2025 et European-Security : « The Witkoff / Dmitriev Peace Plan: Stupidity or High Treason?» — (2025-1127).

Dans la série : Les voix du crépuscule

Décryptage:

Depuis le retour de Donald Trump, l’Histoire s’est emballée. La Loi du plus fort a supplanté l’État de Droit. L’Occident, assoupi depuis quatre-vingts ans sous le parapluie nucléaire américain, découvre avec effroi que son protecteur veut se débarrasser d’alliés jugés encombrants, bons uniquement à être rackettés. Comme le souligne Françoise Thom,[08] l’Europe est désormais la cible d’une exploitation conjointe par Moscou et Washington. Face à cette alliance contre-nature, vécue comme une haute trahison, nos dirigeants se murent dans le silence, tétanisés par la peur d’irriter un locataire de la Maison-Blanche capable de tout, dont on subit chaque jour le délire narcissique.

La certitude est là : Poutine veut piller l’Europe pour financer sa guerre, Trump pour la rançonner sans vergogne. Pour décrypter cet asservissement programmé, nous avons convoqué quelques géants du passé pour une autopsie spirituelle du présent.

D’abord Chateaubriand, dont le souffle d’outre-tombe pleure sur les ruines d’une civilisation livrée au mercantilisme et à la vulgarité. Puis Michelet, dont la mystique républicaine et le rythme haletant ressuscitent le martyr ukrainien face au « mensonge » biologique de l’autocratie russe. Ensuite Victor Hugo, levant l’alexandrin comme un glaive pour foudroyer le « Veau d’Or » et les tyrans grotesques. Enfin De Gaulle, dont la hauteur altière et la froideur militaire jugent sans appel la « médiocrité » et la « vassalité » contemporaines.