L’imposture triomphante : Donald Trump ou la diplomatie du chaos

Il est des images qui, par leur indécence, résument à elles seules la tragédie d’une époque. Celle de Donald Trump, posant fièrement devant un prix Nobel de la Paix attribué à l’activiste vénézuélienne, Maria Corina Machado, est de celles-là.

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Une modestie légendaire qui confine à la pathologie — White House Photo / Daniel Torok

Le sourire est celui du loup qui vient de jouer avec l’agneau avant de le dévorer ; le regard, celui d’une vanité sans fond. Quelques jours plus tôt, avec cette « modestie » légendaire qui confine à la pathologie, il affirmait devant les caméras du monde entier être le seul, l’unique être humain à mériter cette distinction. Pour Trump, la réalité n’est qu’une option, et la décence, une entrave.

par François de Vries — Bruxelles, le 16 janvier 2026.

Ce tableau grotesque n’est pas un accident, c’est une méthode

Trump ne fait jamais dans la dentelle ; il fait dans le bulldozer. La politesse, les codes diplomatiques, les droits de l’homme ou la vertu sont des concepts étrangers à son logiciel mental. Son seul évangile, c’est le fric. Dans l’univers trumpien, l’argent est Roi et lui-même se prend pour Dieu, sous les acclamations fanatiques d’une base MAGA hypnotisée.

La stratégie de l’écran de fumée

La mécanique est désormais bien huilée : une nouvelle absurdité par jour pour effacer celle de la veille. Cette hyperactivité dans la bêtise n’est pas fortuite, c’est une stratégie de survie.

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L’objectif ?

Saturer l’espace médiatique pour que ni le Congrès ni la presse ne fouillent de trop près les zones d’ombre, notamment cette décennie passée dans l’intimité douteuse d’un certain Jeffrey Epstein.

Ses journées, loin de la gravité qu’exige la charge d’un président, même américain, sont un mélange indigeste de fast-food et de télé-réalité. Entre deux hamburgers et une rasade de soda, il appose sa signature inimitable au bas de décrets destructeurs, avant de s’envoler, aux frais du contribuable, pour ses interminables parties de golf en Floride. Le « Trump Circus » coûte cher, très cher au trou de la Sécurité Nationale.

Illustration © European-Security

Son obsession ? Le « branding ». Telle une bête marquant son territoire, Trump doit imprimer son nom partout, transformant la diplomatie américaine en une extension vulgaire de ses tours dorées.

Il occupe le devant de la scène avec la vanité d’un matamore décadent, ahanant des arguments soufflés par des « sources sûres » qui ne sont souvent que l’écho de ses propres fantasmes ou, pire, ceux de Vladimir Poutine, ce modèle qu’il rêve tant d’imiter.

Géopolitique de la cour de récréation

Pourtant, la réalité se charge parfois de gifler l’histrion. Le Danemark et le Groenland lui ont offert une leçon de dignité en rappelant qu’un territoire souverain n’est ni à vendre, ni à envahir. On a osé lui dire « non ». Un choc pour celui que les Américains lucides considèrent depuis longtemps comme un bouffon sans éducation.

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Les services américains, russes et chinois surveillent les manoeuvres européennes © European-Security

Sur le dossier iranien, le masque est tombé. Il promettait l’apocalypse, se disant prêt à intervenir militairement. Mais derrière les roulements de mécaniques, la priorité n’a jamais été de sauver des vies — le cadet de ses soucis — mais de sécuriser le pétrole. Le monde entier est resté suspendu à un fil, attendant la guerre, jusqu’à ce que le crocodile se transforme en anguille. Pourquoi ? Parce que l’Arabie Saoudite, le Qatar et surtout son « ami » Vladimir lui ont chuchoté que la guerre serait mauvaise pour le business. Aussitôt, le guerrier de Twitter est rentré dans le rang.

L’idiot utile de l’axe sino-russe

Mais le véritable drame de l’ère Trump dépasse ses frasques comportementales. Il réside dans son bilan géopolitique catastrophique. Trump désigne la Chine comme l’ennemi, mais qui est le véritable saboteur de l’Amérique si ce n’est Donald J. Trump lui-même ?

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Quand le Congrès va-t-il trouver le courage de siffler la fin de la récré ? — Illustration © European-Security

En quatre ans, par son incompétence et son absence totale de vision stratégique, il a réussi l’impensable : jeter la Russie dans les bras de la Chine.[01]

Comme le souligne justement l’historienne Françoise Thom, Poutine, acculé par une politique américaine incohérente, a vendu l’avenir de la Russie à Pékin pour assurer sa survie politique immédiate. Trump a transformé un rival géopolitique en un vassal docile de l’ennemi systémique, créant de toutes pièces ce bloc eurasien monolithique que les stratèges anglo-saxons redoutaient depuis un siècle.

Ses projets de paix n’ont jamais été que des « pièges à cons », comme disent les militaires.

L’heure des comptes

Pourtant, l’immunité du « teflon Don » commence à se fissurer. L’overdose guette. Il ressort désormais que 75 % des Américains jugent qu’il « en fait trop », qu’il sature l’espace et l’esprit, que la coupe est pleine. Le peuple est épuisé par ce chaos narcissique permanent.

L'ours polaire arrêté par la DEA — Illustration © European-Security
Pour contrebande de glaçons et avoir mangé le secrétaire d’État au saumon — Illustration © European-Security

Face à ce constat d’échec moral et stratégique, une question brûlante demeure, adressée aux gardiens des institutions : quand le Congrès va-t-il enfin trouver le courage de siffler la fin de la récréation ?

François de Vries

[01] Bruegel, « Germany’s China dependence: Repeating the Russian gas mistake?« 

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Décryptage : Le maître dépassé par l’élève

Au fond, si l’on doit ouvrir une fenêtre sur l’avenir, le constat est glaçant. En moins d’un an, le seul véritable « succès » de Donald Trump aura été de battre Vladimir Poutine à son propre jeu. Le maître du Kremlin, jadis champion incontesté des méthodes de voyou, s’est fait ravir la vedette par son apprenti de la Maison Blanche. Nous n’assistons plus à de la géopolitique, mais à une sinistre compétition de brutalité où le président américain ne cherche plus à guider le monde libre, mais à surpasser les autocrates dans l’art du chantage, du mépris et du mensonge. Dans ce duel d’egos pour le titre de « parrain » planétaire, Trump a prouvé qu’il pouvait aller plus loin que son modèle, laissant la démocratie comme simple dommage collatéral.